Les combattant.es du sida sont d’abord les combattant.es contre l’inaction politique face au sida

Mes chers collègues, beaucoup de choses ont été dites dans les interventions précédentes. Je pense que cette délibération sera adoptée à l’unanimité. En tout cas, je le souhaite.

Il est extrêmement important de bien prendre conscience que faire un devoir de mémoire, c’est un devoir humaniste, de souvenir pour toutes celles et tous ceux qui ont combattu hier, et donc un devoir aussi pour poursuivre ce combat.

Pour poursuivre ce combat, et de quelle nature est ce combat ? Ont-ils été des combattantes et combattants contre le Sida, ou ont-ils et devons-nous être des combattantes et des combattants contre l’inaction contre le Sida ? Contre la déresponsabilisation des pouvoirs publics contre le Sida ? En clair, on pourrait presque dire par provocation, est-ce qu’on meurt vraiment d’une épidémie, ou est-ce qu’on meurt parce que les pouvoirs publics n’ont pas agi à la hauteur contre l’épidémie ?

Je pense que c’est ainsi qu’il faut le prendre, parce que nous sommes une communauté d’hommes et de femmes qui décident de changer le cours de l’histoire, pour rendre les gens heureux. La question de la santé est essentielle. La question du Sida est toute particulière, parce que si notre vie est quelque chose de très intime, le Sida en appelle encore plus à notre intimité.

Les combattantes et combattants d’hier, pour moi oui, j’aime cette phrase d'”Act Up” qui dit : “nous sommes des combattants contre l’épidémie politique”. J’aime le prendre sous cet angle.

Parce qu’hier, ils et elles sont morts et ont combattu contre la maladie, contre leur propre mort, contre celle de leurs proches, ce combat extrêmement dur, extrêmement violent. Ils ont combattu contre toutes les discriminations, que ce soit le Sida qui était considéré comme le cancer gay, le cancer des drogués, le cancer des Africains, le cancer des séropos. Ils combattent contre la sérophobie et aussi contre le mépris et l’insuffisance des politiques publiques.

Pas assez de moyens pour la recherche ; pas assez de moyens pour les dispositifs “aller vers”, aller vers toutes et tous, mais aussi vers les personnes les plus à risque, qu’il s’agisse des personnes prostituées, des jeunes, des personnes issues de l’immigration, des milieux LGBT. Mais lutter contre toutes les formes de discrimination, lutter pour que tout le monde ait accès au traitement, et lutter contre le silence et l’inaction, parce que la sérophobie continue à sévir en France.

Ce combat est toujours actuel, parce que si les chiffres d’hier, terribles, heureusement ne sont plus aujourd’hui, ils ont été rappelés par d’autres collègues avant moi et présentés dans l’exposé des motifs, entre 1989 et 1996, 10.000 personnes sont mortes du Sida, soit 1 décès sur 10 à Paris, ce qui est énorme.

Aujourd’hui, en France, on est toujours dans une situation où l’épidémie reste d’actualité. 6.000 nouvelles contaminations chaque année. L’Ile-de-France est particulièrement touchée, avec un tiers des personnes qui vivent avec le V.I.H. 24.000 personnes sont atteintes sans le savoir du V.I.H. en France. En France, des personnes âgées de 18 à 75 ans n’ont jamais réalisé de dépistage concernant le virus du Sida.

Le combat doit se poursuivre. Cette place en mémoire des combattantes et des combattants contre le Sida doit être un point d’étape pour poursuivre et amplifier le combat, pour faire véritablement un Paris sans le Sida.

Je vous remercie.

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