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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur la démarche du budget participatif

Madame la Maire, mes chers collègues, évidemment, on ne peut être que favorable au souhait de rééquilibrer en faveur des quartiers populaires la démarche du budget dit “participatif” et d’augmenter de 30 % les moyens alloués aux quartiers “politique de la ville”.

En effet, il faut bien comprendre que si, hélas, les politiques des gouvernements successifs en direction des quartiers “politique de la ville” finalement n’ont pas du tout atteint les objectifs affichés par les communications, puisqu’au lieu d’augmenter les moyens réellement dans ces quartiers pour leur permettre de devenir enfin des quartiers de droit commun, de fait, les baisses de dotations successives à l’encontre des collectivités ont aussi bien souvent dégradé les conditions de vie dans ces quartiers.

Notre action municipale doit donc être volontariste en direction des quartiers “politique de la ville”. Evidemment, je voterai pour cette délibération, mais je souhaite que ce soit de nouveau l’occasion d’une réflexion sur notre démarche de budget participatif. Je le regrette, prétendre afficher une démarche de budget participatif et la limiter à 5 % du budget d’investissement, je trouve que cela manquait totalement d’ambition démocratique.

Ensuite – et cela a été dit déjà plus d’une fois -, nous avons un véritable souci finalement de dévoiement de la démarche budget participatif quand on se retrouve avec certains investissements qui relèvent notamment “du droit commun” de la politique des investissements courants, notamment quand il s’agit d’effectuer des travaux dans des écoles qui devraient être faits hors démarche budget participatif.

Deuxièmement, je continue à considérer qu’il y a quand même une absurdité de vouloir toujours déconnecter budget d’investissement et budget de fonctionnement car un véritable investissement nécessite ensuite dans la durée des moyens de fonctionnement pour le faire fonctionner, tout simplement. Je trouve en cela une logique vraiment d’accompagnement de l’austérité que de vouloir toujours déconnecter les deux.

Je trouve que c’est une aberration qui révèle un manque de volonté de s’opposer au problème de départ auquel nous sommes confrontés, qui est celui des baisses de dotations de l’Etat et du refus que l’on empêche la politique municipale parisienne de pouvoir redéfinir avec les citoyens quelle ville nous souhaitons, pour qui nous la souhaitons et dans quelle(s) conception(s) nous la souhaitons.

J’en arrive justement à mon dernier point : la démarche du budget dit “participatif”, pour l’instant, permet une réflexion sur des projets, mais bien souvent, hélas, elle met en compétition, elle met en concurrence des projets, elle met en compétition et en concurrence des catégories de population. Evidemment, ceux qui ont un capital culturel et qui ont plus de capacité à faire connaître leurs projets ont plus la possibilité d’espérer que leurs projets soient retenus.

Qu’est-ce que véritablement la démocratie ? Je ne vous ferais pas l’insulte de vous redire les citations magnifiques qu’il peut y avoir à ce sujet, mais la démocratie, c’est l’organisation de la confrontation du débat. Ce n’est pas simplement le vote par Internet où on clique et où on sponsorise, où on plébiscite des initiatives, c’est la confrontation du débat en fonction de choix structurants.

Est-ce qu’on veut une politique en faveur de l’équité ou en faveur de légalité ? Est-ce qu’on estime que la priorité doit être la lutte contre la grande exclusion et donc, tous les arrondissements doivent être concernés et, quelque part, on estime que les arrondissements les plus favorisés doivent participer plus encore que les autres – pour faire un petit clin d’œil à notre débat d’hier ?

Cela, c’est un vrai débat sur le budget participatif qu’il serait intéressant d’avoir, même si, en l’occurrence, on se rend bien compte que c’est un débat sur les investissements qui concernent l’ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Pourquoi reléguer cela à 5 % qui seraient le “must”, le plus ?

On est du coup dans une logique qui en appelle aux gadgets alors que si on était sur une démarche budget participatif sur le cœur de nos moyens, le cœur de la politique d’investissement que nous souhaitons engager dans une mandature, on impliquerait les citoyens et les citoyennes dans les vrais choix de la Capitale.

Donc, je voterai pour cette délibération, mais je continue à considérer que dans cette démarche dans laquelle nous sommes engagés, au lieu d’élever le débat et la conscience de la nécessité de délibérer collectivement pour définir l’intérêt général, on encourage bien souvent le localisme, le gadget, la mise en compétition, la mise en concurrence, voire même parfois la dépolitisation, alors que le débat démocratique, le débat politique est un débat noble, qu’on ne doit pas confisquer pour les Parisiennes et des Parisiens.

Il y a suffisamment d’enjeux sociaux et écologiques majeurs devant nous pour faire en sorte que l’ensemble et l’intégralité du budget de la Ville et du Département soient soumis à débat et à confrontation démocratique avec l’ensemble des Parisiennes et des Parisiens.

Je vous remercie.