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"À Paris, place au peuple !"

Intervention contre le fait que la gestion des marchés découverts soient délégués à des entreprises privées

 

 

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, ce thème des marchés découverts alimentaires est très important car il touche à de nombreux sujets.

D’abord, que met-on dans notre assiette ? D’où est-ce que cela vient ? Oui, par le biais des marchés découverts alimentaires, nous avons la possibilité de favoriser et développer beaucoup plus la relation directe avec les petits producteurs. Nous avons plus de possibilités de valoriser la relation directe avec les artisans. C’est quelque chose d’important.

Cela touche aussi à l’animation d’une ville. C’est un lieu de rencontre. Je sais que certains peuvent être enthousiastes au développement du e-commerce et trouver ringard de vouloir être attaché aux marchés alimentaires. Je vous le dis : je suis attachée aux marchés alimentaires pas simplement parce que j’aime y distribuer mes tracts, mais aussi parce que l’on aime y faire ses courses. C’est à cet endroit que l’on a une vie de quartier. C’est important. Ce sont ces rencontres qui font vivre la ville.

Une fois cela dit, je trouve l’approche engagée intéressante : comment peut-on améliorer la qualité de ces marchés alimentaires avec l’objectif d’être d’autant plus exigeant sur le nombre de producteurs locaux, sur la question de la collecte des déchets de nettoiement, sur la question de l’économie sociale et solidaire, sur les services qu’il peut y avoir autour, sur l’animation pour rendre attractifs nos marchés ?

Si je comprends bien la réflexion de la Ville, si l’on veut être plus exigeants vis-à-vis des marchés découverts alimentaires, donnons-leur la possibilité de faire des économies d’échelle en regroupant des lots pour qu’un certain nombre de leurs dépenses soient actualisées parce qu’ils sont sur de plus grandes surfaces. Ainsi, on leur fait faire environ un million d’euros d’économie d’échelle, et donc on peut leur permettre de supporter les dépenses occasionnées par nos exigences accrues. C’est ainsi que l’on nous propose une délibération qui passerait de trois à deux lots.

Pourquoi ne pas passer à un seul lot et le municipaliser ?

Je crois que, Eric AZIÈRE, vous avez rendu hommage à ma bataille pour la municipalisation. Reconnaissez tout de même que c’est une évidence et que la question des marchés alimentaires est une tâche tout à fait supportable par nos services. Nous avons été capable de faire un service public de l’eau, alors que c’était beaucoup plus compliqué d’un point de vue technique, en termes des nouvelles compétences à acquérir. Donc s’occuper des marchés alimentaires…

Et ne me dites pas que des sociétés s’occupent de marchés alimentaires dans d’autres villes ! Paris est une grosse ville. Vu sa taille et le nombre de marchés – 71 -, nous avons, je pense, la capacité de pouvoir gérer cela.

Quand, en 2014, j’étais allée voir les D.S.P. et combien elles rapportaient aux partenaires, aux entreprises privées. Pour les marchés alimentaires, cela représentait 400.000 euros. Ce n’est pas énorme. Vous me dites que c’est environ une rentabilité de 3 à 4 %. On ne peut pas dire que cela soit du même niveau que ce que fait l’ex-Vinci Park, Indigo, à savoir 45 millions d’euros rien que dans l’exploitation des parkings.

Sur le dos des contribuables, ils ne se mettent pas tant d’argent dans la poche, même si c’était dur à passer pour les commerçants qui paient leur stand quand vous leur avez imposé des augmentations de tarif de leur stand sur les marchés. Quand ils ont découvert que, pendant ce temps, c’était 400.000 euros de bénéfices que se faisaient les organisateurs de ces marchés, ils n’étaient pas très heureux d’apprendre qu’ils devaient, eux, payer.

Oui, je vous le dis très sérieusement : autant passer à un lot car il y a, en plus, ces 400.000 euros par an de bénéfices qui vont dans les poches d’un partenaire privé. Au lieu de cela, ils iraient dans l’amélioration de cette qualité.

Passer en régie directe pourrait aussi permettre de passer en SCIC. Je trouve excellent le vœu du groupe Ecologiste de Paris.

Je voterai pour, car une SCIC va au-delà de la régie directe en termes de logique autogestionnaire. Elle permet aux commerçants de vraiment s’impliquer dans le processus, ainsi que dans ses ambitions, en le vérifiant et en l’accompagnant. Cela permet aussi que l’ensemble des services, par exemple sur la question des livraisons, puissent se faire dans un cadre de travail salarié, et donc de protéger les statuts.

Je partage ici la préoccupation exprimée par le groupe Communiste sur le statut social de ceux qui s’occupent de la livraison à domicile. Le développement de l’auto-entreprenariat est tel que c’est un problème.

Voilà toutes les raisons pour lesquelles je ne voterai pas, comme vous pouvez vous en douter, cette délibération.