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"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur la communication portant sur le marché unique relatif aux kiosques

Ce dossier démontre toute l’hypocrisie municipale. Chacun pleurt des larmes de crocodiles sur la situation des kiosquiers. Mais au moment de repenser un nouveau modèle économique, ils décident de faire comme auparavant. Médiakiosk, filiale de JCDecaux peut se frotter les mains. Le PS est incapable de penser la redistribution des richesses collectées via la pub sur les kiosques pour garantir un salaire décent aux kiosquiers. La liberté de la presse, tout le monde la défend. Mais qui se soucie de celles et ceux qui la vendent ? Alors que mon voeu n’était soutenu par aucun groupe, à la fin de mon intervention, les écologistes de Paris et l’UDI Modem l’ont finalement adopté. Hélas, il a été rejeté par le PS, l’UMP et le PCF… Continuons le combat ! 

 

 

Non mais franchement, en quoi, chers collègues… regardez la réalité en face et pensez-y demain quand vous irez acheter votre journal en kiosque, en quoi ce bout de papier-là va changer quoi que ce soit de la situation des kiosquiers ?! Vous les avez rencontrés, vous avez discuté avec eux !!! Il se passe quoi ? Il se passe quoi ? Les kiosquiers sont en train de crever, excusez-moi le terme mais c’est la vérité !

 

Ils travaillent en moyenne 6 jours sur 7 par semaine, 12 heures par jour, et qu’est-ce qu’ils nous disent ? Qu’ils gagnent à peine 3 euros de l’heure ! 3 euros de l’heure à Paris, capitale de la République au XXIe siècle ! Vous trouvez cela normal ?! Il faudrait dire, je ne sais plus si c’est M. LEGARET ou l’intervenant précédent : “Oh ! Mais c’est extraordinaire que les kiosquiers aient résisté !” Ben, ouais, ils ne sont pas tous morts ! Il y en plein qui ont fermé, plein qui ont arrêté et certains survivent, excusez-moi !

 

Après, il y a des réalités différentes. Évidemment, un kiosque en plein quartier touristique avec le hors-presse, il arrive un peu à s’en sortir. Mais allez voir le kiosque en bas de chez moi, à Télégraphe, vous croyez qu’il en vend beaucoup des porte-clés pour essayer d’arrondir les fin de mois ?! On sait pertinemment que les marges faites sur la presse ne suffisent pas et ne suffiront pas, et ce n’est pas la petite parenthèse de la foule qui est venue acheter le numéro Charlie Hebdo après les événements qui va, hélas, durablement changer la situation.

 

Alors il faut repenser un peu les choses. Or, là, vous restez toujours dans votre même schéma. C’est quoi ça ? C’est un contrat unique ! C’est un contrat unique pour 15 ans ! On dit aux kiosquiers : “Pendant 15 ans, vous allez être surexploités par Médiakiosk ou un équivalent”. 15 ans de misère encore, c’est une honte !

 

Ce dossier sur les kiosquiers montre toute l’aberration du statut des travailleurs indépendants, parce que pendant ce temps, des milliards, il y en a qui sont accumulés, on le sait pertinemment.

Vous savez, quand il y a eu la petite fête annuelle… il se souvient, M. Patrick BLOCHE, parce qu’il a eu un cadeau des kiosquiers, un joli tee-shirt marqué dessus : “3 euros de l’heure, ça suffit !”, parce qu’ils n’en peuvent plus. Et leur slogan, c’était : “Qu’ils partagent ou qu’ils dégagent”, parce qu’ils savent pertinemment que Médiakiosk, cette filiale de JCDecaux, encaisse tous les bénéfices de la publicité, qu’il n’y a aucune redistribution des richesses dans cette entreprise. Et qu’aujourd’hui, dans ce système-là, il n’y a rien qui vous dit que l’argent de la publicité sera redistribué pour les kiosquiers. Par contre, là où vous êtes sûrs, c’est que les kiosquiers n’auront pas plus de droits, pas plus de contrôle sur ce qui se passe.

 

Et d’ailleurs, est-ce qu’ils ont un contrôle aujourd’hui ? Est-ce que cette délibération-là leur a été présentée ? Non, que dalle ! Pourtant…

 

Ce n’est pas une délibération ? Excusez-moi.

