Défendons nos centres d’adaptation psychopédagogiques (CAPP)

La mairie de Paris a décidé de vider les ⅔ des professionnel·les (psychologues, orthophonistes, enseignant·es spécialisé·es) du CAPP rue des Panoyaux (20e) pour y intégrer un dispositif de dépistage des troubles du langage dépendant de Paris Santé Réussite. Mais pourquoi ne pas installer ce dispositif dans d’autres locaux ? La lutte contre l’échec scolaire exigerait au contraire de créer un CAPP de plus à Paris. La lutte des personnel·les, soutenue par nombre de parents d’élèves et d’enseignant·es, continue. 

Comme aucun document écrit du “projet” de la ville n’a encore été transmis aux élu.es, aux professionnels concernés, aux parents, j’ai décidé d’adresser cette lettre avec toutes ces questions à l’attention du maire du 20e Eric Pliez et de l’adjointe à la maire de Paris Anne Souyris. Je m’engage à publier leurs réponses. En espérant que cette démarche permettra au plus grand nombre de comprendre les enjeux à défendre les CAPP et à souhaiter que la ville trouve d’autres locaux pour accueillir le dispositif de dépistage des troubles du langage de Paris Santé Réussite.

A l’attention de Madame Anne Souyris, 

Adjointe à la maire de Paris en charge de la santé

et de Monsieur Eric Pliez, 

Maire du 20e arrondissement

Paris, le 5 janvier 2022

Madame la maire adjointe, Monsieur le Maire, 

Suite à la réunion de concertation avec des parents d’élèves en zoom au sujet du projet d’implantation du dispositif de dépistage des troubles du langage et des apprentissages de Paris Santé Réussite au sein du CAPP Panoyaux, je vous adresse ce courrier avec une série de questions concrètes. Vos explications ne m’ont toujours pas convaincue sur le bien-fondé de votre projet en l’état.

J’ai dû à plusieurs reprises poser le sujet par l’intermédiaire de vœux au conseil d’arrondissement du 20e et au Conseil de Paris, sinon le débat n’aurait pas eu lieu, malgré la mobilisation des professionnels du CAPP Panoyaux, soutenue par les professionnels d’autres CAPP et les organisations syndicales (CGT, SNUIPP-FSU, Sud Education, CNT, SNUDI-FO, l’association des professionnels du CAPP), des enseignants des écoles et collèges du quartier Amandiers (et au-delà, 11ème et 12ème) et nombre de parents d’élèves du 20e et 11ème 12ème, pétitions à l’appui, motions dans les conseils d’école.

Comme vous avez déploré en préambule de cette réunion que beaucoup de mensonges étaient diffusés, je souhaiterais que par écrit, vous puissiez répondre à toutes les interrogations et confronter les données collectées au service de la meilleure objectivité possible. Je suis d’ailleurs très étonnée que vous n’ayez pour l’heure transmis aucun document décrivant précisément votre projet aux élus. 

Je vais donc tenter de lister les problèmes et interrogations qu’il soulève  :

Ce qui motive votre projet serait de contribuer à mieux faire travailler ensemble les professionnels des deux dispositifs, PSR et CAPP, dans l’intérêt des élèves et l’amélioration de la prise en charge dans le cadre de nos services publics.

1-    Le premier motif de contestation du projet est que l’implantation de PSR dans le CAPP Panoyaux va provoquer le départ vers d’autres CAPP de plus de la moitié des professionnels actuels de ce CAPP, soit une diminution de près de 2/3 des consultations (toutes professions confondues) vers d’autres CAPP (porte des Lilas 20ème, 11ème et 12ème), ce qui pose plusieurs questions.

  • Ne pensez-vous pas que c’est la pire méthode pour créer sur de bonnes bases la coopération entre les deux équipes ? 
  • Précisément, combien de personnels de l’actuel CAPP devraient muter vers d’autres CAPP ? Selon mes propres informations, sur 9 personnes qui assurent les consultations, 5 devraient partir et sur 12 personnes en tout, 6 devraient partir. 
  • Les locaux des autres CAPP devant accueillir ces professionnels sont-ils adaptés ? car selon mes propres informations, il y aurait un manque de salle dans ces autres CAPP du territoire pour les accueillir.
  • Vu que la richesse des CAPP réside dans l’implantation d’équipes pluri professionnelle (constituées de psychologues, d’orthophonistes, de psychomotriciens, d’enseignants spécialisés, d’assistants sociaux et de secrétaires médicaux sociaux pour partie de la DASES (Direction de l’Action Sociale de l’Enfance et de la Santé de la Ville de Paris) et pour partie de l’Éducation Nationale) qui mènent un travail d’équipe en lien étroit avec les établissements scolaires et les familles, comment va être réorganisé ce travail en lien avec les établissements scolaires et les familles ? 

