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26 mai 2026La question kurde est centrale en Turquie. Bien qu’il n’existe pas de statistiques, les turcs sont très implantés et majoritaires dans le Sud et l’Est de la Turquie, nommé « Kurdistan turc ». Ils sont en même temps très nombreux à Istanbul. Nous avons rencontré des associations de défense des droits humains et de la question mémorielle, des associations féministes kurdes, les avocats d’Öcalan, des représentants du parti DEM, parti de gauche pro kurdes (ex FDP, Front démocratique des peuples), du Congrès démocratique des peuples d’Istanbul, instances de plus de 60 organisations de la sociétés civiles, et la question kurde était par ailleurs très présente dans toutes nos autres rencontres. Et pour cause. Un nouveau processus de paix a été enclenché au début de l’hiver 2024…
Un mur de visages photographiés en noir et blanc sur des cubes en relief. Nous sommes dans les locaux d’Hafiza Merkezi, une association qui travaille sur la mémoire et les droits humains. Ce mur de visages est une sculpture réalisée pour rendre hommage et ne jamais oublier les plusieurs centaines de disparitions forcées de kurdes dans les années 90.
Noémie qui nous accueille est titulaire d’une thèse en histoire ottomane. Elle a été licenciée de son université, comme de nombreuses autres universitaires, pour avoir signé un appel en faveur du processus de paix pour les kurdes. Son association a également beaucoup travaillé sur la question mémorielle arménienne. Si parler du génocide n’est plus complètement un tabou, tant reste à faire dans un pays marqué par un récit nationaliste qui poursuit l’oppression des minorités. L’association s’implique pour construire des passerelles à travers les différents champs mémoriels.
Pour comprendre le présent, revenons une trentaine d’années en arrière. Plus de 4000 villages kurdes ont été détruits en 1992, dans le cadre d’une vaste opération militaire de l’État turc contre les forces du PKK. Nombre de kurdes ont été arrêtés, torturés et exécutés. Ce sont notamment sur ces disparitions que travaille l’association Hafiza Merkezi. Elle organise également des rencontres avec des jeunes de 20 à 30 ans de différentes origines et religions, par le biais d’ateliers et de visites. L’objectif est autant de transmettre la mémoire et la culture kurde que de permettre une meilleure compréhension mutuelle, empêcher que chaque jeune vive dans une bulle communautaire déconnectée des autres. La jeunesse est très nombreuse en Turquie : 50% de la population a moins de 36 ans. Et la société est très morcelée par origine et communauté religieuse.
La Turquie a toujours été une construction politique très nationaliste. La minorité kurde a toujours été niée, avec interdiction de parler la langue kurde, et encore plus de l’enseigner. La direction du PKK, à la fin de ces années 90, fait le constat que la guerre ne peut trouver d’issue pour le peuple kurde et s’implique par l’intermédiaire de son leader Abdullah Öcalan dans un processus de négociations. Mais le 15 février 1999, Öcalan est capturé à Nairobi, dans un « complot international impliquant la CIA » comme le décrivent ses avocats, impliquant plusieurs pays, dont les États Unis. Depuis 27 ans, celui qui incarne le « Mandela » du peuple kurde est emprisonné sur l’ile d’Imrali dans un isolement quasi-total. Il n’a pu bénéficier que de peu de rencontres. Les grèves de la faim organisées en solidarité en Turquie en 2019 ont permis la tenue de 5 rencontres avec ses avocats, la transmission de quelques lettres et l’accès à des journaux. Puis l’isolement total a repris, notamment après les années 2015-2016, lors de l’échec de la tentative du coup d’État, jusqu’au début du nouveau processus engagé en novembre-décembre 2024. Évidemment ces conditions d’incarcération sont contraires au droit et conventions internationales, comme aux lois turques. Un avocat devrait pouvoir voir son client au moins une fois par semaine. Les avocats tentent des recours auprès du Conseil européen, de la cour des Nations unies, de la cour des droits de l’homme mais en vain. La bataille se poursuit également pour sortir le PKK de la liste des organisations terroristes.
Durant ces 15 dernières années, nombre de kurdes ont soutenu le projet de confédéralisme démocratique dans le Nord Est de la Syrie, région appelée également Rojava. Ils revendiquent l’autonomie et non l’indépendance, dans une gestion démocratique adossée à une constitution garantissant l’égalité des droits entre femmes et hommes, les droits des personnes LGBT, le respect de la pluralité culturelle et une démocratie municipaliste. Chacun garde en mémoire les combats victorieux contre Daesh, notamment des YPJ, les brigades de défense des femmes kurdes. Mais depuis la chute de Bachar Al Hassad, et le contrôle de la Syrie par Al Charaah, un ex milicien islamiste d’Al Nosrah, cette région sous administration autonome (AANES, Administration autonome du Nord Est de la Syrie) est fortement menacée et a été à plusieurs reprises attaquée, par la Turquie comme par l’armée syrienne. Les troupes américaines qui soutenaient avec la France les combattants kurdes contre Daesh se sont retirées et les alliances changent dans le contexte géopolitique actuel à haute tension. L’AANES défend sa reconnaissance en tant que région autonome membre d’une Syrie démocratique décentralisée, afin de conserver les droits conquis dans leur constitution. Mais le pouvoir de Damas veut imposer un modèle islamo nationaliste.
Dans le Kurdistan turc, les kurdes ont fait le choix de la bataille politique par les urnes, un pour parler de paix est en cours en 2015. Mais ils ont subi une répression très forte. Les arrestations ont repris avec emprisonnement et torture, après l’échec de la tentative de coup d’état de 2016. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, bien que le PKK dans le kurdistan turc ait arrêté la lutte armée, la question kurde est instrumentalisée par le pouvoir : c’est la stratégie de l’ennemi de l’intérieur qui justifie la criminalisation de l’action politique pour la reconnaissance des droits de la minorité kurde et de fait la répression de l’opposition de gauche. Tout soutien de près ou de loin à la cause kurde, sous couvert d’apologie du terrorisme, justifie arrestations, emprisonnement.