 

Ce principe de consultation… parce que c’est pire, parce que nous, on ne vote même pas ! On avait voté un vœu en mai, on avait voté à ma demande. J’avais présenté un vœu et je vous remercie, vous l’aviez tous adopté, pour qu’on prenne enfin en compte la situation des kiosquiers. Il y avait eu des groupes de travail, et je remercie Olivia POLSKI de les avoir organisés, mais à quoi bon tous ces groupes de travail ? Parce qu’ils ont abouti à quoi ? Ils ont abouti à ça ! Ça, ça se fait dans leur dos ; c’est ça votre conception de la démocratie sociale ?! On écoute tout le monde, hein, et après on fait comme avant, comme avant, dans le vieux monde, et Médiakiosk va pouvoir se frotter les mains parce qu’il avait une DSP qui était déficitaire, mais il s’en mettait plein les poches avec une convention d’occupation du domaine public. On met les deux dans le même paquet, un marché public, il n’aura pas à rendre de comptes pour autant de combien il se fait de bénéfices, et il pourra continuer sa surexploitation. Voilà la réalité. Eh bien cela, ce n’est pas possible, c’est lamentable !

 

Pourquoi je dis deux ans ? Et je terminerai.

 

Je comprends bien que pour décembre prochain, d’ici fin décembre, ce n’est pas évident d’inventer autre chose, d’inventer un monde nouveau. Et pourtant, inventer un monde nouveau… on n’arrête pas de parler d’économie sociale et solidaire, ben oui, ce serait peut-être le moment de voir avec d’autres structures comment on peut les accompagner s’ils le souhaitent, je dis bien s’ils le souhaitent.

 

Mettre en place une coopérative s’ils le souhaitent, et peut-être qu’ils ne le souhaiteront pas mais qu’on réfléchisse avec eux. C’est pourquoi j’avais proposé une véritable enquête de terrain pour les faire parler. Quelles sont leurs revendications, qu’est-ce qu’ils veulent ? Qu’on fasse émerger cette parole des kiosquiers, parce que quand vous bossez 6 jours sur 7, 12 heures par jour, comment vous vous coordonnez ?

 

Sauf que tout cela n’a pas été fait, parce que de cela, “on” s’en moque ! Ça ne rentre pas dans les petits boulots habituels d’une administration. C’était à une structure spécialisée de faire ce travail-là.

 

Donc, oui, au moins, soit on reporte la décision, soit au moins ce que je demande, c’est que si on passe à nouveau ce marché unique, qu’on le passe que pour deux ans pour prendre le temps avec les kiosquiers de réfléchir à une alternative.

 

Et je terminerai par un exemple.

 

Il y a environ une dizaine d’années, les deux portes avant des kiosquiers, la publicité qui était dessus, c’étaient les kiosquiers qui l’encaissaient. Et puis, visiblement, il y a eu un changement d’accord. C’est Médiakiosk qui maintenant le récupère. On pourrait voir s’ils pourraient récupérer au moins cet argent-là.

 

J’entends tout le monde dire : “Ah ! Je reconnais que les kiosquiers font un véritable travail d’information utile à tous les intérêts des Parisiennes et des Parisiens”. Eh bien, tout travail mérite salaire ! Plutôt que de faire des subventions, on pourrait donc considérer qu’une partie de leur travail, c’est de l’information.

Il y a plein d’idées à inventer, comme la régie publique ou une coopérative et reconnaître les droits.

 

Mais en l’état actuel, je présente ce vœu parce que je trouve que vraiment, vous n’êtes pas à la hauteur. Et vous n’arrêtez pas de dire : “J’aime mon kiosque”. Eh bien, moi, j’aurais préféré entendre dans le texte : “J’aime les kiosquiers” !

6 Comments

  1. Etonnant le système de la presse qui distingue deux types de concessionnaires. les concessionnaires type Relay (Lagardère) qui bénéficie de 30% sur tout en ayant des gérants salariés et les concessionnaires de kiosques tel Médiakiosk (JCDecaux) dont les personnels sont des travailleurs indépendants qui tournent autour de 20 %. Ne devrait-on pas imposer que les kiosquiers bénéficient du même statut que les gérants des Relay ?

  2. Bonjour Madame,

    Merci pour votre engagement.

    Les marchands de journaux attendaient depuis 20 ans la revalorisation de leur rémunération. Les éditeurs via le csmp leurs ont donné l’aumône.

    1,7% d’augmentation étalée sur 3 ans !!!!!

    – 0,5% à partir du 1er janvier 2015
    – 0,5% à partir du 1er janvier 2016
    – 0,7% éventuellement à partir de 2017 SI Presstalis(messagerie, propriété des éditeurs) génère des économies;
    Combien de marchands de journaux auront disparus alors ? 3000,5000…..?

