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"À Paris, place au peuple !"

La guerre des monopoles que se mènent les grandes surfaces à Paris doit cesser

 

Bien évidemment, je voterai cette délibération. On a besoin des études de l’APUR qui permettent d’actualiser la banque de données et d’analyse de la situation du commerce à Paris. Je serais plus rapide que mes collègues précédents.

L’objet de la délibération n’est pas d’analyser la situation du commerce, c’est de soutenir financièrement le fait que l’APUR puisse continuer à mettre à jour sa banque de données sur le commerce.

Néanmoins, la situation que subit le commerce est tout de même extrêmement préoccupante. Je vous donne juste ces chiffres : sur les 140.000 épiceries qui existaient en France en 1960, il n’en reste plus que 35.000, soit seulement 17.000 tenues par des indépendants. Dans le même temps, le nombre de superettes urbaines des géants de la distribution a augmenté de 40 % en 10 ans, de 111 % à Paris.

On sait quels sont les différents facteurs. Tout le monde ne les a pas cités intégralement. Oui, d’abord la question de la spéculation, pas simplement en termes d’impacts, c’est-à-dire d’évolution du peuplement de Paris qui fait modifier la demande de types de commerces, mais tout simplement la spéculation immobilière qui atteint également les baux commerciaux et qui fait qu’un bon nombre de commerces ne peuvent plus supporter la charge que cela représente.

La question de l’encadrement des loyers ne se pose pas simplement pour l’habitation, mais également pour les baux commerciaux, d’où les innovations qu’a pu porter la Ville pour accompagner un certain nombre de commerces en prenant en charge, à un moment donné, des baisses de loyers à travers une société d’économie mixte.

Hélas, ce n’est pas suffisant parce que, bien souvent, on remet les commerces, au bout d’un moment, dans la logique spéculative, sans chercher à, finalement, avoir une maîtrise des baux commerciaux qui augmentent, et qui soit durable. C’est le premier problème.

Le deuxième problème est cette offensive prédatrice de la part des grandes enseignes, qu’il s’agisse des grandes enseignes de la distribution alimentaire qui se font une guerre pour capter le monopole dans les centres villes. C’est la bataille que se mènent Carrefour, Franprix, Auchan.

Vous avez vu les dernières innovations – je présente un vœu à ce Conseil à ce sujet -, pseudo-innovations de Franprix qui invente maintenant le petit supermarché ouvert 24 heures sur 24 en contournant les règlementations. On sait que la question de la déréglementation des horaires, la question du travail du dimanche des zones touristiques internationales participent de cela et de la disparition des petits commerces indépendants.

Vous avez également le problème du e-commerce. Là évidemment, les leviers de la Ville sont difficiles. Je pense qu’il y a d’abord un levier national. Est-ce que nationalement, on se pose enfin la question de la casse du droit du travail que représente le développement de l’ubérisation et de ses impacts aussi sur le commerce ?

A force de travailler sur la question de l’ubérisation, je vais vous surprendre, mais j’ai été contacté par un syndicat patronal, ce n’était pas mon habitude, le syndicat de transport logistique, un syndicat purement patronal qui me disait : “Ecoutez, nos entreprises qui s’occupent notamment de la livraison à domicile pour des supermarchés, nos entreprises qui embauchent des salariés en CDI et qui respectent les conventions collectives, on va devoir mettre la clef sous la porte parce qu’à un moment donné, les marchés nous sont piqués par les plateformes d’ubérisation qui mettent des personnes en situation de statut autoentrepreneur, avec le retour du travail des enfants que vous avez derrière.”

Quand vous pouvez avoir, à travers un contrat d’autoentrepreneur, la possibilité de livrer à domicile le petit supermarché à côté de chez vous, un jour, vous ne voulez pas y aller, vous envoyez vos enfants. Vu le peu d’effectifs en termes d’inspecteurs du travail qui pourraient surveiller cela, je pense que vous vous leurrez. On est dans une situation de développement totalement aberrant de faux emplois qui sont extrêmement problématiques en termes d’évolution de société, vu la paupérisation qui s’aggrave et qui a, par ailleurs, à travers ce e-commerce, un impact direct sur les petits commerçants.

Vous avez les librairies qui essaient de résister avec un développement d’un réseau en ligne qui permet de savoir quels sont les livres disponibles, mais la Ville devrait mettre beaucoup plus de moyens pour se dire qu’une société coopérative d’intérêt collectif pour favoriser la livraison à domicile pourrait être pensée, avec les commerçants pour développer un autre modèle alternatif.

Toutes ces données sont nécessaires, mais il faut savoir quel objectif on vise également à travers l’étude de ces données. Tous ceux qui veulent développer cette course effrénée vers la déréglementation du travail vont encourager les monopoles des grandes enseignes, et cela tuera le petit commerce. Nous aurons ce débat à travers les prochaines études de l’APUR.

Je vous remercie.