Lors des élections présidentielles et législatives de juillet 2015, avec la candidature de Selahattin Demirtas, le HDP dépasse les 13% et obtient 80 députés. Erdogan décide alors d’annuler purement et simplement les élections qui vont se tenir de nouveau en novembre 2015. Le HDP y obtient 56 députés. Selehattin Demirtas arrive de fait à parler à l’ensemble du peuple turc, et pas uniquement aux kurdes. C’est pourquoi il constitue une réelle menace pour Erdogan. Erdogan cesse le processus de paix, arrête et emprisonne Demirtas en novembre 2016. En juin 2018, alors que Erdogan a changé la constitution pour concentrer les pouvoirs dans la fonction présidentielle, il convoque des élections présidentielles et législatives anticipées. Il gagne la présidentielle dès le 1er tour à plus de 52% des voix. Selahattin Demirtas n’emporte que 8% des voix. Le parti centre gauche CHP progresse et l’AKP perd la majorité à la grande assemblée de Turquie, mais Erdogan garde la majorité absolue en s’alliant au parti nationaliste d’extrême droite, le MHP.
Aux municipales de 2019, le HDP gagne de nombreuses villes du Kurdistan turc. Mais Erdogan décide de destituer les co-maires (le HDP a fait élire des binômes paritaires femmes/hommes), les emprisonne et nomme des administrateurs pro AKP. Nombre d’entre eux sont condamnés à de la prison ferme. Le candidat du CHP Imamoglu remporte la ville d’Istanbul malgré les accusations d’Erdogan de terrorisme güleniste, de « Grec ennemi de la nation ». Erdogan perd également la capitale Ankara et de nombreuses villes conséquentes. Le HDP l’emporte dans trois grandes métropoles. Erdogan obtient l’annulation de l’élection à Istanbul et destitue Imamoglu pour nommer un administrateur. 40 000 électeurs vont être jugés comme « suspects », et doivent prouver par un certificat médical leur santé mentale ! Malgré cela, aux élections de juin, Imamoglu l’emporte à Istanbul.
Lors des élections de 2023, pour la 1ère fois, Erdogan se retrouve en ballotage. La constitution ne permettant pas de cumuler 3 mandats présidentiels consécutifs, les élections sont donc convoquées de façon anticipées un mois plus tôt. La quasi-totalité de l’opposition, dont le HDP, s’est rassemblée derrière la candidature de Kemal Kiliçdaroglü du CHP. Les deux co-présidents du HDP, Dimirtas et Figen Yüksekdag, ainsi qu’une dizaine de députés et plus de 6 000 membres du FDP sont emprisonnés et plus de 15 000 adhérents font l’objet d’une procédure judiciaire. Quelques semaines avant le scrutin de nombreuses arrestations ont lieu, de journalistes, de militants associatifs, d’intellectuels, pour soutien présumé au PKK. Après le séisme de 2023, où le pouvoir n’a aidé que les communes tenues par l’AKP, Erdogan est fortement contesté, il y a eu 50 000 morts et plus de 32 milliards d’euros de dégâts. Mais il remporte un 3ème mandat consécutif grâce au soutien de l’extrême-droite nationaliste. Kiliçdaroglu est accusé par l’AKP d’être un faux musulman, d’origine kurde et donc pro PKK, alévite (minorité religieuse sunnite).
En mars 2025, Ekrem Imamoglu, qui devient le principal opposant à Erdogan, est destitué de la mairie d’Istanbul. Il est arrêté et poursuivi pour 142 infractions et risque 2340 ans de prison. Plus d’une centaine d’autres élus, cadres et militants du CHP ainsi que l’avocat principal d’Imamoglu sont également arrêtés malgré d’énormes manifestations…
La répression politique qu’a pu subir le HDP s’abat sur le CHP, parti kémaliste qui n’était pas du tout engagé au départ en solidarité avec les kurdes, mais prend conscience de la nécessité de l’être. Par ailleurs, depuis 2021, le HDP a subi des démarches judiciaires provoquant la perte de leurs droits civiques à plus de 600 de ses cadres. Dissous, il se reconstitue sous le nom de AEDP, puis de SOL, puis DEM. Depuis 1993, ce seraient 9 partis pro kurdes qui auraient été successivement interdits et dissous en Turquie.
En février 2025, Öcalan annonce vouloir réengager le processus de paix en ouvrant la possibilité que le PKK décide de sa propre dissolution et rende les armes. Il demande que les acteurs locaux au Rojava puissent être partie prenante du processus de paix dans le nord-est de la Syrie, sans laquelle aucune paix n’est possible en Turquie. C’est le parti d’extrême droite MHP, formation de l’Etat profond turc qui s’engage pour le pouvoir dans les discussions. Le PKK annonce quelques mois plus tard en mai la fin de la lutte armée et sa dissolution.
La grande Assemblée nationale de Turquie créée en août 2025 une « Commission de solidarité nationale, de fraternité et de démocratie ». Cette commission visite Öcalan dans l’ile d’Imrali en novembre 2025, ce qui constitue un tournant majeur, comme une reconnaissance enfin, même implicite, qu’Öcalan constitue un interlocuteur incontournable. Pour autant, aucun changement ne survient sur les conditions de sa détention. En janvier 2026, des accords sont conclus pour le Rojava, conduisant à l’intégration dans l’armée syrienne des YPG, YPJ et FDS (Forces démocratiques syriennes), la reconnaissance du peuple kurde et de ses droits. Mais ces accords restent un décret fragile et ne sont pas encore traduits dans la constitution syrienne.
