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Le développement de l’intelligence artificielle ne peut pas rimer avec suppression d’emplois ! 

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion d’auditionner les délégués syndicaux FO et Solidaires d’Onclusive, groupe international spécialisé dans la veille médiatique et les relations publiques établi à Courbevoie, qui a annoncé la suppression de 218 postes sur les 374 que compte l’entreprise, pour les remplacer par de l’intelligence artificielle et dans les faits délocaliser à Madagascar.

L’intelligence artificielle est une innovation technologique qui, contrairement à l’automatisation progressive des outils  permettant d’accélérer et d’optimiser le traitement médiatique et la production de revues de presse, pousse à une robotisation de ces mêmes activités. Ainsi, ce n’est pas une innovation technologique permettant de faciliter les tâches des travailleuses et travailleurs, mais bien de remplacer ceux-ci afin de maximiser les profits de l’entreprise. 

La revue de presse est un savoir-faire à la française qu’il faut protéger. L’automatisation de ces activités marquerait une perte dans la qualité du travail fourni et aujourd’hui réalisé par des êtres humains. Cela poserait d’autant plus problème que l’entreprise Onclusive a pour clients de nombreuses administrations et nombreux ministères en France. 

Il est fréquemment avancé que la destruction de certains métiers par l’avènement de l’intelligence artificielle permettrait la création de nouveaux emplois. Mais le cas d’Onclusive montre que les emplois qui sont créés le sont dans des pays où la main d’œuvre est moins chère, comme en Moldavie, Roumanie, Inde ou Madagascar. Il s’agit de travailleurs de clics, exploités pour l’entraînement de l’IA, exploités et sous payés. Ces délocalisations s’accompagnent d’un abandon des savoir-faire ici.

L’IA pose aussi une question à la fois environnementale et de souveraineté numérique. Laisser faire une synthèse de l’information par l’IA c’est prendre le risque de subir nombre de manipulation de cette information en fonction d’intérêts privés ou géopolitiques extérieurs. Cette perte de souveraineté pourrait avoir pour effet d’orienter l’information transmise et donc d’influencer les décisions par une vision biaisée du monde. Par ailleurs, le stockage dans des data center émet beaucoup de carbone. 

C’est ainsi 4 enjeux majeurs que pose l’Intelligence artificielle. Le premier, est le drame social des licenciements ici et de la surexploitation des travailleurs du clic là-bas. Si les délégués syndicaux ne se font pas d’illusions sur la perte prochaine de leurs emplois, ils alertent sur le risque d’un précédent majeur. Selon une étude de Goldman Sachs, près de 300 millions d’emplois sont exposés à l’automatisation. Le deuxième est le risque de la perte d’un savoir-faire, qui pourrait être délocalisé. Et enfin, le troisième, est le risque d’une perte de souveraineté dans la récolte d’information et le traitement de données pour des administrations publiques qui interroge et menace notre démocratie. Le tout aggrave la crise climatique. 

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