    De plus dans ce plan
    – les Gms voient leur commissions, sur la vente de la presse, majorée jusqu’à 50%
    – les points de ventes complémentaires (épiceries, boulangeries ect….) reçoivent 1% de com de plus pour la vente des quotidiens, pas les marchands de presse
    – les Relais H (propriété de l’éditeur Lagardère, présents dans les hôpitaux, les gares etc… perçoivent 5% supplémentaires de commission pour des actes de vente et de promotion de la presse quotidienne, actes accomplis TOUS les jours par TOUS les marchands de presse. Mais EUX ne touchent rien pour cela.
    – Avec la mise en place de ce plan une partie des marchands de presse que l’on appelait Q1 précédemment (qualifies au 1er plan de professionnalisation) ont été
    exclus de nouveau plan avec pour conséquence la perte de 2% sur un taux de 15%
    Quels salaries accepteraient une baisse de salaire du jour au lendemain ?

    Les éditeurs profitent de millions d’aides des pouvoirs publics et exploitent et abusent les marchands de presse. 1000 fermetures/an depuis plusieurs années.

    A l’aide !!!

  3. OUI et il en est de même pour les marchands de presse surtout le territoire avec la société INSERT, qui ne rémunère plus les points de vente de presse.
    Le chantage est de dire si vous affichez autre chose que de la presse, là vous pourrez toucher un petit quelque chose. Comme cet affichage est une aide à la vente beaucoup de marchands de presse sont ainsi contraint de garder les panneaux sans rien percevoir.
    Plus de 950 points de vente ont fermés dans l’indifférence en France, combien à Paris, pour l’instant c’est la grande inconnue

    • suite de la réponse.

      il est indispensable pour que PARIS puisse continuer à conserver des marchands de journaux, qui proposent une large offre de titres et des kiosquiers, le Conseil de Paris vote l”exonération de CFE (contribution Foncière des Entreprises) comme cela a été fait à Bordeaux et Metz.

      Merci pour votre combat car comme l’a écrit Claude Baudry dans l’Humanité du 13 février, nous sommes” les jardiniers de la démocratie”

  4. Grotesque comportement des opposants (PS, UMP, PCF…triste attelage pour le moins) à la prise en compte des intérêts des “travailleurs kiosquiers”.

    3 euros de l’heure durant 6 jours sur 7, à 12 H par jour!…en tant qu’acteur de la presse ( acteur car utile…peut-on en dire autant de ces groupes à forte préoccupations profitables pour lesquels seul compte le niveau de profit engrangé), il s’agit donc là d’une situation qui devrait pourtant stimuler “l’activité cognitive de progrès” de tout personnage se réclamant d’une “modernité” de cette nature (le progrès).

    Le contraire configure des collusions qui confirmeraient ce que les citoyens de bonne volonté subodorent, à savoir la proximité coupable que “politiques et économie dominante” entretiennent au détriment de la grande majorité des acteurs de ce pays (fut ce en coulisse au sein d’un conseil municipal, fut ce ostensiblement par médias interposés).

    par bonheur, il reste de ces gens qui honorent, non seulement leur mandat, mais également une certaine éthique tout simplement humaine…merci pour nous Mme Simonnet.

  5. Belle leçon de courage et d’honnêteté. Merci Madame de la part de tous les marchands de presse de ce pays, et de la part de l’Association pour l’Avenir des Diffuseurs de Presse (AADP).
    Il est réconfortant de voir que nous ne sommes pas seuls.
    Nous serons d’autant plus persévérants dans la défense de nos situations face à l’establishment protégé par une pseudo démocratie exploitée.
    Les kiosquiers ne sont pas les seuls dans ce cas. Tous les marchands de presse, volontairement appelés “diffuseurs” pour leur ôter tout espoir d’être perçus comme acteurs à part entière, sont dans la même situation.
    Même la chancellerie reconnaît par écrit l’irrégularité de l’appellation de “mandataire commissionnaire” dont nous qualifie le contrat qui nous lie aux dépositaires qui nous livrent. Mais elle refuse d’intervenir, rejetant cette responsabilité sur le législateur, qui lui-même refuse de se saisir du sujet, par peur de déplaire au lobby de la Presse. La Loi est de notre côté, mais elle n’est pas appliquée et nous n’avons pas les moyens de la faire appliquer.
    Nous sommes à la disposition de quiconque pourra nous aider à faire valoir nos droits pour en discuter.

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  1. Bilan du conseil de Paris de Février - Danielle Simonnet - Conseillère de Paris et Coordinatrice Nationale du Parti de Gauche - […] un équivalent : 15 ans de plus de surexploitation des kiosquiers ? Nous devons nous y opposer. Mon intervention…

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