En février 2026, la commission rend son rapport final et souligne la nécessité de respecter les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et de la Cour constitutionnelle (AYM). Mais le cadre de « lutte contre le terrorisme » reste inchangé et empêche tout processus concret de réconciliation. Les kurdes se battent pour la reconnaissance du « droit à l’espoir », pour la libération d’Öcalan, afin qu’il puisse participer au processus de paix sans entrave.
De nombreuses interrogations subsistent sur ce processus de paix qui n’avance pas. Pourquoi la démarche côté turc a-t-elle été initiée par le parti d’extrême droite ? Sans doute parce que pour le MHP, l’unité de la Turquie pourrait être menacée par les intérêts israëliens qui s’avances dans la région et par un éventuel accord avec les forces kurdes. Côté Erdogan, il pourrait s’agire d’une stratégie de division visant à empêcher les forces politiques progressistes pro kurdes de s’engager dans une démarche politique unitaire avec le CHP, de diviser pour renforcer le maintien d’Erdogan au pouvoir moyennant des engagements hypothétiques de reconnaissance de droits culturels. Côté DEM, nos interlocuteurs estiment que leur bataille pour la reconnaissance des droits des kurdes est indissociable de la bataille pour la démocratie en Turquie. [...]
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26 mai 2026Les droits des femmes sont les premiers menacés par les régimes illibéraux. La Turquie ne fait pas exception. Aussi, si les mobilisations des femmes ont toujours été déterminantes dans les révolutions, elles semblent en Turquie, être le dernier front de résistance, capable d’organiser de fortes mobilisations.
Nous avons rencontré plusieurs structures féministes. Un centre d’accueil, d’aide et de défense des femmes victimes de violence, un lieu d’activistes féministes et des associations féministes dont une rattachée à TJA, le mouvement féministe kurde.
Mor Çati existe depuis 1990, née à la suite des mobilisations de 1987. La structure apporte un soutien juridique, social et psychologique aux femmes et à leurs enfants, victimes de violences intrafamiliales. Elle leur permet également d’accéder à des foyers d’hébergement. Dans toute la Turquie, des centres d’accueil des femmes victimes de violences existent mais dépendent du ministère de la famille, dominé par un discours très nataliste. Mor Çati, elle, est une association indépendante et comme toutes les associations qui abordent de façon féministe la question des violences faites aux femmes, elle ne perçoit aucun financement public. C’est le premier réseau organisé de femmes et des associations dédiées, dans le soin, l’accueil, l’accompagnement mais aussi le plaidoyer sur les droits des femmes.
Le collectif Aralik feminist, est un mouvement féministe indépendant des partis. Elles ont pu accéder à un local en plein cœur d’Istanbul qui permet aux femmes de s’organiser, notamment pour préparer la marche féministe nocturne du 8 mars chaque année, depuis 2003. Elles se définissent comme militantes contre le patriarcat et réussissent à mobiliser plus de 400 femmes via des boucles whatsapp, et en présentiel dans leur local. Chaque femme vient à titre individuel et non au nom d’une organisation et dans les faits elles arriveraient à fédérer des femmes d’âge, d’origines sociales, ethniques et religieuses très diverses.
Kadin Zamani Dernegi est une association féministe kurde rattachée au mouvement féministe kurde TJA . C’est à la fois un centre de consultation pour femmes victimes de violences, de soutien juridique et psychologique et une équipe de militantes féministe qui animent des ateliers de formation sur les droits des femmes, de prévention santé qui mène des actions de sensibilisation dans les quartiers d’Istanbul où la population kurde est minoritaire mais néanmoins très nombreuse.
Résister au backlash patriarcal
Toutes les femmes rencontrées nous évoquent avec un regret profond les années 2000. Les mobilisations étaient fortes et les manifestations féministes du 8 mars étaient énormes. Comme nous l’a dit la représente de Mor Çati, « cela fait dix ans que nous nous battons contre le backlash ici. ». L’enjeu du mouvement féministe en Turquie n’est pas tant de tenter d’arracher de nouveaux droits que d’empêcher les reculs, défendre les droits acquis et organiser les solidarités entre femmes et avec le mouvement LGBT. (Hélas, nous n’avons pas réussi à caler de rendez-vous avec des associations LGBT lors de ce déplacement.)
Le pouvoir d’Erdogan avait instauré une année de mobilisation pour la famille qui s’est transformé en décennie de la famille, au service d’une propagande idéologique nataliste réactionnaire.
L’accès à l’avortement gratuit empêché.
L’avortement est légal en Turquie depuis 1983, jusqu’à 10 semaines de grossesse. Néanmoins en 2012, alors qu’il était 1erministre, Erdogan avait menacé de le remettre en cause par la loi, et avait qualifié l’avortement de meurtre. La mobilisation des femmes avait été tel qu’il avait dû y renoncer. Mais dans les faits, une interdiction informelle s’est mise en place dans les hôpitaux publics. Sur simple décision, sans craindre aucune sanction, les médecins peuvent refuser de le pratiquer. Les femmes se voient opposer qu’aucun médecin ne serait disponible. Et la pression devient telle qu’il est devenu très difficile d’accéder à l’avortement gratuitement. Restent les cliniques privées, très chères, ou l’ivg médicamenteuse sans aucun suivi, augmentant les risques de complication. L’accès à la contraception s’est également compliqué du fait des politiques natalistes du pouvoir.
L’augmentation des violences faites aux femmes
La lutte contre les violences faites aux femmes fait également l’objet de fortes mobilisations. D’autant plus que la Turquie s’est retirée en juillet 2021 de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence domestique, la Convention d’Istanbul, alors même que la Turquie avait été le premier pays à le ratifier. Le pouvoir refuse de prendre en compte la notion du genre, de la domination patriarcale dans le problème systémique des violences faites aux femmes. Sa politique des familles, ultra nataliste, empêche toute formation de fait des professionnels dans la compréhension des mécanismes de violences.
