Vœu en faveur d’un soutien pouvant aller jusqu’à la préemption de la Comédie italienne

Mme Danielle SIMONNET.- Bonjour, chers collègues.

Cette délibération nous donne l’occasion de réexprimer notre soutien à la culture en cette période si difficile. Il faut le dire et le redire, il y a plus de risques de propager le virus en prenant les transports en commun tous bondés qu’en allant dans des salles de théâtre avec des protocoles extrêmement respectueux.

C’est une catastrophe que les théâtres ne rouvrent pas. C’est non seulement une catastrophe économique pour l’ensemble de ces établissements, une souffrance terrible pour les artistes, mais aussi un gâchis terrible et, pire, une inquiétude par rapport au modèle civilisationnel : cela signifie en cette période de confinement que la restriction de nos libertés va jusqu’à une volonté de la part du Gouvernement de normalisation de nos vies sociales en nous limitant à être des citoyens producteurs et consommateurs, c’est-à-dire métro, boulot, dodo, et surtout ne pense pas, ne t’émeus pas ! Or, aller dans une salle de théâtre, voir un spectacle, aller à un concert, c’est un moment où on s’autorise à s’émouvoir, on sort de soi par l’altérité ; c’est un moment où se rendent possibles nos émancipations. Voilà pourquoi c’est essentiel.

Cette délibération, dans ce contexte de crise sanitaire et de fermeture des lieux de spectacle, permet de soutenir le spectacle vivant, notamment que différents lieux de spectacles puissent poursuivre leurs projets de travaux ou d’aménagements nécessaires à l’exploitation de leurs équipements et puissent envisager une reprise d’activité plus sereine et dans de meilleures conditions techniques, quand à la fois les conditions sanitaires le permettraient, mais surtout quand la décision du politique, du Gouvernement le permettra.

En plus des théâtres qui sont cités dans la délibération, je voudrais vous parler aussi de la situation d’un autre théâtre qui n’est pas compris dans la délibération : il s’agit de la Comédie italienne. C’est le seul théâtre dédié à la commedia dell’arte sous toutes ses formes, qu’il s’agisse de la traditionnelle, de la fantastique, de l’opéra-bouffe. C’est aussi un lieu de formation pour les jeunes comédiens qui apprennent les techniques du jeu masqué à l’italienne.

La Commedia dell’Arte a été fondée en 1974 par Attilio MAGGIULLI et ce théâtre connaît de si graves difficultés financières qu’il pourrait bien être racheté.

Ce théâtre, comme tant d’autres, a été contraint d’annuler les représentations de son dernier spectacle à cause de la crise sanitaire et il est poussé par les banques à se séparer de ce lieu du fait d’un endettement de près de 40.000 euros. Il faut savoir que ce petit théâtre a une salle de 100 places, qui lui appartient, mais le local attenant qui tient lieu de hall d’accueil est loué autour de 7.000 euros par trimestre à une société immobilière, ce qui fait que l’établissement n’arrive pas à tenir les contraintes de charges fixes trop importantes.

Par ailleurs, ce théâtre a subi des baisses et des suppressions successives des subventions du Ministère de la Culture, de la Région Ile-de-France, mais aussi de la Ville de Paris. Sous l’ancienne mandature, les relations ont été, paraît-il, très mauvaises avec un ancien adjoint à la Culture, au point que son activité a été méprisée, tout le travail artistique a été dénigré, comme si c’était totalement archaïque et dépassé, comme si on n’avait plus besoin à Paris de la Commedia dell’Arte.

Mon vœu, qui n’est pas à l’ordre du jour et qui a été retiré par le Cabinet de la Maire, est en plus particulier parce qu’il n’est pas sûr, tellement ce mépris par la Ville de Paris a été violent pour Attilio MAGGIULLI, que l’équipe de la Commedia dell’Arte finalement ne préfère pas s’auto-organiser pour essayer de survivre, notamment par les dons. J’espère qu’au moins cette intervention permettra d’aider à contribuer à l’appel aux dons qu’ils font.

Mais ce qui m’inquiète énormément, c’est qu’un acheteur en ce moment se positionne. Cet acheteur n’est pas n’importe qui : c’est l’antisémite, le négationniste Dieudonné. Imaginez le symbole si, dans cette crise sanitaire, on se retrouve avec un théâtre qui ferme au profit de cet antisémite négationniste plusieurs fois condamné !

Alors j’espère que celui qui a été condamné à de multiples reprises pour ses propos antisémites et négationnistes, qui a été expulsé du théâtre de la Main d’Or, ne pourra jamais mettre la main sur ce théâtre et que les Parisiennes et les Parisiens, et tous les amoureux de la culture et de l’émancipation, tous les militants antiracistes et qui luttent contre l’antisémitisme, viendront en soutien de la Commedia dell’Arte par un soutien financier. Même si personnellement j’aurais souhaité que le théâtre et la Ville acceptent de passer outre le passé, qu’ils montrent qu’il y a une nouvelle équipe et de nouveaux élus à la culture, et qu’une solution à travers un soutien financier, un soutien aux travaux, permette de sauver ce théâtre.

Je vous remercie.

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