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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur la sectorisation des écoles maternelles et primaires

 

 

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, de quoi s’agit-il ? La délibération vise à modifier les périmètres des écoles maternelles et primaires pour la rentrée de septembre 2019, afin de faire coïncider les capacités d’accueil des établissements avec les évolutions démographiques.

Des ajustements techniques permettent de prendre en considération, dans la délimitation des périmètres scolaires, le nombre d’élèves attendus pour la rentrée 2019. Le projet de délibération est le résultat d’un processus de concertation mené par les mairies d’arrondissement avec les communautés éducatives des écoles, directrices et directeurs, enseignants, fédérations représentatives de parents d’élèves, et l’académie de Paris. Mais j’ai plusieurs observations.

D’abord, ce nouveau découpage masque le fait que, chaque année depuis trois ans, nos écoles primaire perdent 3.000 élèves. Chaque année, des milliers de familles quittent Paris pour s’installer plus loin en raison des contraintes de loyers. C’est bien la politique actuelle en faveur du logement qui est insuffisante pour permettre aux familles de vivre à Paris. Il ne restera bientôt dans Paris que les très riches, les touristes ou les couples sans enfant plus fortunés. Une politique ambitieuse à l’égard des familles ne peut se limiter à redessiner la carte scolaire.

L’exposé des motifs de la délibération prétend que l’un des critères pour modifier les périmètres scolaires est la recherche d’une plus grande mixité sociale. Mais il s’agit là d’une hypocrisie dans la mesure où Paris est la championne de la ségrégation sociale au collège. La mixité sociale disparaît dès l’âge de 10 ans, créant de profondes inégalités.

Cette ségrégation sociale provient, d’une part, des différences de composition sociale entre les secteurs des collèges publics, d’autre part, de l’évitement vers le secteur privé des catégories sociales plus favorisées. 35 % des collégiens y sont scolarisés contre 20 % sur le reste du territoire – et 14 %, par exemple à New York, si l’on veut prendre d’autres réalités.

Très marquées sociologiquement – 72 % des enfants issus de milieux très favorisés pour seulement 3 % d’enfants défavorisés -, la ségrégation scolaire et les inégalités scolaires doivent être combattues en s’attaquant sérieusement à la spéculation immobilière. Oui, c’est la première chose à laquelle nous devons nous atteler et pour laquelle nous nous attelons de façon bien insuffisante : aux inégalités entre quartiers parisiens, et en mettant les moyens au service des collèges publics pour que les collèges privés cessent d’être considérés par certaines familles comme le seul moyen d’offrir une bonne éducation à leurs enfants.

D’ores et déjà, j’avais obtenu la fin des subventions facultatives aux collèges privés. Je ne sais pas si je l’avais obtenue par effet d’opportunité dans les logiques austères ou par conviction laïque, mais enfin, je l’avais obtenue. C’était déjà cela. Bon.

Je souhaite vraiment que l’on poursuive la réflexion et les expérimentations sur la sectorisation multi-secteurs concernant les collèges. Mais, vraiment, la politique de lutte contre la ségrégation scolaire doit être une politique bien plus ambitieuse en faveur du logement social et qui ne se limite pas à faire 30 % de logements P.L.S. et ne se traduise pas non plus par de l’hyper-bétonisation, densification.

Je vous remercie.