Bien qu’il n’y ait pas de statistiques fiables, selon les féministes rencontrées, les violences ne cesseraient d’augmenter. Elles comptabilisent au moins 300 féminicides par an, et considèrent que beaucoup ne sont pas comptabilisés. Les violences d’enfermement des femmes dans leur foyer seraient en augmentation. Les hommes, quand ils sont poursuivis ne risqueraient que quelques mois de prison. Pire, les femmes ne sont jamais prévenues de leurs sorties de prison. Cette impunité n’encourage pas les femmes à porter plainte et les discours officiels gouvernementaux ne font qu’aggraver la situation. Le ministre de l’intérieur a récemment déclaré que « les femmes continuent d’ouvrir la porte à leur mari. C’est de leur faute si elles sont agressées ». Les règles gouvernementales d’accès aux refuges pour femmes victimes de violence sont très restrictives. Les enfants de plus de 12 ans et les femmes de plus de 60 ans n’y sont pas admis ! Les conditions de vie peuvent s’apparenter à des conditions quasi carcérales, où parfois l’accès au téléphone est interdit. On ne peut y rester que 6 mois, sans aide dans l’accès à un logement à la sortie alors même que les logements font face à une forte hausse des loyers. Les femmes issues de l’immigration subissent une discrimination, n’ont pas accès aux centres d’accueil de l’État et seules les associations indépendantes les accueillent.
Dans le contexte de crise sociale, les femmes subissent des salaires inférieurs aux hommes, la précarité et l’inflation dans une vie de plus en plus chère. Les femmes ne sont encore que 40% à avoir un emploi tant le pouvoir mène une bataille culturelle contre l’autonomisation des femmes. Le gouvernement poursuit une politique d’aides sociales pour les femmes au foyer qui a conduit à un soutien en retour des femmes pour Erdogan. Mais celui-ci diminue fortement du fait d’une forte aspiration à l’émancipation. L’augmentation des violences faites aux femmes est ainsi analysé par nos contacts comme le résultat de deux mouvements contraires : d’un côté les femmes ne veulent plus se taire et gagnent en confiance pour refuser les rapports de domination et de violence, le nombre de divorce augmente et de l’autre, le pouvoir encourage la domination masculine et la culture patriarcale réactionnaire. L’accès à la santé s’est fortement dégradé et beaucoup de femmes renoncent à certains soins. Le déficit de politiques de prévention, notamment des cancers, a été soulevé par les femmes rencontrées.
L’association féministe kurde Kadin Zamani Dernegi, membre du réseau TJA mène d’ailleurs des actions dans les quartiers pour inciter les femmes à participer à des ateliers santé de prévention. Cette démarche d’aller vers leur permet de mobiliser et d’accompagner la conscientisation des femmes vers des formes d’auto-organisation. Les kurdes du PKK ont depuis longue date théorisé cette auto-organisation des femmes, notamment dans leur processus de révolution au Rojava. Tout le monde se souvient des combattantes des YPG contre Daesh. Dans chaque territoire libéré des islamistes, des assemblées des femmes étaient organisées et se poursuivent pour permettre aux femmes d’accéder à des formations et de prendre pleinement part à la vie de la cité. Toutes les responsabilités y sont assumées de façon paritaire. Dans les communes à dominante kurdes en Turquie, le HDP puis DEM, partis de gauche pro kurde, on retrouve cet attachement à la parité dans l’élection de co-maires femme/homme. Le slogan kurde « Jin Jiyan Azadi – Femmes, vie liberté » a d’ailleurs été repris par les femmes iraniennes lors de leurs mobilisations après la mort de Mahsa Amini en septembre 2022.
A Istanbul comme ailleurs en Turquie, les mobilisations des femmes et notamment lors des marches annuelles du 8 mars, seraient les dernières manifestations de masse de rue. [...]
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26 mai 2026Nous avons déjeuné avec une journaliste qui travaillait pour un journal turc de renom comme Le Monde en France et l’a quitté à cause de la censure. Nous avons également rencontré par la suite dans ses locaux le directeur d’un média indépendant, Medyascope pour approfondir le sujet de la liberté de la presse dans la Turquie illibérale d’Erdogan.
La journaliste avec qui nous déjeunons a reçu un prix du journalisme pour la paix, pas en Turquie bien évidemment. Son récit est éclairant sur la bascule illibérale du régime d’Erdogan.
Au départ, le régime d’Erdogan passe pour libéral. Il veut l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne et permet l’organisation d’un référendum sur la question de la réunification en Chypre qui oppose la Grèce et la Turquie. Le point de bascule est pour elle la très forte répression de la mobilisation de 2013 du parc Taksim Gezi. Au départ, des écologistes et des riverains refusent la destruction du rare espace vert de Beyoglu, un quartier au centre d’Istanbul, pour un centre commercial. Face à la violente répression policière, le mouvement change de nature, s’étend à tout le pays et se généralise contre toute la politique du gouvernement. Erdogan craint que ce mouvement le renverse à l’instar des mobilisations des printemps arabes.
Erdogan dès son accession au pouvoir avait compris son besoin d’alliés. Il a pu s’appuyer sur les gulénistes, très présents dans les réseaux islamistes et les administrations, pour écarter notamment l’armée ou ce que les turcs nomment l’Etat profond. Après la tentative de coup d’Etat des gulénistes de 2016, Erdogan les écarte à leur tour. Le caractère autoritaire du régime d’Erdogan devient une évidence pour qui pouvait encore en douter.
