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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur l’emprunt souscrit pour la Philharmonie

Mes chers collègues, professionnellement parlant, je ne suis absolument pas de la partie et je pense qu’on est là en tant que Conseillers de Paris et qu’on a un avis politique à donner en fonction de l’intérêt général. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir une compétence technique précise. A un moment donné, il y a des évidences qui sautent aux yeux.

Le débat évidemment, comme cela a été dit précédemment, ne porte pas sur la nature du projet de la Philharmonie, mais sur les modalités de sa réalisation, même si on pourrait tout de même s’interroger quand on voit globalement sur la politique en matière culturelle la concentration extrêmement forte de notre budget, de nos moyens sur des gros équipements – je trouve – au détriment d’une politique plus d’ensemble. C’est un avis en aparté plus global.

Je n’ai pas pu intervenir tout à l’heure sur la délibération relative au théâtre du Châtelet. Cela représente à lui tout seul comme équipement 5 % du budget de la culture. Certains rapports comme ceux-là sont quand même problématiques dans le fait que l’on concentre les moyens sur quelques gros équipements. J’aurais une autre conception, moi, des politiques culturelles que je souhaiterais voir.

Le contenu de notre débat sur la Philharmonie, lié au rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France, est forcément lié à la question du coût de la Philharmonie. Comme cela a pu être dit précédemment, ce projet conçu par l’architecte Jean NOUVEL était passé de 173,1 millions d’euros en 2006 à 534,7 millions d’euros en 2015. En plus de la dérive des délais, c’est surtout la dérive des coûts qui est problématique et qui pose, comme cela a été dit, la question du mode de financement.

Pourquoi avoir choisi un emprunt obligatoire souscrit par une association au point de départ montée pour porter le projet à la Société Générale ? On aurait mieux fait de faire un emprunt direct. Résultat : cela nous a coûté entre 20 à 25 millions d’euros de perdus.

Certes, il y a une renégociation maintenant que l’on passe directement avec la Société Générale mais, comme cela a été dit, on récupère à peine 4 millions d’euros. On a donc bien une perte de plus de 20 millions d’euros, si j’ai tout compris.

On était donc à des taux d’intérêt de 5.186 % alors qu’on aurait pu avoir des taux d’intérêt beaucoup moins forts. Je ne comprends pas pourquoi la Chambre régionale des comptes parle de taux d’intérêt de 3,5 % quand on voit en 1ère Commission que des taux d’intérêt beaucoup plus faibles peuvent être négociés aujourd’hui – peut-être pas à l’époque.

Finalement, cela pose toute la question de la logique libérale. J’interviens à chaque débat budgétaire pour dire qu’il faut assumer d’avoir recours à l’emprunt. Il existe de bonnes dettes. Avoir recours à l’emprunt quand on prépare l’avenir, des équipements pour des décennies qui seront utiles aux Parisiennes et Parisiens, c’est une bonne chose.

J’ai toujours été contre ce discours libéral qui veut réduire absolument la dette publique et qui, du coup, amène soit à des logiques de partenariat public/privé pour que surtout, on ne voit pas les dettes et que cela soit finalement une location ou bien par des montages bien étranges comme celui qui a prévalu ici et qui permettait de transformer une dette en subvention allouée chaque année à la structure porteur de l’emprunt.

Oui, il y a de bonnes dettes. C’est pour cela que je suis un peu étonnée par le discours du groupe les Républicains.

En effet, vous, comme les socialistes au Gouvernement, vous soutenez ce discours libéral contre les dettes, contre le recours à l’emprunt. Je suis donc étonnée que vous ayez à plusieurs reprises dénoncé ce montage alors que finalement, ce sont des montages de préconisations libérales. Je trouve qu’il y a là une contradiction.

Plus globalement, la mauvaise gestion, très bien, mais que n’avez-vous pas, lorsque SARKOZY était au Gouvernement – hélas, je regrette et sans aucune illusion HOLLANDE ne l’a pas fait non plus – créé un véritable pôle public bancaire qui aurait pu permettre à une réelle banque publique d’investissement de prêter directement aux collectivités et les émanciper des marchés financiers et des banques et donc, les amener tout de suite dans un autre rapport face à l’emprunt pour financer leurs politiques publiques. Or, non.

Pourquoi êtes-vous si silencieux dans la critique des politiques européennes que vous soutenez totalement comme le soutient le Gouvernement actuel et qui justement imposent également ces logiques libérales et cette dépendance totale par rapport aux marchés financiers.

Ce dossier pose vraiment la question de notre conception des politiques publiques. Je préférais que l’argent soit réparti sur plusieurs équipements. Sinon, en matière de financement, Paris est loin d’être la ville la plus endettée. On aurait donc tout à fait la possibilité d’avoir un autre recours à l’emprunt quand vous voyez les villes de Lille par exemple et de Marseille.

Je vous remercie.