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"À Paris, place au peuple !"

Intervention DJS 253 Association d’étude ambition olympique et paralympique

 

 

Cher-e-s collègues,

 

Vous persistez sans surprise hélas, à vouloir présenter la candidature de Paris aux Jeux Olympiques Pourtant, vous auriez pu, a minima, soumettre cette décision à la délibération populaire, en organisant un référendum, en créant réellement les conditions du débat avant d’imposer votre décision. Je pensais que le vent venu d’Espagne, de Barcelone, avec la victoire du mouvement citoyen des Indignés, incarné par Podemos, vous aurait peut-être fait réfléchir ? Apparemment pas….

 

L’association à laquelle vous nous proposez d’adhérer vise donc à préparer cette candidature, qui selon vous, sera celle de Jeux « sobres », « durables » et « maîtrisés économiquement » avec un budget prévisionnel total d’environ 6,2 milliards d’euros (dont 3 milliards sur fonds publics).

 

Il ne faut pourtant pas oublier que durant ces trente dernières années, aucun budget annoncé pour les JO d’été n’a été respecté. Il a, selon les études réalisées par l’économiste du sport Wladimir Andreff, plus que doublé pour les JO de Londres, d’Athènes, de Sydney, de Barcelone et de Séoul ; il a été multiplié par 12 pour les JO de Pékin. Les premières victimes de ces « excès » sont toujours les mêmes : les populations les plus pauvres et démunies ; l’environnement (pollutions, destructions, bétonnage massif, etc.). Malgré tout, le « rapport d’opportunité », annonce un budget low cost optimiste qui frise l’amateurisme. Celui-ci ne présente aucune garantie et sous-estime largement l’appétit inflationniste des diverses firmes qui construiront les infrastructures sportives, touristiques, commerciales, financières et médiatiques estampillées par le très puissant lobby olympique. Les « études » qui ont été présentées n’ont aucune rigueur scientifique.

 

De plus, dans le contexte actuel, il faut prévoir dans ces budgets une explosion inéluctable des dépenses de sécurité, avec une surveillance forte de la population francilienne ! Cela ne se fera pas sans restriction des libertés fondamentales ni sans lois d’exception qui auront, pour la vie démocratique quotidienne, des conséquences très lourdes, comme l’atteste déjà la loi Renseignement, récemment votée.

 

Si les coûts financiers pour l’État, la ville de Paris et les contribuables sont sous-estimés, les diverses « retombées » des JO sont au contraire largement surestimées. On spécule sur des créations d’emploi, alors que l’utilisation massive de « bénévoles » et d’intérimaires contribuera un peu plus à la précarisation des conditions de travail et à la dérégulation du Code du travail pour répondre aux exigences ultralibérales du CIO, comme le prouvent déjà les diverses préparations olympiques, au Brésil ou au Qatar.

 

Tout comme vous croyez encore au mythe de la croissance, vous imaginez que les JO vont produire de la richesse à redistribuer. Pourtant, les organisateurs des Jeux seront exonérés d’impôts et les surprofits ne grossiront que les coffres-forts des actionnaires.

 

Vous rêvez aux nouveaux logements populaires ou étudiants, comme si le village olympique pouvait devenir la propriété du CROUS ou des offices HLM !

 

Pour ce qui est des transports, plutôt que des grandes lignes reliant les différents sites olympiques en moins d’une demi-heure, il vaudrait bien mieux améliorer les lignes déjà existantes, qui sont atteintes de nombreux dysfonctionnements et améliorer enfin les dessertes fines interquartiers.

 

Comment croire à un air parisien purifié par le sport « vert », alors que les pics de pollution classent dores et déjà la capitale française parmi les villes les plus polluées aux particules fines du monde ?

 

Vous prétendez promouvoir l’idéal humaniste du « sport pour tous », quand les complexes sportifs démesurés et privatisés, essentiellement calibrés pour l’accueil des professionnels, captent les fonds qui pourraient servir au développement des équipements de proximité. Au lieu de répondre aux besoins réels des populations qui manquent de crèches, de centres médicaux, d’écoles, d’universités, d’institutions culturelles, de transports en commun fiables, la mairie de Paris et tout le gouvernement Hollande communiquent, comme ils en ont l’habitude depuis trois ans, autour de promesses illusoires que les JO n’ont jamais tenues.

 

Paris doit avoir d’autres ambitions pour son avenir que celle de servir les intérêts de la holding du sport-spectacle de compétition et de vendre son patrimoine, sa culture, son territoire aux multinationales du sport business.

 

Non hélas, sous leur forme actuel, les Jeux olympiques sont très loin de l’esprit universaliste de Coubertin.

 

Je suis contre la candidature de Paris aux Jeux Olympiques et c’est donc en toute cohérence que je voterai contre cette délibération.

 

 

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