Jusqu’à 2019, notre journaliste travaillait pour le grand journal turc Hurriyet. Elle n’y a pas subi une censure directe du jour au lendemain. Plutôt un processus d’auto-censure préventive de son équipe de rédaction, demandant d’atténuer ou d’effacer des paragraphes de ses articles. Alors qu’elle se retrouve aux Etats Unis et écrit sur le courage des YPG (l’armée des femmes kurdes qui combattant en Syrie Daesh avec en soutien alliés la base américaine), sa rédaction refuse de publier son article. Il est hors de question pour le pouvoir d’Erdogan de valoriser le combat des kurdes dans le pays frontalier. La répression et oppression des kurdes en Turquie n’est pas compatible avec de tels écrits. Elle communique alors ses informations via son compte twitter. Mais la direction de sa rédaction va alors jusqu’à lui demander de retirer ses posts sur ses réseaux sociaux. Ce qu’elle refuse. S’ensuit l’épisode du prêtre américain qui avait été arrêté et emprisonné en Turquie. Les menaces et pressions économiques américaines obtiennent sa libération au bout de deux mois, contredisant la séparation des pouvoirs entre la justice et l’exécutif turc. Rebelote, son journal refusa de publier ses articles à son sujet. Elle a pris dès lors la décision de quitter ce journal et de travailler pour T 24, un site en ligne d’information, indépendant du pouvoir. Mais ce site rencontre les plus grandes difficultés économiques. Peu d’entreprises acceptent d’y payer des encarts publicitaires car cela leur ferait perdre des marchés du pouvoir. Pire, des entreprises peuvent subir des pressions et menaces si elles soutiennent financièrement des médias d’opposition.
Le rendez-vous avec le responsable du média indépendant Medyascope nous a bien décrit ce problème. La majorité des médias sont contrôlés soit par le pouvoir directement pour les médias publics, soit indirectement par les grands groupes économiques qui dépendent eux-mêmes des banques publiques. Les chaînes TV et les grands journaux ont connu des ventes et des rachats aboutissant à une concentration des médias entre les mains des grands groupes économiques contrôlés par la banque publique, maître pour accorder les crédits nécessaires aux rachats… Le numéro 1 de la téléphonie, Turkcell, contrôlé par l’Etat est par ailleurs le 1er fournisseur de pub et faiseur de roi dans le financement des médias. Si avant les grands médias contrôlaient le politique, dorénavant l’Etat contrôle indirectement les médias.
Quand auparavant Erdogan acceptait d’être interviewé par nombre de journalistes, maintenant il peut les trier, les choisir et préparer en amont les questions autorisées.
Les médias indépendants qui restent autorisés, peinent tant à se financer qu’ils n’ont plus tant d’impact dans la contribution à une pensée critique de l’information.
La répression des journalistes sévit également directement. Beaucoup sont en prison, notamment depuis les grandes mobilisations contre la destitution et l’emprisonnement du maire d’Istanbul, Imamoglu. Le pouvoir prétend qu’ils ont touché de l’argent de la mairie bien qu’aucune preuve ne soit fournie.
Une nouvelle loi “contre la désinformation” (sic !) a conduit à l’arrestation de deux reporters de son média. Toute analyse critique du pouvoir peut être considérée par la justice à la solde d’Erdogan comme étant de la désinformation ! Sachant qu’une loi avait déja été antérieurement imposée pour criminaliser tout dénigrement du Président Erdogan.
Un autre journaliste était présent à ce rendez-vous. Avec des universitaires, il a constitué une équipe qui travaille sur cette relation médias-pouvoir, « les journalistes indépendants sous l’ère de l’autoritarisme ». Sujet essentiel pour la Digue.
Avec une expérience de 41 ans dans le journalisme, notre hôte a terminé nos échanges en nous témoignant : “Si j’étais jeune, j’abandonnerais. Mais j’ai avec moi un collectif de jeunes. Pour eux je continue, et je continuerai.”
A suivre…. [...]
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17 avril 2026Nous avons le matin assisté à l’énième audience de Pinar Selek, franco turque poursuivie de façon scandaleuse en justice depuis 27 ans. Puis nous avons déjeuné avec une journaliste qui travaillait pour un journal turc de renom comme Le Monde en France et l’a quitté à cause de la censure. Enfin nous avons rencontré par la suite le directeur d’un média indépendant, Medyascope pour approfondir le sujet de la liberté de la presse dans la Turquie illibérale d’Erdogan.
Pinar Selek, Perpétuité, 27 ans et 7 mn…
7 mn max, ce fut la durée de l’audience pour Pinar Selek. Énième report d’audience pour septembre prochain. Cela fait 28 ans que notre camarade franco-turque est poursuivie par la justice, bras armé d’Erdogan.
Sociologue, féministe, militante pour les droits humains, droits LGBT, droits des kurdes, c’est bien pour ses engagements et l’orientation de ses travaux de chercheuse qu’elle est poursuivie.
En 1998, elle a été arrêtée. Le pouvoir turc l’accusait d’avoir pris part à un attentat terroriste du PKK. Faux témoignages, fausses accusations, l’explosion sur un marché était en fait d’origine accidentelle. Comme elle refusait de donner les noms des personnes kurdes qu’elle avait interrogées dans le cadre de ses recherches sociologiques, elle fut emprisonnée et torturée..
En 2002, elle est libérée et acquittée. Et pourtant. En 2010 elle est de nouveau jugée et condamnée à perpétuité. S’en suit une succession d’audiences, d’acquittements et de nouvelles condamnations à perpétuité. Heureusement, Pinar est en France, libre, protégée et accède à la nationalité française. Mais les procédures judiciaires se poursuivent, et celà fait maintenant 28 ans !
A chaque nouvelle audience, la mobilisation est organisée. Une délégation d’universitaires, de militants activistes d’origine diverses, des syndicalistes, des élu.es sont là. La ténacité de cette solidarité y est sans doute pour beaucoup dans le fait que la justice n’arrive pas à la condamner définitivement et repousse les audiences, pour le manque d’un document, du fait de son absence, ou une autre raison fallacieuse.
