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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur l’installation de bornes WIFI

Mes chers collègues, cette délibération pose en fait plusieurs débats à la fois.

Le premier débat est un vrai débat de société : est-ce que nous devons absolument accompagner une évolution de la société où on a besoin d’être connectés 24 heures sur 24, partout et pour tout ? C’est une vraie question puisque nous sommes nous-mêmes de plus en plus dépendants de nos téléphones portables. Et nous ressentons tous, tout d’un coup, une nécessité d’absolue d’être connectés et pourtant il faut s’interroger soi-même : est-ce que cela nous émancipe ou est-ce une forme d’aliénation de devoir être tout le temps connectés ? Est-ce que nous y gagnons finalement et véritablement en lien et en émancipation ?

Cela peut paraître un débat philosophique déconnecté de la réalité, et à rebours et régressif. Je ne pense pas, je pense que c’est une réflexion qu’il faut avoir. Surtout est-ce véritablement un souhait collectif que nous avons ? Ou est-ce qu’à un moment donné nous nous laissons finalement conditionnés par cette absolue nécessité d’être connectés 24 heures sur 24 ? C’est le premier débat.

Le deuxième débat est celui extrêmement important, c’est un débat de santé publique. Si tant est que nous souhaitons être connectés 24 heures sur 24, est-ce que cela est bon pour notre santé publique ?

Alors j’entends mes collègues dire que finalement la connexion Wifi avec les bornes est beaucoup moins nocive en termes d’ondes électromagnétiques que par exemple la 4G. Pour autant, elle n’est pas neutre. Pour autant, l’O.M.S. a bien signifié que les ondes électromagnétiques, y compris par la Wifi, sont cancérigènes. C’est d’ailleurs interdit dans les crèches. C’est potentiellement cancérigène et les études montrent que, pour les personnes électro-sensibles, c’est vraiment très problématique et qu’il faut, autant que faire se peut, prémunir notamment les petits-enfants de cela. C’est pourquoi c’est notamment interdit dans les crèches. Ce qui n’était pas sans poser débat d’ailleurs quand on a décidé de mettre la Wifi dans les parcs. C’était, je dirais même, une aberration par rapport à ces recommandations de l’O.M.S.

Mais admettons que la Wifi est moins nocive a priori que la 4G. Est-ce que nous sommes dans une stratégie de développer la Wifi partout pour pouvoir justement supprimer les antennes relais ? Est-ce que le schéma est celui-là ? Si tel était le cas, il serait présenté de la sorte et pas par un petit bout d’une délibération simplement sur les grilles tarifaires. On prendrait d’abord le problème sur la santé publique et on réfléchirait, avec l’ensemble des associations, des chercheurs, les opérateurs et les comités d’usagers, à comment à un moment donné une ville, qui prend en compte le besoin de santé publique, opère cette alternative entre antennes relais et bornes Wifi. Or, ce n’est pas cela qui est proposé. C’est-à-dire que le développement des bornes Wifi sur le territoire ne va pas aller à court terme avec le fait que l’on enlève les antennes relais.

C’est pourquoi je veux bien entendre cet argument que les bornes Wifi sont moins problématiques que les antennes, mais on n’est pas en train de voter pour mettre une borne à la place d’une antenne. Donc ce sera une borne en plus des antennes actuelles. On n’est pas en train de faire un vote qui va réduire les ondes électromagnétiques, mais qui va en rajouter, moins nocives que lorsque c’est une antenne mais qui va en rajouter. C’est donc quand même problématique.

Autre débat, celui de la publicité. Alors là, on est vraiment en retard, puisque nous avons un vide juridique et réglementaire total. Notre règlement local de la publicité, qui a déjà beaucoup de failles, n’a pas du tout anticipé le problème de la publicité dans l’espace public. Je ne sais pas comment l’appeler, virtuelle ou numérique. Pour autant, nous sommes en train de permettre finalement le développement d’une publicité supplémentaire par le biais de nos collectivités publiques, et par le biais de ces conventions d’occupation du domaine public pour les bornes Wifi.

C’est quand même un vrai débat qu’il va nous falloir creuser. Je pense qu’il faudrait un groupe de travail sur cette question.

Et dernière question : la question financière. Evidemment qu’il faut faire payer tout emprise sur le domaine public à des intérêts privés. C’est le minimum puisqu’ils vont faire du profit sur cette emprise sur le domaine public. Mais là, il y a une difficulté quand même sur votre grille tarifaire, et vous le reconnaissez vous-mêmes, c’est que vous n’êtes pas du tout en capacité d’anticiper et de projeter combien cela va rapporter aux opérateurs. Quelle est la part du bénéfice ? Et c’est d’ailleurs un véritable problème dans notre système libéral, c’est que nous devons estimer des occupations du domaine public, alors que nous n’avons strictement aucune donnée et que les intérêts privés, les opérateurs ne vous donnent pas leurs intérêts privés.

 

Mme Danielle SIMONNET. – Donc, je conclus.

Cette délibération me pose beaucoup de questions.

Pour l’instant, je m’abstiendrai.