UberFiles : je défends la constitution d’une commission d’enquête parlementaire. 

Début juillet 2022, un travail d’investigation journalistique internationale révèle les « Uber Files ». Plus de 120 000 documents exposent les liens de collusion entre les dirigeants d’Uber et Emmanuel Macron, lorsqu’il était encore ministre de l’Économie. Rencontres secrètes à Bercy, contournement des cadres législatifs, lobbying européen, autant de révélations qui dépeignent la complaisance des pouvoirs publics à l’égard de cette multinationale dans son implantation française. 

Depuis mon élection en tant que députée, un de mes axes de travail parlementaire concerne l’ubérisation de la société et ses ravages : mobilisée auprès de toutes celles et ceux qui subissent ce modèle économique prédateur à l’assaut de notre système de protection sociale, du droit du travail, et spécialiste de l’évasion fiscale, je présente une résolution afin de constituer une commission d’enquête parlementaire suite aux révélations des UberFiles et le rôle d’Emmanuel Macron dans l’implantation d’Uber en France lorsqu’il était ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. J’exige une réelle investigation sur le lobbying des plateformes numériques et sur les conséquences de l’ubérisation. 

À l’initiative de plusieurs auditions afin de préparer cette résolution, j’ai  rencontré les organisations de taxis, des travailleurs déconnectés des plateformes, des travailleurs du quick commerce, des guides-conférenciers… mais aussi interrogé le journaliste Damien Leloup, auteur de nombreux articles sur les UberFiles, ou encore Laurent Grandguillaume, ancien député nommé médiateur dans le cadre du conflit des chauffeur de taxi et de VTC face aux plateformes numériques et rapporteur de la loi relative à la régulation du secteur du transport public particulier de personnes. 

De quoi Uber est-il le nom ?

Uber s’est implanté en dévoyant les lois en vigueur (loi LOTI) et grâce à une concurrence déloyale par l’exercice en masse de contrefaçon du métier de taxi, qui depuis a été jugé illégal par la justice française. La plateforme a exploité le statut d’auto-entrepreneur pour recruter des chauffeurs VTC, or le caractère « indépendant » du travailleur VTC pour Uber n’est pourtant qu’une chimère. Un travesti du salariat, sans aucun avantage social, mais sous un lien avéré de subordination et de dépendance économique à la plateforme. Ainsi, entre 2014 et 2016, l’entreprise sert de cheval de Troie à l’ubérisation de l’économie française, dont Emmanuel Macron s’est fait le premier complice, contre la volonté du gouvernement et de la majorité de l’époque. 

Révélations UberFiles : quelle complaisance des pouvoirs publics ?

Défiance à la loi, instrumentalisation des violences lors des manifestations et influence chronique et croissante des pouvoirs publics, Uber est parvenu à exporter son modèle en France grâce à la stratégie du chaos et un allié de taille : Emmanuel Macron. Les UberFiles permettent d’identifier au moins 17 échanges significatifs et non-déclarés (aucun n’avait été fixé dans l’agenda du ministre) entre Emmanuel Macron lui-même. Un “deal” aurait même été passé pour que l’entreprise accepte de suspendre son service Uberpop en échange d’un allègement des conditions d’accès aux licences VTC. Alors que la multinationale américaine est dans le collimateur de la répression des fraudes, le doute plane concernant une potentielle protection politique prodiguée par Emmanuel Macron face à l’administration (modification d’arrêtés préfectoraux, demandes d’interférence suite à des perquisitions menées par la DGCCRF…). Entre 2013 et 2017, Bercy a-t-il cédé à une politique des coups de pouce face au grand lobby américain ?

L’ampleur des conséquences sociales, économiques et environnementales du modèle Uber exige une réelle enquête parlementaire. Il en va de l’indépendance et de l’impartialité de l’autorité publique, piliers de notre République. La commission se devra également d’émettre des recommandations concernant l’encadrement des relations entre décideurs publics et représentants d’intérêts au service d’une réelle transparence démocratique pour une séparation des lobbies et de l’Etat.  

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