En janvier 2023, l’assemblée générale criminelle de la Cour suprême avait annulé le dernier acquittement et émis un mandat d’arrêt international, mais Interpol l’a rejeté, refusant d’accorder ces mandats motivés par des raisons politiques. Puis c’est la Cour de justice turque qui a demandé une extradition. Mais on ne sait si cette demande a suivi son cours au ministère des affaires étrangères. La France, elle, n’aurait pour l’heure pas été saisie de cette demande.
Fait nouveau, les travaux de Pinar Selek ayant conduit aux interviews de kurdes de 1995 à 1998, à l’origine de toute la procédure, ont abouti à la reconnaissance des compétences académiques de Pinar et sa thèse et a été éditée. De quoi remettre en cause sa soit-disante implication terroriste.
Pour Marie Pochon et moi-même, avoir pu être là était important. Vivre et ressentir pleinement toute la violence de ces 7 minutes de « justice » kafkaïenne. Et retrouver ensuite tous les soutiens pour en faire le bilan, avec en visio d’autres militants réunis à Paris dans les locaux de la LDH.
Prochaine étape, le 18 septembre pour une nouvelle audience. Les soutiens reviendront. La pression doit se poursuivre, même si l’audience ne doit de nouveau durer que 7 mn. Pinar est un exemple. De nombreux universitaires sont poursuivis en Turquie, comme de nombreux activistes, en soutien aux kurdes, aux personnes LGBT, aux femmes. tout ce qu’incarne Pinar.
La liberté de la presse piétinée par la censure politique et les logiques oligarchiques
La journaliste avec qui nous déjeunons a reçu un prix du journalisme pour la paix, pas en Turquie bien évidemment. Son récit est éclairant sur la bascule illibérale du régime d’Erdogan.
Au départ, le régime d’Erdogan passe pour libéral. Il veut l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne et permet l’organisation d’un référendum sur la question de la réunification en Chypre qui oppose la Grèce et la Turquie. Le point de bascule est pour elle la très forte répression de la mobilisation de 2013 du parc Taksim Gezi. Au départ, des écologistes et des riverains refusent la destruction du rare espace vert de Beyoglu, un quartier au centre d’Istanbul, pour un centre commercial. Face à la violente répression policière, le mouvement change de nature, s’étend à tout le pays et se généralise contre toute la politique du gouvernement. Erdogan craint que ce mouvement le renverse à l’instar des mobilisations des printemps arabes.
Erdogan dès son accession au pouvoir avait compris son besoin d’alliés. Il a pu s’appuyer sur les gulenistes, très présents dans les réseaux islamistes et les administrations, pour écarter notamment l’armée ou ce que les turcs nomment l’Etat profond. Après la tentative de coup d’Etat des gulénistes de 2016, Erdogan les écarte à leur tour. Le caractère autoritaire du régime d’Erdogan devient une évidence pour qui pouvait encore en douter.
Jusqu’à 2019, notre journaliste travaillait pour le grand journal turc Hurriyet. Elle n’y a pas subi une censure directe du jour au lendemain. Plutôt un processus d’auto-censure préventive de son équipe de rédaction, demandant d’atténuer ou d’effacer des paragraphes de ses articles. Alors qu’elle se retrouve aux Etats Unis et écrit sur le courage des YPG (l’armée des femmes kurdes qui combattant en Syrie Daesh avec en soutien alliés la base américaine), sa rédaction refuse de publier son article. Il est hors de question pour le pouvoir d’Erdogan de valoriser le combat des kurdes dans le pays frontalier. La répression et oppression des kurdes en Turquie n’est pas compatible avec de tels écrits. Elle communique alors ses informations via son compte twitter. Mais la direction de sa rédaction va alors jusqu’à lui demander de retirer ses posts sur ses réseaux sociaux. Ce qu’elle refuse. S’ensuit l’épisode du prêtre américain qui avait été arrêté et emprisonné en Turquie. Les menaces et pressions économiques américaines obtiennent sa libération au bout de deux mois, contredisant la séparation des pouvoirs entre la justice et l’exécutif turc. Rebelote, son journal refusa de publier ses articles à son sujet. Elle a pris dès lors la décision de quitter ce journal et de travailler pour T 24, un site en ligne d’information, indépendant du pouvoir. Mais ce site rencontre les plus grandes difficultés économiques. Peu d’entreprises acceptent d’y payer des encarts publicitaires car cela leur ferait perdre des marchés du pouvoir. Pire, des entreprises peuvent subir des pressions et menaces si elles soutiennent financièrement des médias d’opposition.
Le rendez-vous avec le responsable du média indépendant Medyascope nous a bien décrit ce problème. La majorité des médias sont contrôlés soit par le pouvoir directement pour les médias publics, soit indirectement par les grands groupes économiques qui dépendent eux-mêmes des banques publiques. Les chaînes TV et les grands journaux ont connu des ventes et des rachats aboutissant à une concentration des médias entre les mains des grands groupes économiques contrôlés par la banque publique, maître pour accorder les crédits nécessaires aux rachats… Le numéro 1 de la téléphonie, Turkcell, contrôlé par l’Etat est par ailleurs le 1er fournisseur de pub et faiseur de roi dans le financement des médias. Si avant les grands médias contrôlaient le politique, dorénavant l’Etat contrôle indirectement les médias.
Quand auparavant Erdogan acceptait d’être interviewé par nombre de journalistes, maintenant il peut les trier, les choisir et préparer en amont les questions autorisées.
Les médias indépendants qui restent autorisés, peinent tant à se financer qu’ils n’ont plus tant d’impact dans la contribution à une pensée critique de l’information.
La répression des journalistes sévit également directement. Beaucoup sont en prison, notamment depuis les grandes mobilisations contre la destitution et l’emprisonnement du maire d’Istanbul, Imamoglu. Le pouvoir prétend qu’ils ont touché de l’argent de la mairie bien qu’aucune preuve ne soit fournie.
