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"À Paris, place au peuple !"

Intervention contre le mécénat avec Total pour financer les travaux du Théâtre du Châtelet

 

 

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, vous connaissez mon désaccord très régulièrement répété sur le mécénat en général. Parce que, qui dit mécénat dit loi Aillagon, et dit en fait que lorsqu’une entreprise devient mécène, elle a un cadeau d’exonérations fiscales et donc, c’est le contribuable, in fine, à raison de 66 %, qui contribue. Déjà, c’est un problème.

J’estime par ailleurs que nous devons assumer des politiques culturelles qui ne dépendent pas du bon vouloir du prince financier dans sa volonté, dans sa largesse, de choisir quel équipement culturel il veut bien aider dans la préservation du patrimoine. Pour moi c’est un degré zéro de politique publique.

Cela n’implique pas que la Ville de Paris, cela implique l’Etat, l’ensemble de nos logiques politiques. C’est par l’impôt que nous pouvons mettre à contribution l’ensemble des opérateurs, l’ensemble de l’économie, dans une logique de redistribution, et pas au bon vouloir de M. le prince.

Là, il s’agit de quel prince ? Il s’agit de Total. Excusez-moi, mais il y a une énorme contradiction.

On ne peut pas s’engager dans le Plan Climat et montrer que l’on est une ville qui participe au C40 et qui a conscience des conclusions du rapport du GIEC, qui a conscience qu’il faut sortir de la dépendance des énergies carbonées, et tout d’un coup faire dépendre de nos politiques publiques de préservation du patrimoine, le bon vouloir du prince, qui est le plus gros pollueur.

Je reprends des éléments qui sont par ailleurs mis dans le vœu 102 du groupe Ecologiste de Paris, qu’hélas l’Exécutif a rejeté au nom de “on ne stigmatise pas une entreprise”.

Si, on doit stigmatiser Total, à un moment donné, il faut assumer. Les émissions de gaz à effet de serre de ce groupe industriel, qui figure au 19e rang des plus grands pollueurs du monde, représentent à elles seules plus de deux tiers de l’ensemble des émissions de la France. Rien que cela nous amène à réfléchir.

Non seulement vous rejetez les démarches qui, à l’instar de la ville de New York, essaient en France avec plusieurs collectivités, de dénoncer auprès de Total l’absence dans son plan de vigilance de références au risque climatique et d’actions adaptées pour le réduire, vous rejetez cette volonté d’inviter la firme à s’inscrire dans une trajectoire conforme à l’accord de Paris et au récent rapport du GIEC, avec une excuse qui, pour moi, n’en est pas une : on ne stigmatise pas une entreprise. Si ! Nous assumons nos responsabilités et nous regardons qui est responsable !

Mais, en plus, vous allez par cette convention, en faisant dépendre les travaux du théâtre du Châtelet, vous avez valorisé l’entreprise Total ! “On ne stigmatise pas une entreprise” ; vous allez valoriser Total. Il faut savoir que l’ampleur des travaux du théâtre du Châtelet est conséquente. Au lieu de mettre un rapport de force avec l’Etat pour avoir plus de dotations ou de faire d’autres choix, vous allez, certes, demander un soutien de 250.000 euros, soit 70 % des dépenses, à Total. En échange de quoi ? Total va avoir l’exclusivité de la visibilité sur le mécénat de l’opération : la Fondation Total sera indiquée sur une plaque qui sera apposée sur l’opération d’un grand foyer. Voilà la logique politique dans laquelle vous êtes ! Total va pouvoir communiquer sur le fait que c’est Total qui sauve la culture à Paris. Nous allons permettre à Total de se faire de la publicité, de pouvoir vanter son intervention dans la défense de l’intérêt général, alors que Total est un énorme pollueur et oui, que Total devrait être montré du doigt !

Cela montre bien tout le “greenwashing” de la politique parisienne, qui ne veut jamais s’attaquer aux causes du dérèglement climatique auquel nous sommes confrontés. Nous prenons tout un tas de mesures qui vont dans le bon sens mais, sur le cœur du problème, nous sommes pires que silencieux puisque nous participons du problème, puisque nous participons à la publicité en faveur de l’entreprise Total.

Vous le comprendrez, je voterai contre cette délibération et je demande à toutes et tous les collègues de voter contre. Je demande à l’Exécutif de le retirer de l’ordre du jour et d’avoir un sursaut de conscience et de cohérence politique.

On ne peut pas faire voter et assumer de voter une chose pareille !

Je vous remercie.