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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur le Plan Economie Circulaire

 

 

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, il faut évidemment repenser notre mode de développement, rompre avec l’hyper consumérisme et l’obsolescence programmée des objets, prendre conscience que nos ressources naturelles sont finies et qu’il est impératif de sortir des énergies carbonées et du nucléaire. Bref, il faut arrêter de penser que seul le développement économique prime et qu’au nom du dogme de la croissance, on pourrait continuer à construire n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où, pourvu qu’il y ait encore de la croissance. Il faut sortir de ce cadre. La question de l’économie circulaire est un axe essentiel. Il faut aller dans une logique Zéro Déchet et contribuer à réduire nos déchets, à réutiliser, à réparer. Tout ce travail est essentiel mais je pense qu’il n’est pas suffisant.

Je voudrais d’abord saluer le travail d’Antoinette GUHL. Les documents en attestent, il y a une richesse d’actions recensées et une richesse de projets associatifs et de démarches citoyennes. En 5 ou 10 ans, on sent vraiment qu’il y a eu une progression dans la prise de conscience écologique, ce qui est extrêmement important.

Les ressourceries, les ateliers de réparation… Toutes ces démarches sont vraiment à développer et à promouvoir pour tout un tas de raisons parce que c’est une rupture avec la logique consumériste ; parce que cela redonne une nouvelle vie aux objets et que cela réduit ce qui va en déchets ; mais aussi parce que cela amène un autre regard sur la satisfaction de nos besoins et non pas la quête sans cesse de l’achat. Cela crée du lien social dans les quartiers à travers tous ces projets et cela crée de l’emploi.

En revanche, je regrette que l’on ne donne pas assez de moyens budgétaires à Antoinette GUHL pour vraiment donner une dimension beaucoup plus importante au travail effectué. On sait pertinemment que les ressourceries et les recycleries ont des structures assez fragiles en termes de prix des locaux ; les contrats aidés ont été supprimés. Il y a donc besoin de mettre beaucoup plus de moyens matériels pour faire ce travail.

Il faut des moyens budgétaires pour développer d’autres aspects de cette délégation. Regardez le site métabolisme.paris.fr : les données sont souvent parcellaires, datées, sur l’évolution des flux de matière dans Paris. Ces données sont souvent insuffisantes. Un axe est à développer mais cela demande des moyens car ce travail ne se fait pas sans rien.

Sur la question politique plus globale et pour en revenir à ma petite introduction, j’y vois deux incohérences de la majorité parisienne. La première incohérence, c’est que l’on ne peut pas vouloir développer – ou prétendre développer – à fond l’économie circulaire et se retrouver avec un projet d’usine d’incinération à 2 milliards d’euros pour Suez qui reste calibré dans une démarche complètement décalée par rapport aux ambitions que nous devons porter en terme de réduction des déchets. C’est une incohérence majeure sur laquelle je reviendrai, puisque j’ai à nouveau un vœu, comme le groupe Ecologiste, contre cette usine d’incinération pour qu’au moins les citoyens et les citoyennes puissent se prononcer et voter. Quand on fait l’enquête, tous les commentaires des citoyens sont – je ne sais plus le chiffre – à 90 % contre cette usine.

Deuxième incohérence : quand on veut être dans cette logique de l’économie circulaire et que l’on ne veut pas être dans du “greenwashing” et du capitalisme vert, il faut aussi assumer la décroissance sélective d’un certain nombre d’activités. Je trouve que cela n’est pas présent ou assumé dans notre politique de manière globale. Je reprends un exemple sur lequel j’étais intervenue hier : le Grand Paris de l’économie circulaire ne peut pas s’arrêter aux frontières du métro. En ce moment, il y a les projets du Grand Paris Express. Les déblais des tunnels pour le métro et d’Europacity vont aller se déverser sur le Triangle de Gonesse. C’est une aberration. Elle se pense en termes d’économie circulaire dans le cadre de la Métropole.

On ne peut pas fermer les yeux sur ce qui se fait en dehors de nos murs, alors que nous sommes tous interdépendants. Si on privilégie la terre des remblais, des constructions en terre crue plutôt que la mauvaise économie circulaire façon Lafarge, qui utilise de vieux pneus pour faire son ciment, cela change la donne.

Ne croyez pas que je divague. Sachez que dans le domaine de la construction, s’il y a un bien un domaine caricatural dans le capitalisme vert de l’économie circulaire, c’est bien celui-là.

Les cimenteries type Lafarge sont dans l’économie circulaire à réutiliser des pneus et même dans certains pays, des déchets toxiques. Résultat, ils récupèrent de l’argent, ils sont payés pour utiliser cela à la place d’autres combustibles classiques type pétrole.

On les paye pour recycler nos déchets dans leurs grands fours que sont toutes leurs usines de ciment. Résultat : ils peuvent revendre leurs droits à polluer, alors que l’on sait depuis un bout de temps que l’on peut construire des bâtiments, y compris des tours de grande hauteur, avec de la terre crue, et donc des émissions de gaz beaucoup moins importantes…

 

Mme Danielle SIMONNET. – On développe un projet très intéressant à Ivry. Je termine. La croissance du bien vivre, cela fait décroître l’inutile et l’inégalitaire, continuons !