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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur la candidature de Paris aux Jeux Olympiques

J’ai beau vous écouter, je ne suis toujours pas convaincue, je suis toujours opposée à ces Jeux Olympiques.

Je voudrais vous recommander le très bon documentaire qui est passé sur ARTE cet été – je ne sais pas si vous l’avez regardé – sur les Jeux Olympiques. Excellent. C’est un documentaire dans lequel il est fait référence à une fable : la fable de l’éléphant blanc.

La fable de l’éléphant blanc, c’est que pour vaincre le royaume ennemi, le roi offrait un éléphant blanc au roi ennemi, et comme l’éléphant blanc mange énormément et des aliments très riches, très précieux, tout le peuple est obligé de se saigner pour nourrir cet éléphant blanc. Donc le peuple finit par être totalement affamé, le peuple meurt pour sauver cet éléphant blanc et le camp adverse gagne.

Cette fable est très intéressante, elle est présentée dans ce documentaire et elle montre que les Jeux Olympiques amènent à du gigantisme et à des grands équipements qui conduisent ensuite à imposer des politiques d’austérité et qui ne permettent pas finalement de favoriser le développement et la réponse à la satisfaction des besoins de la population, mais amènent à saigner la population pour financer dans la durée ces équipements.

Dans le documentaire, on parle d’ailleurs du Stade de France, le Stade de France qu’on nous a présenté comme l’exemple idéal à suivre d’un très bel équipement qui permet de désenclaver le 93, de favoriser le rayonnement du 93, alors qu’en fait les études montrent finalement que ce n’est pas si clair, que l’impact du Stade de France pour l’insertion professionnelle de la population locale n’est pas évident. D’ailleurs, le modèle économique du Stade de France, ils ont beau essayé de diversifier à qui louer, à qui exploiter cet équipement, cela devient en fait un gouffre parce qu’il est surdimensionné par rapport aux besoins des événements, même si on ajoute des événements culturels aux événements sportifs prévus initialement.

Alors, vous avez beau dire sans relâche dans votre communication – soutenue également par le Conseil régional et il y a là une bonne cohérence de communication entre le PS, les Républicains, y compris mes camarades communistes – le côté sobriété. Oui, sobriété : ce sont des Jeux Olympiques sobres ! Oh là là, on est quasiment saoulé à force de vous entendre dire : sobriété, sobriété, sobriété ! Mais on sait bien que ce n’est pas vrai, que l’explosion budgétaire à chaque fois arrive. Même dans les équipements où on devrait atteindre moins d’explosions financières que dans les J.O. qu’il y a pu avoir jusqu’à présent, et fort heureusement tellement c’était une gabegie hallucinante.

Mais il y aura tout de même le Village olympique, le Bercy deuxième stade, le Charles de Gaulle Express. On se retrouve néanmoins avec ces équipements qui ne répondent pas aux besoins immédiats de la population, quand on a un déficit en équipements sportifs sur l’ensemble de la Région Ile-de-France extrêmement fort.

Vous dites : d’ailleurs on développe ces équipements. Ecoutez, une partie des investissements sont prévus, qui je pense pouvaient de toute façon avoir lieu et je trouve dingue de devoir justifier des J.O. pour faire des investissements essentiels. Mais oui ! On va laisser en héritage une sacrée dette.

Alors j’entends M. BOURNAZEL parler du développement des P.M.E. Mais quel pipeau ! Et de prendre l’exemple de Londres. Justement Londres, après les études ont montré à Londres que c’était que dalle ! Que l’impact économique sur Londres n’a jamais été démontré. Vous avez des études économiques extrêmement intéressantes qui montrent qu’en fait cela n’a pas du tout eu l’effet de booster.

Regardez comment ont réagi les Brésiliens sur la Coupe du Monde de football, et Dieu sait s’ils sont passionnés de football et qu’ils étaient ravis à l’idée d’accueillir ce grand événement sportif. Finalement, ils ont fait des manifestations et des manifestations parce qu’ils ne voulaient pas cette politique d’austérité qu’on leur imposait pour financer l’événement.

Vous parlez de tout cela et, comme le disait mon collègue précédemment, David BELLIARD, comme par hasard, vous occultez toujours les dépenses de sécurité dans la présentation des budgets qui, elles, vont de fait exploser.

Vous assumez, certes, de parler des espaces publicitaires pour JCDecaux et Clear Channel sans vraiment expliquer quel envahissement publicitaire on aura droit, parce que la raison d’être des Jeux Olympiques, hélas dans leur forme actuelle, ce n’est pas de valoriser le sport et de valoriser des très belles histoires qui, moi aussi, m’émeuvent, même si je ne suis pas du tout une grande sportive. J’ai apprécié bon nombre de ces histoires de grands sportifs, qui sont par ailleurs des citoyens, des travailleuses et travailleurs, et qui ne sont pas tous dans le symbole du sport fric qu’on nous assène. Ces belles histoires, elles pourraient être émancipées au contraire de ce détournement qu’il y a du sport pour le business, pour l’envahissement publicitaire, pour simplement essayer de capter des temps de cerveaux disponibles.

Ensuite, vous parlez de l’engagement citoyen. Non, mais franchement ! L’engagement citoyen ? On se retrouve à quoi ? Une énorme ambition ! On va demander aux citoyens de participer à la définition de 1% ! 1% du budget, quelle blague ! Pourquoi ne demandez-vous pas plutôt aux citoyens leur avis sur les Jeux Olympiques à travers un référendum.

Je terminerai là-dessus. Je vous remercie.