Une équipe qui n’a plus qu’un professionnel de chaque spécialité perd beaucoup dans la réflexion collective d’une part, et d’autre part, diminue les possibilités offertes aux familles au niveau de l’amplitude horaire et des propositions de créneaux de consultations. A noter qu’une équipe réduite ne peut plus assurer les soirées jusqu’à 19h30, comme elle le fait actuellement, ni les samedis matins, ce qui prive certaines familles de créneaux adaptés à leur situation familiale et professionnelle.

J’attire votre attention sur l’aspect essentiel du long travail de lien et d’implantation dans le quartier réalisé par le CAPP, sa reconnaissance en la matière. L’accueil des familles s’inscrit dans ce temps long. Il faut parfois plus d’une année pour les psychologues Education Nationale et les médecins scolaires avant de convaincre les familles à se rendre dans le CAPP. Comment évaluez-vous les conséquences de la fragilisation de l’implantation du CAPP Panoyaux auprès des écoles de tous le quartier Amandiers ? 

2- Vu que l’action des professionnels de PSR est centrée sur le dépistage des troubles du langage et des apprentissages et que leur public concerne de fait des élèves issus de tout le Nord-Est parisien qui nécessiteront potentiellement un suivi dans différents CAPP et pas uniquement celui de Panoyaux, il est légitime de s’interroger sur les modalités envisagées pour l’articulation entre les équipes PSR, CAPP et l’amont notamment dans les RASED et la médecine scolaire. 

A ma connaissance, le dispositif PSR existe déjà depuis plusieurs années. Actuellement, pour les enfants suivis depuis au moins 6 mois par un.e orthophoniste, le/la médecin scolaire et le/la psychologue Education Nationale peuvent remplir un dossier de demande de dépistage d’un trouble spécifique du langage si, dans le bilan de l’orthophoniste, il est mentionné par exemple une dyslexie. L’accord des parents en entretien est essentiel pour cette demande adressée à PSR. La plupart des bilans PSR aboutissent surtout sur des dossiers MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) en vue d’une orientation en structure spécialisée. Parfois s’y ajoute une prescription de médicaments. Les enfants vus en bilan bénéficient déjà d’un suivi par un.e orthophoniste, puisqu’il faut ces 6 mois de rééducation en orthophonie pour que PSR se penche sur le problème, dans le cadre d’une prévention de niveau 2. Ce dépistage peut permettre une orientation vers des structures spécialisées parfois indispensables. 

  • La condition pour être suivi au CAPP étant d’être scolarisé dans une école parisienne, un enfant orienté vers une structure spécialisée du type IME, IMP… peut-il être encore suivi dans un CAPP ? 
  • En quoi le fait de domicilier l’équipe PSR au sein du CAPP Panoyaux facilitera-t-il l’articulation avec les équipes de suivi des autres CAPP hors Panoyaux ? Vous avez déclaré vouloir inscrire le projet dans un projet de territoire Est 11-12-20, une domiciliation dans un de ces arrondissements et pas forcément au détriment d’un CAPP ne pourrait-il pas tout aussi bien y répondre ? 
  • En dehors du Nord Est parisien, comment est pensée l’articulation des deux dispositifs PSR et CAPP ? L’articulation avec les psychologues Education Nationale  et les médecins scolaires n’est-elle pas tout aussi essentielle ? Car il me semble que le dispositif PSR envoie déjà des batteries de tests aux enseignants pour des dépistages de niveau 1. 
  • Quelle nouvelle articulation est envisagée dans le dépistage des troubles du langage entre PSR et les équipes RASED, les psychologues Education Nationale et les professionnels de santé ? Est-il prévu de modifier l’articulation actuelle ou de procéder autrement aux dépistages ? 
  • Suite au dépistage, comment et qui propose la prise en charge la plus adaptée, entre un suivi par les équipes pluriprofessionnelles d’un CAPP, ou un suivi par des professionnels de ville, extérieurs et privés ou une orientation dans un établissement spécialisé ? Il me semble que les retours du terrain font état de situations où hélas ni les écoles, ni les professionnels du CAPP de suivi de certains élèves n’ont été associés ni même informés de ces orientations effectuées par PSR. Comment envisagez-vous dans le projet futur de garantir un cadre plus efficient de mise en commun des diagnostics et des préconisations, associant, dans l’intérêt des élèves et des familles l’ensemble des professionnels concernés ? 
  • Quels moyens vont être mis en place pour répondre aux demandes de suivi post bilan de dépistage si un suivi via un CAPP semble le plus adapté, alors même que le CAPP Panoyaux verra ses équipes réduites des ⅔ ou de la moitié et que les autres CAPP sont saturés ? A ma connaissance, au 15/12/2021, environ 50 enfants étaient en attente dans le 11ème, dans le 12ème et dans l’autre CAPP 20ème, ce chiffre a certainement déjà augmenté.
  • Envisagez-vous la création d’un nouveau CAPP ? Si non pourquoi, si oui où ? Je crois savoir que la création d’un CAPP dans le 13e serait à l’étude et actuellement il n’y aurait pas de CAPP dans le Sud est de Paris. 

