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"À Paris, place au peuple !"

Pour une indemnisation décente des kiosquiers

 

Je suis intervenue à de nombreuses reprises sur cette question des kiosquiers parce que, bien souvent, cette Assemblée s’est enflammée sur le changement des kiosques et sur la question esthétique des kiosques. Je trouvais insupportable que, pour bon nombre d’élus, la préoccupation première était l’esthétique des kiosques et très rarement la situation sociale du kiosquier. Or, il ne peut pas y avoir de liberté de la presse si on ne peut pas la vendre. Et on ne peut pas vendre la presse s’il n’y a pas quelqu’un d’accord pour la vendre. Donc, les kiosquiers, c’est bien sur eux que reposent, in fine, les conditions que la liberté de la presse puisse s’effectuer.

Je suis ravie de cette délibération par principe, parce que cette délibération attribue une indemnité exceptionnelle aux kiosquiers de presse parisiens lorsque le changement de kiosque fait que, pendant trois semaines, ils ne peuvent pas travailler. Parce qu’au début, ce n’était pas prévu. Si vous vous souvenez bien, c’est suite à pas mal d’interventions que j’ai pu faire sur la question de la situation sociale des kiosquiers, puis un vœu spécifique sur la question de l’indemnisation des kiosquiers. Mais, hélas, je pense que le montant n’est pas à la hauteur de la situation. Lors de mes premières interventions sur les kiosquiers, je vous alertais en vous disant : “Mais, voilà les kiosquiers. Finalement, beaucoup d’entre eux travaillent pour à peine 3 euros de l’heure, parce qu’on leur impose une telle amplitude d’ouverture dans la semaine et dans la journée, qu’ils sont dans une situation avec des revenus extrêmement faibles”.

Les aides de la Ville viennent compenser ce manque à gagner, mais, plutôt que des aides, les kiosquiers aimeraient être reconnus pour tout le travail qu’ils effectuent. Parce qu’ils vendent de la presse, ils essaient de survivre en vendant aussi du hors presse et puis, ils développent tout un tas de services au quotidien. Ils sont incontournables pour informer je ne sais combien de touristes perdus dans leur quartier, incontournables pour tout un tas d’informations locales. Ils contribuent à la vie d’un quartier par leur ouverture.

Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que la Ville a pris la décision, dans certains quartiers, de réimplanter de nouveaux kiosques, à la fois, certes, parce que des boutiques presse, des points presse fermaient, mais également parce qu’il y a une reconnaissance de la part de la Ville de ce maillage important que constituent les kiosquiers dans l’esprit parisien. Maintenant, ce nouveau design, avec toutes les modernisations qu’il peut y avoir dans les kiosques, les kiosquiers sont bien déçus, sachez-le. Ils sont bien déçus parce que leur espace vital, leur cadre de travail est tout aussi réduit, voire pour certains plus réduit, et que très peu seront dotés, par exemple, de sanitaires. Or, le kiosquier, vu ses faibles revenus, n’a pas la possibilité de se faire remplacer par un contrat de travail pour mettre quelqu’un d’autre à sa place.

Ne même pas avoir de sanitaires quand on travaille dans un kiosque avec une amplitude horaire bien supérieure aux 10 heures par jour, vous imaginez le problème que cela peut poser. Alors, 2.618 euros d’attribution d’indemnités exceptionnelles pour 2 kiosquiers, vous divisez par 2. Cela ne fait pas beaucoup. Cela fait donc 1.309 euros pour vivre pendant plus de trois semaines de fermeture. Je sais bien quel est le calcul qui est fait par rapport aux revenus de l’année précédente, cette moyenne qui est effectuée, mais vous reconnaîtrez que l’on est quand même sur quelque chose a minima. Mais, au moins, cela existe, alors que cela n’était pas prévu. C’est pour cela que je voterai pour cette délibération.

Je pense qu’il sera nécessaire de faire un bilan d’étape avec l’ensemble des kiosquiers pour voir comment les choses vont. Parce qu’il y a quand même une redistribution des richesses qui ne va pas, là-dedans. Vous savez bien que “MédiaKiosk”, filiale de “JC Decaux”, encaisse l’argent des recettes publicitaires autour du kiosque. Pourquoi cet argent ne serait pas mis à contribution pour augmenter les revenus des kiosquiers ? Il y avait 36.000 autres modèles possibles d’organisation sociale des kiosquiers. Notamment, on aurait pu penser à une coopérative des kiosquiers indépendants. C’est tout à fait possible par le biais de “Coopaname” et de faire en sorte que les recettes publicitaires rentrent dans ce compte. Il y avait plein d’innovations sociales à faire. Hélas, on n’a pas choisi d’explorer ces voies.

Néanmoins, je voterai cette délibération. Je vous remercie.