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"À Paris, place au peuple !"

Intervention contre la privatisation au profit de Lagardère du Champs de Mars pour l’Euro2016

Mes chers collègues, pour M. GOUJON, au nom des risques d’attentats terroristes, il faudrait annuler la “fan zone”. C’est un sujet extrêmement délicat et pas évident évidemment, mais n’est-ce pas précisément ce que veulent les terroristes – nous terroriser, nous empêcher de poursuivre nos vies avec nos manifestations culturelles, sportives, citoyennes et politiques ?

N’avons-nous pas revendiqué, au lendemain du 7 janvier et du 13 novembre : nous n’avons pas peur ? Il nous faut évidemment, néanmoins, assurer un dispositif de sécurité, augmenter par ailleurs toujours les moyens alloués aux renseignements, à la sécurité. Bien sûr personne ne peut garantir un risque zéro, mais il me semble que notre société doit continuer de vivre comme avant.

Revenons maintenant sur cette délibération parce que je doute que M. GOUJON – en tout cas, je n’ai pas exprimé – souhaite l’annulation de tout l’Euro 2016. Je doute aussi qu’il soit pour l’annulation des prochains Jeux Olympiques alors que je pense que le problème aux prochains Jeux Olympiques sera toujours équivalent.

Revenons sur cette délibération. Elle nous donne un avant-goût de ce que seront les Jeux Olympiques : un terrain de jeux géant pour les intérêts privés des grandes multinationales. Oui, oui, et voilà, c’est bien le cœur du sujet !

Madame la Maire, vous avez donc donné tout pouvoir privatif sur la “fan zone” du Champs de Mars à une société du groupe Lagardère qui, je le rappelle, réalise 7 milliards de chiffre d’affaires annuel. Le groupe Lagardère a aussi bénéficié d’un avantage fiscal de plus de 500 millions d’euros via la scandaleuse niche Copé, maintenue par l’ex-ministre CAHUZAC lors de la cession de ses parts dans E.A.D.S, le tout au détriment de l’Etat et de l’intérêt général.

On ne peut s’empêcher de s’interroger sur la pertinence des critères de votre appel d’offres pour que de telles entreprises les remportent et puissent, du coup, disposer à leur guise de la “fan zone” via l’occupation privative du domaine public que vous leur accordez sur le Champs de Mars.

Vous semblez, par ailleurs, choquée, Madame la Maire, que M. POZZO di BORGO dénonce la collusion d’intérêts entre certains grands groupes et le pouvoir. Madame la Maire, c’est bien ce que nous dénoncions sous le mandat de Nicolas SARKOZY. Force est de constater que les choses ne changent guère.

Oui, notre société dans son ensemble évolue de plus en plus dans un système oligarchique fait de collusion d’intérêts et de pantouflage entre mondes économique, médiatique et politique ; et le groupe Lagardère, comme tant d’autres, fait partie de ce système.

Je pensais, par ailleurs, que le recours à cette “fan zone” privée était peut-être un moyen – que je n’approuve guère – pour la Ville de compenser les baisses de dotations de l’Etat ; peut-être que cette privatisation de l’espace public était au moins bien monnayée dans l’intérêt des Parisiennes et des Parisiens. Eh bien, non, même pas – comme l’a décrit avant moi M. David BELLIARD !

Mes chers collègues, je suis déjà intervenue par le passé sur ce sujet de la “fan zone” ou plus globalement sur la réflexion sur nos politiques sportives et sur le “supportérisme”. Une “fan zone” pourrait d’abord être nommée complètement autrement et puis être pensée totalement autrement.

Il peut y avoir une conception émancipatrice du “supportérisme”. Il peut y avoir une autre conception d’accompagnement des manifestations et événements sportifs, avec une démarche empreinte d’éducation populaire, de partage, de fraternité autour du sport.

C’est possible, mais là que faisons-nous ? Une vaste zone laissée en pâture à la publicité et aux multinationales. Résultat : regardez, c’est la fête des sponsors ! Ce sera la fête de la publicité, ce sera la fête de l’abrutissement ; oui, de l’abrutissement.

On va, semaine après semaine, mois après mois, séance après séance, essayer de soutenir des projets associatifs d’éducation populaire pour développer la prise de conscience de l’intérêt général écologique, la prise de conscience de la solidarité et j’en passe. Et puis, par contre, sur une jolie “fan zone”, on laisse les intérêts privés et leurs sponsors faire leur matraquage au mépris de tous les principes que nous affichons séance après séance.

Oui, cette “fan zone” sera un espace publicitaire géant, pas que dans la “fan zone”, l’ensemble de l’Euro 2016. Vous ne saurez oublier que la Loi Macron de l’an dernier s’est attachée à accroître les possibilités d’envahissement publicitaire sur ces stades.

Oui, donc, plus que jamais, cela va être le cas ; plus que jamais, on est donc soumis à une logique libérale où c’est le business avant tout, le business qui a totalement envahi le sport.

Bien évidemment, je voterai contre cette délibération.

Je vous remercie.