4- Vous affirmez que l’implantation de PSR au sein du CAPP Panoyaux, qui provoquera le départ d’une partie de l’équipe Panoyaux vers d’autres CAPP, ne provoquera pas de retard dans les prises en charge d’élèves et que des recrutements pour les postes vacants sont prévus. Actuellement des nouvelles prises en charge d’élèves subissent un délai d’attente de 6 mois, du fait notamment de ces postes vacants non pourvus dans les différents CAPP. 

  • Si les postes sont effectivement pourvus et que les collègues de Panoyaux ne trouvent pas de salle s’ils doivent venir, comment les moyens constants dont vous parlez peuvent-ils être garantis ?
  • Comment pouvez-vous garantir que les difficultés hier rencontrées par l’administration dans le recrutement seront résolues du fait du projet ?
  • Combien de professionnels seront recrutés et pour quels postes, où exerceront-ils ?
  • Comment pouvez-vous garantir que la réorientation de nombre de prises en charge d’élèves vers d’autres CAPP puisse être effective, alors même que ces CAPP subissent ces délais de prises en charge et une saturation réelle ?

De fait, à la rentrée de septembre 2021, les élèves réorientés vers d’autres CAPP ne s’y sont pas rendus. A ma connaissance, très peu de familles ont appelé un autre CAPP du territoire. 

  • Comment allez-vous organiser ces réorientations à la rentrée 2022 si vous maintenez ce projet ? En tenant compte non pas seulement des élèves de la file active encore présents en septembre, mais également des nouveaux élèves suivis à Panoyaux qui s’ajouteront aux élèves en liste d’attente dans les autres CAPP. 

5- Vous avez affirmé que la question n’était pas due à un problème de locaux. Pourtant, au point de départ du projet c’est bien le fait que PSR ne peut rester dans ses locaux actuels qui, si j’ai bien compris doivent être démolis. 

  • Pourquoi ne pas envisager d’accueillir l’équipe PSR dans d’autres locaux ?

6- Vous reconnaissez que le dialogue social a été défaillant depuis l’été 2021 et vous avez pris des engagements pour établir une réelle concertation avec l’ensemble des concernés.

  • Est-il possible d’avoir un écrit qui présente le projet, ses fondements comme ses modalités et moyens, car depuis juillet aucun document n’a été transmis à ma connaissance, ni aux élu.es, ni aux parents d’élèves, ni même aux professionnels intervenant dans les CAPP, à part un powerpoint peu précis à ma connaissance ?
  • Si malgré les différentes réunions de concertation, les professionnels du CAPP, les parents d’élèves et la communauté scolaire dans son ensemble ne sont toujours pas favorables, comment comptez-vous conclure la concertation ?

Vous comprendrez que toutes ces questions, aujourd’hui sans réponse claire, laissent à penser que le problème de départ se réduit bien à celui de la recherche d’un local pour accueillir dignement l’équipe PSR, ce que nulle personne ne conteste à ma connaissance. 

Il ne s’agit aucunement de contester la richesse de la complémentarité qu’apporte l’existence de PSR dans ses bilans diagnostiques faisant appel aux neurosciences. Mais cet apport ne saurait se réaliser au détriment des CAPP et in fine, au détriment de l’intérêt des élèves et des familles. Basculer une partie des professionnels de l’actuel CAPP vers d’autres CAPP a un impact indéniable en termes de dégradation du travail d’équipe, de son maillage local, de réduction des capacités de suivi et d’amplitude pour les suivis. 

Il me semble essentiel, avant toute chose de profiter de cette année pour préciser les articulations entre les psychologues Education Nationale, les équipes RASED, les médecins scolaires d’une part, les équipes PSR et enfin les équipes CAPP dans les actions de dépistages, de cadre où sont proposées les préconisations de suivi, de prise en charge et éventuellement de réorientation. 

Afin d’apaiser la situation et ne pas nuire à la qualité du travail d’implantation du CAPP Panoyaux auprès des établissements et des familles de son secteur, comme à l’ensemble des élèves suivis dans les CAPP du Nord Est, je reste convaincue que la recherche d’un nouveau local pour accueillir l’équipe PSR serait la meilleure solution. 

Persuadée que vous partagez avec moi le soucis de transparence, de compréhension mutuelle, et la conviction que l’intérêt général est d’autant mieux défendu lorsque nos politiques publiques sont co-élaborées avec l’ensemble des acteurs concernés, je vous remercie par avance de bien vouloir répondre à toutes ces questions et je m’engagerai à les partager le plus largement possible. 

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