Une nouvelle loi “contre la désinformation” (sic !) a conduit à l’arrestation de deux reporters de son média. Toute analyse critique du pouvoir peut être considérée par la justice à la solde d’Erdogan comme étant de la désinformation ! Sachant qu’une loi avait déja été antérieurement imposée pour criminaliser tout dénigrement du Président Erdogan.
Un autre journaliste était présent à ce rendez-vous. Avec des universitaires, il a constitué une équipe qui travaille sur cette relation médias-pouvoir, « les journalistes indépendants sous l’ère de l’autoritarisme ». Sujet essentiel pour la Digue.
Avec une expérience de 41 ans dans le journalisme, notre hôte a terminé nos échanges en nous témoignant : “si j’étais jeune, j’abandonnerais. mais j’ai avec moi un collectif de jeunes. Pour eux je continue, et je continuerai.”
A suivre…. [...]
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17 avril 2026En tant que députées, Marie Pochon et moi-même, nous sommes en déplacement en Turquie dans le cadre de la Digue. La Digue, lancée par mon camarade député Pouria Amirshahi, c’est un processus de création d’un réseau international pour mieux comprendre les dérives autoritaires partout dans le monde et fédérer celles et ceux qui résistent, politiques, syndicalistes, associatifs, journalistes, universitaires etc.
Hier nous avons rencontré le directeur de la fondation Henrich Böl qui accompagne des projets, notamment dans le cadre du « peace process », le processus de paix pour les kurdes, et Asena Günal, de la fondation Anadolu Kültür, créé par Osman Kavala, philanthrope aujourd’hui en prison et peut être à vie.
Leurs témoignages sont édifiants.
La Turquie, c’est plutôt une autocratie qu’une dictature totale : des partis d’opposition existent, il y a encore, au moins sur youtube, des médias indépendants, mais tout est fait pour bâillonner, criminaliser et supprimer toute opposition. Je tente de vous faire un résumé, pour celles et ceux qui ne connaissant pas du tout le sujet. Le régime politique turc est passé d’un régime parlementaire à un régime présidentiel atypique. En 2017, un amendement constitutionnel a permis à son président Recep Tayyip Erdogan d’en finir avec la séparation des pouvoirs et de concentrer le pouvoir exécutif, parlementaire et judiciaire. Plus de vote de confiance du gouvernement devant le Parlement, une gouvernance par décret qui se substitue aux textes législatifs, un pouvoir judiciaire contrôlé par un Président qui cumule pouvoir de nomination et de désaisissement, adossé à une justice pénale instrumentalisée comme arme contre toutes les oppositions.
Ce fut les maires (et même co-maires à parité de genre) kurdes qui ont été d’abord destitués et emprisonnés après leur élection aux municipales en 2019, avec de nombreux dirigeants et militants du HDP (Front démocratique des peuples, de gauche, pro kurde) emprisonnés. La Présidentielle d’avant, le leader du HDP , Selahattin Demirtas, était candidat depuis sa prison. Le HDP a subi plusieurs dissolutions, devant se recréer et changer de nom, aujourd’hui il se nomme le DEM. En 2023, les opposant ont sincèrement cru en la victoire, mais Erdogan a réussi à se faire réélire, dans une alliance entre son parti l’ AKP , islamo-nationaliste et un parti d’extrême droite, le MHP . La déception fut rude mais en 2024, Erdogan a essuyé une forte défaite, notamment dans les 10 plus grosses municipalités. Le maire d’Istanbul, Ekren Imamoglu, du parti « centriste » kémaliste, principal opposant à Erdogan a été emprisonné alors qu’il a allait être désigné candidat à l’élection présidentielle et constituait (et constitue) une menace pour Erdogan. Des manifestations, notamment d’étudiants, ont été très importantes, malgré les très nombreuses arrestations de dirigeants du CHP et d’étudiants, universitaires et journalistes.
Auparavant, les mobilisations historiques de 2013 au jardin de Ghezi, avaient subi une très forte répression. On nous a raconté comment des universitaires pouvaient perdre leur emploi et même leur liberté pour avoir signé des tribunes en faveur d’un processus de paix sur la question kurde. Côté féministe, il n’y a pas en tant que tel de remise en cause frontale du droit à l’avortement mais il est bien menacé, avec une communication anti avortement très nataliste, des réductions de délais et dans les faits, la difficulté pour les femmes de trouver des médecins d’accord pour les réaliser. Côté LGBTI, une loi est en préparation pour imposer l’invisibilisation : interdire le drapeau LGBT et toute visibilisation LGBT sur les fringues, dans les séries… De nombreux rendez-vous dans les jours à venir nous permettront d’analyser toutes les conséquences dans nombre de domaines de la terrible pente autoritaire de la Turquie d’Erdogan. Tous les espoirs et craintes résident dans le prochain rendez-vous des urnes. Les prochaines élections présidentielles sont prévues en 2028, mais en l’état, Erdogan ne pourrait y concourir, à moins d’un changement de la constitution mais pour laquelle il n’a pas assez de voix pour y arriver. Mais le Parlement pourrait demander une élection anticipée et alors il pourrait candidater. Nos rendez-vous du jour nous ont exprimé leurs craintes que le scrutin soit l’objet de fraudes sérieuses… En attendant, l’opposition subit deux formes d’émigration, externe pour celles et ceux qui choisissent ou sont contraints pour leur liberté de quitter le pays, et interne, pour celles et ceux qui renoncent à leurs engagements et se réfugient dans leur vie privée. Aussi, nos interlocuteur.trice.s témoignent de leur regret de l’absence de front commun, les luttes sectorielles et catégorielle ne trouvent pas pour l’heure d’agenda commun et l’unité politique reste un chantier conséquent….
