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"À Paris, place au peuple !"

Intervention au sujet de la dénomination de deux allées Pauline Léon et Claire Lacombe

Je vous remercie de donner les noms de Pauline Léon et Claire Lacombe à deux promenades à Paris ! Belle initiative de rétablir ainsi la place des femmes dans la Révolution française, plus généralement dans notre histoire.

Car les femmes ont toujours été les actrices de l’histoire, de cette révolution qui nous a fait sortir de l’ancien régime et qui a proclamé et imposé les droits qui ont fait la République, la Liberté, l’égalité, la Fraternité !

Toujours actrice de l’histoire, souvent victimes, et généralement, injustement oubliées… qui se souvient de toutes ces femmes qui ont fait la révolution ?

Pauline Léon et Claire Lacombe représentent dignement ce peuple interclassiste qui a fait la révolution. Pauline était chocolatière, Claire actrice. Toutes deux filles de marchands, de ce monde de la boutique qui se dressa en 1789 contre les privilèges.

Dès le début elles adhèrent à la révolution. Participent aux journées révolutionnaires. Claire reçoit une « couronne civique » suite à son action déterminante lors de la prise des Tuileries qui le 10 août 1792 fit chuter la monarchie et permit le triomphe de la République

Elles jouèrent toutes deux un rôle central dans les journées révolutionnaires qui firent tomber les girondins en juin 1793 et permirent que s’ouvre la courte période de démocratie sociale de la révolution.

Présentes dans les clubs (bien masculin) – toutes deux étaient aux Cordeliers, l’un des rares club où on laissait les femmes s’exprimer, parfois même prendre part aux votes.

Elles choisissent pourtant de créer une société de femmes, qui permet aux femmes de s’exprimer, et de porter leur revendication, conscientes qu’elles ne parvenaient à obtenir qu’un rôle supplétif dans les clubs masculins. Claire Lacombe et Pauline Léon fondent ainsi  en mai 93 La Société des républicaines révolutionnaires.

Toutes deux étaient des militantes sans-culottes, attachées aux principes les plus radicaux de la révolution. C’était ce qu’on appelait à l’époque non sans un certain mépris, des «enragées». Et que défendaient ces enragées ? Les droits sociaux, la lutte contre le chômage, le rejet de l’accaparement des richesses, la justice sociale, l’égalité, la démocratie.

Claire Lacombe et Pauline Léon se sont battues pour que les femmes soient les égales des hommes. Ce qu’elles demandaient d’abord, c’est d’avoir le droit de porter des armes.

Évidemment cela peut surprendre… le combat pour le droit de vote, incarné par la figure d’Olympe de Gouge, est plus connu. Pourtant, sous la Révolution française, le droit de porter des armes étaient un attribut de la citoyenneté plus intensément vécu que ne l’était le droit de vote ! Tout au long du 19e siècle, les femmes ont plus souvent réclamé le droit de s’armer que celui de voter !

Il faut se rappeler que la France était en guerre, la Révolution était en guerre. Tout ceux qui croyaient en la révolution savaient que si les armées étrangères gagnaient, non seulement tous les droits acquis seraient enterrés, mais la vengeance terrible. Le chef des armées prussiennes, Brunswick, n’avait-il pas explicitement menacé d’égorger les Parisiens, d’exterminer tous les révolutionnaires ? On était en guerre et les hommes seuls partaient la faire. Alors, le 6 mars 1792 Pauline Léon dépose à l’Assemblée une pétition magnifique qui réclame pour les femmes le droit de combattre aussi pour la révolution. 320 femmes en étaient signataires !

Le 27 mai 93 Pauline Léon se présente aux jacobins où elle tient un discours où se mêlent radicalisme révolutionnaire et protestations féministes : « il est temps que vous ne voyiez plus en nous des femmes serviles, des animaux domestiques » lance t-elle aux hommes assemblés !

En octobre 1793, Claire Lacombe à la tribune de l’assemblée défendit haut et fort les droits des femmes «Nos droits sont ceux du peuple, et si l’on nous opprime, nous saurons opposer la résistance à l’oppression ».

En honorant Claire Lacombe et Pauline Léon ce sont des féministes que l’on honore, mais aussi de ces femmes à bonnet rouge que la tradition contre révolutionnaire peindra longtemps sous les traits de viragos hystériques…

Qu’on les honore donc, mais il en restera à honorer ! Les femmes de 1848, Jeanne Deroin qui se présenta à l’élection pour protester contre un suffrage universel qui naissait en excluant les femmes, Desirée Gay et Emilie Nigoyet qui fondèrent le premier journal féministe, Hubertine Auclert qui se battit pour le suffrage universel, et toutes ces combattantes de la Commune, Louise Michel bien sur, mais aussi André Léo, Nathalie Lemel, Elisabeth Dmitrieff… Cher-e-s collègues, vous le voyez, il y a donc encore du travail pour rétablir la juste place des femmes dans l’histoire et dans l’espace public parisien !

 

Levons-nous femmes esclaves

Et brisons nos entraves

Debout, debout, debout !

 

One Comment

  1. Grandiose !

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