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"À Paris, place au peuple !"

Intervention contre la carte scolaire

 

Mes chers collègues, je voterai contre les modifications de la carte scolaire des collèges parisiens. Il est en effet, à la fois très surprenant et très désagréable pour moi quand dans une période où nombreux sont ceux, particulièrement dans votre gouvernement, madame la maire, qui font de grands discours sur l’école républicaine, l’on puisse concevoir et voter un projet pareil. Ce que vous nous présentez aujourd’hui n’est pas en mesure de lutter contre l’évitement scolaire que connaissent aujourd’hui bien des établissements parisiens, ce n’est pas en mesure de favoriser la mixité dont nos collèges publics ont besoin. C’est même le contraire.

 

Ce projet ne va pas non plus, dans le sens de la réforme école/collège ni des dernières recommandations de Madame la Ministre de l’Éducation Nationale dans le cadre de la “mobilisation de l’école pour les valeurs de la république”.

 

C’est pourquoi les syndicats d’enseignants et les parents d’élèves vous alertent. C’est pourquoi ils ont voté contre au Comité Départemental de l’Éducation Nationale. Parents et enseignants semblent avoir encore à cœur une certaine idée de l’école publique que vous n’avez plus.

 

Par exemple, le projet de fusion des secteurs de recrutement des collèges Janson de Sailly et Delacroix dans le 16ème arrondissement a provoqué, avec raison, beaucoup d’indignation. Ainsi, madame la Maire, vous réalisez le rêve de la droite locale depuis des années : en finir avec les collèges autonomes à taille humaine dans le 16ème arrondissement et créer, par cette fusion une cité scolaire monstre de près de 4000 élèves. Ces conditions ne sont pas, comme une majorité d’enseignants dont 85% de grévistes et les parents d’élèves l’ont pointé, des conditions idéales pour l’apprentissage de collégiens, bien au contraire et cela entraîne des modifications en cascade jusque dans le sud 16e. Cette grotesque fusion conduira par exemple certains collégiens à faire plus de trente minutes de trajet pour se rendre en classe tous les matins. Mais ce projet est surtout une attaque de plus contre la mixité dans les collèges publics et une aggravation d’une ségrégation agressive dans un arrondissement déjà extrêmement ségrégué.

 

Rappelons que les collèges autonomes ont été créés précisément dans une démarche de démocratisation de l’enseignement. Précisons également que jusqu’en 1937, les “petits lycées” scolarisaient quelques élèves favorisés dès l’âge de 6 ans pendant que les enfants des classes populaires étaient inscrits à l’École municipale. La création des collèges à taille humaine avait pour fonction de créer les conditions de la réussite pour tous. Ces fusions actuelles de collèges donnant naissance à des groupes scolaires mastodontes sont donc à rebours de l’histoire et de l’esprit républicain de l’école publique au service de la réussite. je vous rappelle cette étude OCDE de novembre 2014, elle déclarait précisément qu’un établissement de taille moyenne est celui qui favorise le plus la réussite.

 

Plus concrètement, comment organiser le travail de liaison avec le primaire et créer un conseil école collège qui ait du sens avec 12 6ème  et 8 écoles ? Et tout autant de différences dans les matériels pédagogiques, les logiciels de notes utilisés ?

 

Autre exemple, dans un arrondissement très différent : le 19ème. Là encore, parents d’élèves  et enseignants ont interpellés les élus au sujet de la situation des collèges Chappe, Bergson et Pailleron et des projets de modification des sectorisations qui les concernent. Là aussi, au prétexte contestable des effectifs, le projet de modification de la carte scolaire va, depuis plusieurs années, dans le sens d’un renforcement de l’établissement le moins mixte, de sa spécialisation sociale. Les efforts de la majorité municipale semblent entièrement dirigés vers le collège Chappe alors que les collèges Bergson et Pailleron réalisent un travail important pour conserver leur mixité sociale et lutter contre l’évitement scolaire. Ces établissements mériteraient d’être encouragés et renforcés au nom de l’égalité républicaine. Au lieu de cela, on tente de les transformer en ghettos en réduisant chaque année leur périmètre d’affectation.

 

La mixité sociale à l’école et la meilleure articulation possible avec les écoles primaires sont, toutes les études le montrent, madame la Maire, un des meilleur moyen de favoriser la réussite de tous les élèves. C’est de plus un impératif républicain de premier ordre : l’école publique doit transmettre, apprendre, par la preuve concrète de son fonctionnement, l’égalité absolue entre les citoyens. Les logiques de ségrégation et d’évitement scolaires sont une gangrène pour l’école publique parisienne. Il faut lutter sans relâche contre elles. Je l’ai fait en étant aux cotés des enseignants et parents mobilisés contre la nouvelle carte REP ; je le fait aussi ici en m’opposant à ce que notre argent public ne finance des établissements privés par des subventions facultatives. Nous devons le faire aujourd’hui ensemble également, en prenant la décision collective de réétudier cette carte scolaire.

Cher-e-s collègues, revoyez votre copie.

Je vous remercie,

One Comment

  1. Madame Simonnet,
    Je partage votre désaccord et suis vraiment affligée de constater que l’école publique seule fait face à ces questions alors que l’école “privée” subventionnée en partie s’exonère de la question de la mixité sociale.

    madame Dufief

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