A suivre ! [...]
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20 février 2026Je condamne sans aucune ambiguïté la violence qui a conduit à la mort du militant d’extrême-droite Quentin Déranque. Tabasser à mort un homme à terre est totalement contraire aux principes humanistes, quand bien même ces violences se déroulent dans un contexte d’attaques par surprise d’un groupe d’extrême-droite contre des antifascistes. En aucun cas on ne doit mourir pour ses idées, fussent-elles violentes, en démocratie. Si les groupes anti-fascistes défendent l’auto-organisation de brigades populaires de défense, les images de violences contre un homme à terre n’ont plus rien à voir avec de la légitime défense. On ne combat pas l’extrême-droite avec les méthodes de l’extrême-droite.Car oui, la violence de l’extrême droite est partie intégrante de son ADN. Sur Lyon, depuis 15 ans, des groupuscules ne cessent de commettre des exactions : plus d’une centaine d’actes de violences racistes, suprémacistes, antisémites, LGBTphobes, en toute impunité. 90% des violences politiques ces dernières années ont été commises par l’extrême-droite. On décompte ainsi 12 crimes qui ont été commis, sans donner lieu à des minutes de silence… Créer le chaos, la terreur, puis imposer un régime autoritaire sécuritaire, tel est le projet de l’extrême-droite. L’instrumentalisation immonde de ce drame par l’alliance de toutes les nuances de droite et d’extrême-droite, leurs relais médiatiques, pour jeter le discrédit total sur la France Insoumise est d’une terrible gravité. Il met des cibles dans le dos de tous les députés et militants FI. En témoignent les menaces de mort, les dégradations de permanences ou l’alerte à la bombe sur le siège de LFI. Cette instrumentalisation vise également à disqualifier toute la gauche dans une entreprise de diabolisation visant dans le même temps à dédiaboliser l’extrême-droite, condition pour son accession au pouvoir. Elle signe en même temps un blanc seing pour tous ces groupuscules fascistes qui se sentent encouragés à décupler leurs manifestations violentes décomplexées, en témoigne le silence assourdissant sur les croix gammées Place de la République et les tentatives de ratonnades sur le boulevard Ménilmontant au lendemain de la mort du militant d’extrême-droite. Ne soyons pas dupes. L’extrême-droite et une grande partie de la droite ont besoin d’exacerber la violence pour justifier le recours à l’homme fort et aux politiques sécuritaires. Toute cette opération manipulatrice vise à diviser la gauche et le peuple et faire oublier la violence sociale de leur politique pour mieux défendre in fine, les milliardaires dont ils ne font que servir les intérêts.
Responsabilité pénale, éthique et politique. Le député insoumis Raphaël Arnault n’a, a priori, aucune responsabilité pénale dans les évènements. Mais, fondateur de la Jeune Garde, employeur d’au moins 2 collaborateurs et d’un stagiaire ayant participé ou liés aux violences ou acteurs de cette sinistre journée, il a une responsabilité éthique. Jean-Luc Mélenchon, en réaffirmant toute sa solidarité vis-à-vis de la Jeune Garde, semble vouloir s’entêter, comme dans l’affaire Quatennens, à un soutien inconditionnel. Sauf que cette fois-ci, il y a eu mort d’homme. C’est selon moi une grave faute politique qui engage sa responsabilité politique.
La fin ne justifie pas les moyens. Ne pas céder au fascisme, exige de ne pas trahir nos principes. Le programme féministe de la FI aurait exigé de se désolidariser immédiatement du mari violent. Son programme humaniste exigerait de se désolidariser immédiatement de ces violences qui ont conduit à la mort d’un jeune de 23 ans. Mais je ne peux que déplorer que la culture profondément viriliste non déconstruite de Jean-Luc Mélenchon le conduise à ne pas en prendre conscience… Je doute hélas que les dirigeants FI n’aient engagé, en participant aux camps d’été de la Jeune Garde, une quelconque réflexion et formation sur la culture non-violente, sur l’enjeu de l’abolition de tous les rapports de domination, en programme mais aussi en pratiques militantes…
L’antifascisme, c’est l’unité ! Pourtant, la jeunesse de gauche a besoin plus que jamais d’être encouragée dans l’engagement antifasciste. Mais qu’est-ce que l’antifascisme ? C’est l’unité de toute la gauche, politique, syndicale, fédérant le peuple dans les luttes et dans les urnes ! Oui, tous les militants vont devoir se former à l’auto-défense face à la violence de l’extrême-droite qui ne va qu’en augmentant. Mais surtout, aujourd’hui comme hier en 36, c’est une stratégie unitaire, dans les municipales et la prochaine présidentielle qu’il faut construire !
Or, Jean-Luc Mélenchon n’en veut pas. Il nous a viré précisément pour cela ! Avec mes camarades Alexis Corbière, Hendrick Davi et Raquel Garrido, nous portions et portons avec Clémentine Autain et François Ruffin le débat en faveur d’une candidature unique de la gauche et des écologistes pour battre le RN à la présidentielle de 2027. Et alors même qu’il nous purgeait, il investissait Raphaël Arnault, confirmant son choix d’une stratégie d’alliance des groupes de gauche radicale pour rejeter celle de l’unité large sur un programme de rupture, quand bien même celle-ci lui permettait de faire élire ses députés.
Notre responsabilité collective est de contribuer à la désescalade et de proposer l’unique voie pacifique : le débat démocratique, l’action solidaire et les urnes. A gauche, soutenons l’unité dans toutes les municipales où elle s’est construite. Encourager les cadres unitaires antiracistes au service de l’action citoyenne. Oeuvrons à la mobilisation populaire pour les primaires de la gauche prévue le 11 octobre prochain. Car sans candidature commune, le RN gagnera sur nos divisions. [...]
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