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"À Paris, place au peuple !"

Nuit blanche : non au mécénat de LVMH et Unibail !

Mes chers collègues, concernant cette délibération, déjà, nous avons un problème de méthode. On nous soumet au vote une délibération qui porte sur le financement et le cadrage du mécénat pour le financement de cette initiative qui a d’ores et déjà eu lieu. Ce n’est pas possible ; dans le fonctionnement de notre assemblée, on ne peut pas nous faire voter sur des événements qui se sont déjà tenus. Comme ce n’est pas la première fois que l’on fait une “Nuit Blanche”, on peut quand même anticiper l’événement pour que les délibérations aient lieu bien avant que les budgets aient été d’ores et déjà “consommés”, et les mécénats de fait déjà traduits. C’est quand même problématique.

Vous me direz, c’est le renouvellement de l’opération chaque année, donc pas de surprise là-dessus. Certes, mais j’aimerais bien un jour que mes interventions finissent par vous convaincre et que vous renonciez enfin au recours au mécénat, parce que c’est de cela dont il s’agit ici.

Ces “Nuits Blanches”, on pourrait les appeler les Nuits Blanches L.V.M.H., Unibail, Evesa, et j’en passe, puisqu’il s’agit, dans cette délibération, à nouveau de faire reposer notre événement en partie sur du mécénat.

De quoi s’agit-il ? Pour L.V.M.H., 50.000 euros, pour Unibail, 20.000 euros, pour Evesa, l’éclairage public, pour ceux qui ne le savent pas, qui est géré par des entreprises privées, 10.697 euros. Je vous le dis, le mécénat est un terrible cercle vicieux. En effet, lorsque vous bénéficiez des dons des mécènes, vous pouvez vous satisfaire et vous dire que ce sont des entrées de recettes supplémentaires qui permettent de financer des événements. Sauf que les grands mécènes font l’objet d’une défiscalisation, grâce à la loi Aillagon, d’au moins 60 %. De ce fait, c’est de l’argent en moins qui rentre dans les caisses de l’Etat. Et vous voyez bien ensuite, qu’en appauvrissant les caisses de l’Etat par ce fait, vous avez aussi des dotations aux collectivités locales qui nous semblent insuffisantes. On se retrouve avec des politiques culturelles qui dépendent de plus en plus de mécénats privés.

Ensuite, en retour, les mécènes, sur les “Nuits Blanches”, ont la possibilité d’avoir leur nom valorisé dans l’ensemble des communications. C’est donc une publicité à peine déguisée qui permet de redorer l’image de marque de ces entreprises. Pour L.V.M.H., il faudrait dire : merci, patron.

Quel est, par ailleurs, notre rapport avec ces entreprises privées ?

Je pourrais citer un ancien adjoint, mais je vous en ferai grâce, qui a joué un rôle dans les liens étroits avec L.V.M.H. Parlons simplement des dossiers. Dossier très clair en termes d’impact sur la ville. L.V.M.H., c’est notamment la convention avantageuse pour l’installation de la Fondation Louis Vuitton dans le bois de Boulogne. Unibail, c’est notamment la vente du Forum des Halles très avantageuse pour Unibail. Mais c’est également le scandale révélé par la Chambre régionale des comptes de ces 263 millions d’euros accordés pour la fin de la concession avec Viparis, au moment où la Ville de Paris décide de l’implantation de la tour Triangle, et où c’est le même partenaire, Unibail, qui prend le marché pour construire la tour Triangle sur le même emplacement que là où il gérait le Parc des Expositions.

Vous voyez bien que nous sommes dans un rapport à ces intérêts privés très problématique, parce qu’ils font main basse sur la ville, et il faudrait en plus les remercier de leur mécénat sur nos manifestations culturelles. Je n’ai pas envie d’avoir à dire merci à L.V.M.H., je n’ai pas envie d’avoir à dire merci à Unibail, même s’ils donnent 50.000 euros, ce qui est bien peu de chose vu les moyens de ces grands groupes, ou 20.000 euros pour Unibail. C’est vraiment problématique.

D’abord, à qui avons-nous affaire ? A des entreprises qui ont quand même une grande réputation en termes de plans de licenciement, d’optimisation fiscale. Sur ces projets, sur la ville en plus, j’estime que c’est l’intérêt général que nous n’avons pas défendu, qu’il s’agisse du centre commercial des Halles, ou qu’il s’agisse de la tour Triangle.

Se retrouver avec une manifestation culturelle fort intéressante, et je pense que la Ville doit poursuivre “Nuits Blanches”, mais se retrouver à travers cette manifestation culturelle de dépendre de ces intérêts privés et de devoir leur faire de la publicité est pour moi totalement inacceptable. La Ville peut bien se passer des 50.000 euros de L.V.M.H. et des 20.000 euros de Unibail.

Je voterai contre cette délibération et je vous inviterai à voter contre cette délibération. Cinq minutes top chrono !