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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur la MIE Fabriquer à Paris, quelles filières industrielles d’avenir ?

Mes chers collègues,

 

Je soutiens et salue cette très bonne initiative. Il est temps de repenser le modèle de développement de notre ville. Y réimplanter des activités industrielles est une nécessité. En effet, année après année, Paris perd des milliers d’emplois industriels et chasse ses ouvriers. Rien qu’entre 2006 et 2011 c’est plus de 7000 emplois dans l’industrie qui ont disparus au profit du tertiaire.

 

Cependant, la réindustrialisation de Paris doit être réfléchie. L’impératif du changement climatique, le nouveau paradigme écologique et la conscience des conséquences que peuvent avoir les activités humaines sur l’écosystème nous oblige à appréhender différemment notre développement. En premier lieux, nous devons davantage le réfléchir collectivement. Plutôt que la concurrence et la course au profit, c’est la démocratie, la sauvegarde de notre écosystème et le bien-être collectif doivent s’imposer dans les décisions économiques.

 

A ce titre, plusieurs éléments me semblent indispensables si nous voulons, au travers de la réimplantation d’activités industrielles faire de notre ville une pionnière du monde de demain, comme nous en parlions sur l’économie circulaire.

 

Nous devons d’abord prendre conscience que nos ressources naturelles sont finies, et que l’on doit s’imposer une règle verte stricte : ne pas exploiter plus de ressources naturelles que la nature n’est capable de recréer chaque année. Assumons que certaines activités de ce fait là doivent décroître. Le développement du secteur industriel doit tenir compte de cette règle comme d’un absolu car en dépend non pas l’environnement et la nature en soit, mais les conditions même de notre survie dans l’écosystème.

 

Prenons également conscience que le déménagement permanent du monde est un danger pour la planète. Relocalisons ! Nous devons arrêter de privilégier un modèle économique qui, à cause de sa cupidité génère d’invraisemblables transports des hommes et des marchandises.  A ce titre, une réindustrialisation de Paris ne fait sens que dans la perspective d’un rapprochement des lieux de travail, de lieux d’habitation des travailleurs et des lieux de consommation. Ce sont les besoins des parisiennes et des parisiens qui sont décisifs dans le choix d’implanter telle ou telle activité productive, dans le respect de la règle verte. La logique d’attractivité du territoire, comme tous les dogmes libéraux n’a donc que peu de sens et appartient au vieux monde absurde qui devra faire bientôt la place à un autre.

 

Cette logique, en vérité part des besoins des patrons et des actionnaires. Il est temps de partir des besoins humains et poser la question de la pertinence des emplois parisiens. La structure des emplois telle que la gouvernance libérale de notre aire urbaine l’a formé, entraîne de très nombreux déplacements. Nous devons réduire les distances domiciles -travail, pour moins de pollution et moins de stress. N’oublions pas que nous manquons d’emplois dans le 93 et le 77 et de logements sociaux à Paris.

 

Nous devons également penser, des emplois pour qui ? Pour ceux qui n’en n’ont pas : les pas ou peu qualifiés. Il faut donc que nous pensions le développement industriel, la politique de l’habitat et du peuplement et celle des transports non pas comme trois sphères étanches mais comme un tout, d’une politique de développement d’un genre nouveau.

 

Au niveau de leurs contenus, ces activités industrielles nouvelles devront donc, non seulement respecter de notre écosystème mais aussi nous aider à changer de modèle : pour une économie moins gaspilleuse, plus sobre et donc plus intelligente. Les activités de recyclage des déchets ainsi que de réparation devront être privilégiées. Sortons d’un modèle qui ne produit que des objets énergivores qui n’apportent que l’insatisfaction d’une consommation sans fin, l’obsolescence programmée étant l’une des réalités les plus criantes de ce modèle.

 

Ces exigences sont des absolus impératifs si nous voulons réussir l’immense défi qui est posé à notre génération : réussir une bifurcation afin de préserver notre seul écosystème et construire une société plus harmonieuse. L’organisation libérale de l’entreprise est totalement incapable, aveuglée par son unique objectif de rentabilité indécente, d’accomplir cette immense mission. C’est pourquoi, si notre ville veut être à la hauteur, l’industrie à Paris ne peut pas se faire dans ce modèle. Heureusement, les alternatives existent, elles se déploient tous les jours devant nos yeux grâce l’ingéniosité, à l’engagement, à l’altruisme d’anonymes, aux collectifs humains qui luttent qui inventent un autre modèle. Ces alternatives sont l’économie sociale et solidaire, les sociétés coopératives ouvrières de production, les sociétés coopératives de consommation et tant d’autres choses. Elles mettent l’humain et la démocratie au centre des activités productives. Oui, nous voulons aussi de l’emploi autrement !

 

Ce modèle que je viens d’énoncer, nous l’appelons écosocialisme. Il doit devenir notre horizon et pour ce qui nous intéresse ici, guider la mission d’information et d’évaluation.

Je vous remercie.

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