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"À Paris, place au peuple !"

Intervention pour un accueil digne des exilés et pour des solutions pérennes d’hospitalité

Mon vœu :

Mon intervention :

Mes chers collègues, je tiens aussi à signaler le fait qu’on peut être fier que ce débat soit aussi mesuré, aussi responsable et aussi républicain dans le climat actuel de lepénisation et de “zemmourisation” des consciences. Beaucoup de collègues sont intervenus sur le fait que la crise des migrants, a priori, n’allait pas s’arrêter. Je tiendrai à insister aussi sur le fait que, pourtant, il n’y a pas de fatalité. Il n’y a pas de fatalité et une réorientation radicale des politiques internationales pourrait œuvrer pour la paix si la France faisait le choix de son indépendance, sortait de l’O.T.A.N. et défendait réellement une coalition internationale sous l’égide de l’O.N.U. Il n’y a pas de fatalité si la France et l’Union européenne s’opposaient, par exemple, à ces accords de partenariat économique que l’Union européenne va imposer à l’Afrique, ces accords qui vont aggraver le libre-échange et qui vont poursuivre la destruction du peu d’Etat qu’il peut y avoir, aggraver le pillage, l’organisation de la corruption. Il n’y a pas de fatalité non plus à la crise climatique qui continue à imposer des flux migratoires contraints du fait justement de notre mode de développement productiviste. Evidemment, nous n’agissons pas directement là-dessus et pourtant, vous savez très bien que toutes nos politiques à un moment donné ont aussi des conséquences.

On est dans un contexte terrible où nous savons que la crise des migrants va continuer, et où, hélas, le discours s’éloigne d’une action efficace sur les causes et se durcit pour ne pas assumer les conséquences. Le sommet de Bratislava, j’espère que vous vous rendez compte, est catastrophique. On voit la montée de l’extrême droite dans les différents pays européens et quelle est la réponse de l’Union européenne ? Eh bien, externalisons le contrôle aux frontières, continuons avec les accords du Touquet, continuons avec les accords de la Turquie et également mettons en place un fichage des migrants avec tout ce que cela implique comme dérive très brune de l’Union européenne. Prenons date pour l’histoire, ne laissons pas faire cela. Oui, nous devons assumer également les conséquences. Evidemment c’est un rôle de l’état d’abord d’assumer ces conséquences.

Et je suis fière que la Ville de Paris enfin crée ces deux centres et pas simplement ces deux centres. L’annonce par Mme VERSINI de créer aussi un centre à Hôtel-Dieu qui était ce que l’on demandait depuis plus de deux ans, je le salue comme une véritable victoire. Même si je sais que ce n’est pour l’instant qu’une annonce et qu’on ne sait pas encore exactement dans quelles conditions, parce que c’est important d’assumer nos responsabilités.

Mais réalisons ce qui s’est passé quand même ces deux dernières années. Des collègues ont cité Pajol, je suis allé à Calais et j’invite tous les collègues à passer une journée à Calais. Avant de se réjouir des déclarations de François HOLLANDE, alors qu’on sait que pour l’instant le Gouvernement n’est pas du tout en capacité de démanteler la jungle de Calais et de garantir les droits des migrants.

Il n’y a pas simplement eu Pajol, mes chers collègues, il y a aussi le lycée Jean Jaurès évacué par la violence. Il y a eu aussi tout cet été les expulsions et évacuations qui, ce n’est pas vrai, n’ont pas donné lieu à chaque fois à des hébergements et vous le savez bien. Le Préfet l’a aussi confirmé tout à l’heure, cet après-midi que les O.Q.T.F. pleuvent et elles vont continuer de pleuvoir.

Oui, la Ville prend les siennes mais elle doit continuer à interpeller l’Etat. Vous savez, la situation des demandeurs d’asile, c’est environ 80.000 demandeurs d’asile pour à peine 15.000 droits d’asile accordés. C’est honteux ! La République française n’assume pas son obligation en termes de devoir d’asile.

Par contre, l’organisation méthodique de morcellement et de triage des cas est totalement odieuse. Moi, je suis inquiète néanmoins dans la façon dont nous pensons nos centres d’hébergement et qui finalement collent à ce morcellement administratif. Ma belle-mère, quand elle est partie du Portugal, c’était peut-être une dictature mais elle n’était pas réfugiée politique, elle y allait parce qu’elle ne savait plus comment manger, c’était une réfugiée économique. Elle n’aurait pas aujourd’hui été acceptée à l’asile si elle venait d’un autre pays, vu les conditions. Aujourd’hui, elle serait déboutée du droit d’asile, elle serait expulsée manu militari. Et je suis persuadée que vous avez tous autour de vous, dans vos proches, des exemples équivalents. Alors attention avec ce tri.

J’ai des questions à poser, Madame VERSINI. Le tri avant l’entrée dans le centre, comment va-t-il se faire précisément ? Parce que j’estime, et c’est l’obligation de l’Etat et l’obligation de notre collectivité, de mettre à l’abri tout homme et femme quelle que soit sa situation administrative, qu’il soit demandeur du droit d’asile, qu’il soit éligible au droit d’asile ou qu’il soit simplement à la rue.

Quand on parle des réfugiés, on parle des exilés. Echangez avec Aminata TRAORÉ et vous verrez ce qu’elle pense de la guerre économique que mènent le capitalisme et l’Union européenne vis-à-vis de l’Afrique. Là, vous regarderez les réfugiés de l’Afrique sous un autre angle, pas simplement soi-disant des réfugiés économiques vis-à-vis desquels il faudrait être extrêmement durs parce que, pour reprendre les propos d’autres élus, ils n’auraient pas vocation. Une migration contrainte n’a jamais vocationDans la question de l’accès au droit, j’entends que les travailleurs sociaux d’Emmaüs vont intervenir, mais je vous propose aussi que nous prenions attache avec l’Ordre des avocats de Paris pour qu’il y ait une permanence d’avocats spécialisés. Je souhaite aussi qu’on s’interroge. Nos capacités d’accueil sont pour l’instant totalement en-deçà de la demande. Je souhaite vous dire : attention, on dit qu’ils vont rester que cinq à dix jours mais vous savez comme moi que l’Etat ne va pas tous les mettre à l’abri. Attention que nous ne soyons pas la gare de triage pour les autres soient envoyés en centre de rétention. Donc, je terminerai là-dessus. Évidemment bravo, après deux ans de lutte sur le terrain, que la Ville prenne enfin ces décisions. Vous avez remercié, mes chers collègues, les agents de la Ville, je les remercie également, mais je remercie tous les Parisiennes et Parisiens qui eux, sur le terrain, ont continué à lutter et ont bien l’intention de continuer de lutter.