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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur la prévention spécialisée à Paris

 

 

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, cette délibération est importante puisqu’elle est relative à la convention avec 10 associations autorisées pour la gestion d’actions de prévention spécialisée à Paris pour la période de 2019 à 2022. Je présente d’ailleurs un vœu qui aurait pu être rattaché à cette délibération.

L’exposé des motifs insiste sur le fait que les actions de prévention spécialisée font partie des missions de l’aide sociale à l’enfance. La loi du 14 mars 2016 rattache d’ailleurs la prévention spécialisée à la protection de l’enfance. La Ville de Paris se doit par conséquent de ne plus rattacher le suivi des clubs de prévention à la sécurité mais bien à la délégation en charge de la protection de l’enfance. Je me retrouve totalement dans l’intervention de Mme Fatoumata KONÉ qui a développé également ce propos.

Il ne s’agit pas d’une question secondaire. Le fait d’être rattaché à la protection de l’enfance montre bien que la tâche de l’éducateur de rue est bien d’être à l’écoute des jeunes de 12 à 21 ans, de construire avec eux une relation de confiance, en vue d’obtenir leur adhésion à une intervention éducative qui ensuite peut être collective ou individuelle. En plus de cette libre adhésion des jeunes, cette relation exige le respect du secret professionnel. C’est un cadre d’intervention qui requiert une déontologie conforme au respect de l’anonymat des jeunes.

Dans le cadre de la prévention de la délinquance, le jeune, par contre, n’est pas d’abord et avant tout un acteur de son devenir avec ses besoins en termes de protection de l’enfance, ses désirs, ses projets, mais on le regarde d’abord et avant tout comme quelqu’un de ciblé du fait du trouble à l’ordre du public qu’il génère, du fait de ses actes de délinquance. Précisons que si l’éducateur de rue, les clubs de prévention spécialisés sont bien évidemment amenés à travailler en réunion avec d’autres partenaires comme la police, la justice dans le cadre, là, pour le coup, de la prévention de la délinquance, ils conservent toute leur déontologie professionnelle : libre adhésion du jeune, secret professionnel.

Il faut comprendre que la prévention de la délinquance n’est qu’une partie de leur champ de mission qui est d’abord et avant tout celle de la prévention spécialisée dans le cadre de la protection de l’enfance. C’est pour cela que le biais de les ramener ou de les maintenir chaque fois dans la prévention-sécurité est un biais très problématique qui peut être amené à faire basculer toutes leurs missions alors que de les rattacher à la protection de l’enfance serait une bonne garantie.

Je tiens néanmoins à saluer le travail fait sur les états généraux sur les rixes. J’ai d’ailleurs appris que Gilbert BERLIOZ, sociologue, y était intervenu. Ses travaux sont intéressants, car il nous apprend que cette logique des rixes procède d’une recherche d’affirmation de soi des jeunes qui y participent, de développement d’un sentiment d’appartenance à un collectif protecteur, de nombreuses situations qui sont à distinguer de phénomènes de bande où il peut y avoir une hiérarchie ou un intérêt lié au trafic de drogue par exemple.

Il distingue  dans ces travaux la délinquance d’expression de la délinquance d’acquisition. Les personnes ne cherchant pas à s’enrichir matériellement, et la frontière entre les auteurs et les victimes est extrêmement floue.

Cela doit nous amener à réfléchir. Cela montre d’autant plus l’importance, même sous l’angle prévention de la délinquance, de bien privilégier comme plein cœur de métier la question de la protection de l’enfance et la contribution à l’émancipation des jeunes.

Vous comprendrez bien que continuer à laisser la prévention spécialisée rattachée à la prévention de la délinquance, à la sécurité, cela provoque sur tout Paris et qui plus est dans le pilotage induit par les élus d’arrondissement, un biais très problématique de nature à transformer et dénaturer leurs missions.

Comment se fait-il que la Ville, par ailleurs, ne consacre que 20 millions d’euros à la prévention spécialisée quand le contrat de sécurité, par exemple, se voit allouer un budget de 300 millions d’euros ?

Les moyens alloués à la prévention spécialisée restent stables, dites-vous, dans les délibérations. Alors que la crise sociale s’aggrave dans certains quartiers, il faudrait au contraire augmenter les moyens alloués à la prévention spécialisée.

Vous confirmez que nous sommes passés de 15 à 10 associations, les regroupements et fusions de structures ne sont pas une bonne chose en réalité, parce que pour les professionnels, il y a une crainte forte d’une dissolution de la spécificité de leur métier dans les gros mastodontes du travail social.

Chers collègues, méfions-nous des grosses structures, certes réactives pour répondre aux appels d’offres, mais qui transforment le travail social en “business”, sous-prétexte de structures relevant de l’économie sociale et solidaire.

Ce n’est pas forcément le cas aujourd’hui de l’ensemble des structures, mais on sait que c’est un biais sur lequel vous êtes attentifs.

Je tiens à relayer la profonde inquiétude nationale de la prévention spécialisée. La disparition de départements s’accompagne de fait, via les transferts de poste, à un basculement de leurs missions à chaque fois sur une pente sécuritaire, privilégiant l’angle sécurité de l’espace public aux dépens de la protection de l’enfance.

Dans d’autres départements, les Yvelines par exemple, ces dérives sécuritaires ont hélas été fortement assumées.

Sur Paris, soyons exemplaires et assumons, quitte à être à contre-courant des tendances dominantes, défendons la prévention spécialisée, rattachons-la à la délégation de la protection de l’enfance.

Je vous remercie.

 

Mme Danielle SIMONNET. – Oui. Juste pour rajouter que le vœu que je présente demande à la fois de rattacher le suivi de la prévention spécialisée à la délégation municipale en charge de la protection de l’enfance et non la sécurité, mais il demande aussi l’augmentation des moyens alloués à la prévention spécialisée et de les adapter aux besoins croissants constatés sur le terrain. Voilà. C’était juste le deuxième point que je n’avais point précisé dans mon intervention et que je laissais dans le développement du vœu.

 

Mon vœu présenté, mais rejeté :

Vœu relatif aux rixes et à l’enjeu de soutenir la prévention spécialisée et de la rattacher à la protection de l’enfance