Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur le travail du dimanche à Paris

A quoi bon, finalement, gagner sur le fait que c’est à la Mairie de Paris de décider du nombre de dimanches ouvrés, et non à la Préfecture, si, au final, c’est pour valider les 12 dimanches prévus initialement par la Préfecture ? Il faut tout de même reconnaître que c’est “ballot”, comme on pourrait dire. Franchement, toute cette bataille, pour cela ? C’est à regretter qu’il n’y ait pas eu une autre anticipation. Maintenant, on peut comprendre la situation transitoire bien compliquée puisque, légalement, il fallait les arrêtés en décembre dernier. Mais tout de même ? Le bras de fer aurait pu aussi aller sur les conclusions et pas simplement sur le fait de reprendre la main. Comment cela va se passer l’an prochain ?

Par principe, et en cohérence, je ne voterai pas cette délibération. Je voterai contre parce qu’il n’y a aucun progrès humain à ouvrir les commerces le dimanche. Aucun.

Nous devons, au contraire, émanciper Paris du consumérisme et contribuer à l’émancipation des Parisiennes et des Parisiens du consumérisme effréné. On doit ralentir la vie en ville au moins un jour par semaine et on doit contribuer à l’harmonisation des temps sociaux. Oui, il faut se souvenir que, lorsque les gouvernements étaient dirigés par des partis politiques de droite – je ne dis pas quand ils menaient des politiques de droite parce qu’aujourd’hui, j’estime que l’ouverture des dimanches et la loi MACRON sont des politiques de droite – le PS, à l’époque, s’opposait et ne voulait pas un seul dimanche de plus ouvré. Pourquoi les choses ont-elles changées ?

Il faut un peu de constance dans ses convictions. Pour ma part, c’est clair : pas un seul dimanche ouvré de plus n’est nécessaire. L’extension du travail du dimanche est néfaste pour les salariés. Par ailleurs, oui, l’extension du travail du dimanche est néfaste pour la diversité des petits commerces. Alors j’entends M. Jean-Bernard BROS qui dit : “Oui, super, il y a eu un grand dialogue social. Donc c’est génial, il faut le respecter”. Franchement, la tête du dialogue social ! Même la CFDT n’est pas d’accord. Vous imaginez ? Aucune des organisations salariales n’est favorable à l’atterrissage sur ces 12 dimanches ouvrés.

Maintenant, qu’en est-il pour les petits commerces ? Ils en pensent quoi, les syndicats des petits commerces ? Il y en a de très intéressants qui sont dans le collectif “Clic-P”. Ils ne veulent pas des dimanches supplémentaires ouvrés parce qu’ils savent très bien que la provocation, c’est quoi ? Et quel est le lobbying qu’il y a derrière la volonté de ces dimanches ouvrés ? Ce sont les grandes enseignes !

On vient d’aborder une délibération sur “Vital’Quartier 1” et “Vital’Quartier 2”, un dispositif de la Ville pour protéger la diversité des petits commerces. Il serait intéressant de prendre un peu de distance avec les documents d’auto-satisfecit de la Ville et de regarder la réalité parisienne. Là, vous verrez qu’il y a de quoi être beaucoup moins fier. Quand toutes les grandes enseignes de supérettes – Franprix, Monoprix, Carrefour, avec toutes les formules différentes, petit Casino, Intermarché, U express, A 2 pas, Auchan et j’en passe, et là, je ne reste que dans l’alimentaire – quand toutes ces enseignes ont progressé de 40 % en France, ce qui est déjà énorme, elles ont progressé de 111 % à Paris en 10 ans. Au détriment de qui, à votre avis ? D’ailleurs, grâce à qui ? A Nicolas SARKOZY. Parce que, sous son mandat, il avait fait disparaître la nécessité d’un avis préalable des maires avant leur ouverture. Merci, par ailleurs, au Gouvernement de HOLLANDE qui n’a pas abrogé cette loi permettant cette disposition.

Résultat : des commerces le dimanche et en nocturne vont, de fait, également aggraver le développement de ces grandes enseignes. C’est cela, la guerre qu’elles se mènent à travers ces ouvertures, avec également les grandes enseignes de l’habillement, du luxe et dans d’autres secteurs. Ceux qui en sont victimes sont les petits commerçants. J’entends d’autres collègues qui s’expriment en pleurant et regrettant :”Mais Paris serait la seule ville qui n’ouvre pas tous les dimanches”. Mais tant mieux ! Ce serait une sacrée force. Mais quelle fierté ! Oui, Paris est la seule ville, la seule capitale monde qui n’ouvre pas le dimanche, la seule capitale monde qui préserve la diversité de ses petits commerces, la seule capitale monde où vous pouvez vous promener le dimanche pour autre chose que d’aller acheter les mêmes produits que vous avez dans toutes les autres capitales monde. Baladez-vous d’une capitale à une autre : les centres commerciaux sont exactement les mêmes, les rues piétonnes sont exactement les mêmes. Alors, justement, faisons de Paris une autre ville, autrement, différente.

Puis je terminerai, mais il y a un vœu là-dessus. Regardez. Arrêtons de laisser faire ces grandes enseignes. On parlera du Carrefour Gambetta qui est tout de même un sacré scandale. Pour terminer sur le travail du dimanche, j’espère justement que l’on va respecter des vraies négociations, mais des négociations sur la base de principes, et pas des négociations où l’on prétend que l’on a fait un dialogue social parce que l’on a fait une concertation, moyennant quoi on n’a absolument pas respecté la parole des représentants de syndicats de salariés.