Je condamne sans aucune ambiguïté la violence qui a conduit à la mort du militant d’extrême-droite Quentin Déranque. Tabasser à mort un homme à terre est totalement contraire aux principes humanistes, quand bien même ces violences se déroulent dans un contexte d’attaques par surprise d’un groupe d’extrême-droite contre des antifascistes. En aucun cas on ne doit mourir pour ses idées, fussent-elles violentes, en démocratie. Si les groupes anti-fascistes défendent l’auto-organisation de brigades populaires de défense, les images de violences contre un homme à terre n’ont plus rien à voir avec de la légitime défense. On ne combat pas l’extrême-droite avec les méthodes de l’extrême-droite.
Car oui, la violence de l’extrême droite est partie intégrante de son ADN. Sur Lyon, depuis 15 ans, des groupuscules ne cessent de commettre des exactions : plus d’une centaine d’actes de violences racistes, suprémacistes, antisémites, LGBTphobes, en toute impunité. 90% des violences politiques ces dernières années ont été commises par l’extrême-droite. On décompte ainsi 12 crimes qui ont été commis, sans donner lieu à des minutes de silence… Créer le chaos, la terreur, puis imposer un régime autoritaire sécuritaire, tel est le projet de l’extrême-droite.
L’instrumentalisation immonde de ce drame par l’alliance de toutes les nuances de droite et d’extrême-droite, leurs relais médiatiques, pour jeter le discrédit total sur la France Insoumise est d’une terrible gravité. Il met des cibles dans le dos de tous les députés et militants FI. En témoignent les menaces de mort, les dégradations de permanences ou l’alerte à la bombe sur le siège de LFI. Cette instrumentalisation vise également à disqualifier toute la gauche dans une entreprise de diabolisation visant dans le même temps à dédiaboliser l’extrême-droite, condition pour son accession au pouvoir. Elle signe en même temps un blanc seing pour tous ces groupuscules fascistes qui se sentent encouragés à décupler leurs manifestations violentes décomplexées, en témoigne le silence assourdissant sur les croix gammées Place de la République et les tentatives de ratonnades sur le boulevard Ménilmontant au lendemain de la mort du militant d’extrême-droite. Ne soyons pas dupes. L’extrême-droite et une grande partie de la droite ont besoin d’exacerber la violence pour justifier le recours à l’homme fort et aux politiques sécuritaires. Toute cette opération manipulatrice vise à diviser la gauche et le peuple et faire oublier la violence sociale de leur politique pour mieux défendre in fine, les milliardaires dont ils ne font que servir les intérêts.
Responsabilité pénale, éthique et politique. Le député insoumis Raphaël Arnault n’a, a priori, aucune responsabilité pénale dans les évènements. Mais, fondateur de la Jeune Garde, employeur d’au moins 2 collaborateurs et d’un stagiaire ayant participé ou liés aux violences ou acteurs de cette sinistre journée, il a une responsabilité éthique. Jean-Luc Mélenchon, en réaffirmant toute sa solidarité vis-à-vis de la Jeune Garde, semble vouloir s’entêter, comme dans l’affaire Quatennens, à un soutien inconditionnel. Sauf que cette fois-ci, il y a eu mort d’homme. C’est selon moi une grave faute politique qui engage sa responsabilité politique.
La fin ne justifie pas les moyens. Ne pas céder au fascisme, exige de ne pas trahir nos principes. Le programme féministe de la FI aurait exigé de se désolidariser immédiatement du mari violent. Son programme humaniste exigerait de se désolidariser immédiatement de ces violences qui ont conduit à la mort d’un jeune de 23 ans. Mais je ne peux que déplorer que la culture profondément viriliste non déconstruite de Jean-Luc Mélenchon le conduise à ne pas en prendre conscience… Je doute hélas que les dirigeants FI n’aient engagé, en participant aux camps d’été de la Jeune Garde, une quelconque réflexion et formation sur la culture non-violente, sur l’enjeu de l’abolition de tous les rapports de domination, en programme mais aussi en pratiques militantes…
L’antifascisme, c’est l’unité ! Pourtant, la jeunesse de gauche a besoin plus que jamais d’être encouragée dans l’engagement antifasciste. Mais qu’est-ce que l’antifascisme ? C’est l’unité de toute la gauche, politique, syndicale, fédérant le peuple dans les luttes et dans les urnes ! Oui, tous les militants vont devoir se former à l’auto-défense face à la violence de l’extrême-droite qui ne va qu’en augmentant. Mais surtout, aujourd’hui comme hier en 36, c’est une stratégie unitaire, dans les municipales et la prochaine présidentielle qu’il faut construire !
Or, Jean-Luc Mélenchon n’en veut pas. Il nous a viré précisément pour cela ! Avec mes camarades Alexis Corbière, Hendrick Davi et Raquel Garrido, nous portions et portons avec Clémentine Autain et François Ruffin le débat en faveur d’une candidature unique de la gauche et des écologistes pour battre le RN à la présidentielle de 2027. Et alors même qu’il nous purgeait, il investissait Raphaël Arnault, confirmant son choix d’une stratégie d’alliance des groupes de gauche radicale pour rejeter celle de l’unité large sur un programme de rupture, quand bien même celle-ci lui permettait de faire élire ses députés.
Notre responsabilité collective est de contribuer à la désescalade et de proposer l’unique voie pacifique : le débat démocratique, l’action solidaire et les urnes. A gauche, soutenons l’unité dans toutes les municipales où elle s’est construite. Encourager les cadres unitaires antiracistes au service de l’action citoyenne. Oeuvrons à la mobilisation populaire pour les primaires de la gauche prévue le 11 octobre prochain. Car sans candidature commune, le RN gagnera sur nos divisions.
