Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Voeu contre la privatisation des crématoriums via une procédure de délégation de service public

Mme Danielle SIMONNET.- Le vœu et l’intervention. C’est une délibération extrêmement importante. Je vous dis, chers collègues, ne commettez pas l’irréparable, ne marchandisez pas la mort à Paris. Je sais que hélas, la mise en concurrence, la privatisation, le développement des activités lucratives dans le secteur de la mort et du service funéraire ont été mis en place par des gouvernements précédents, hélas, qui étaient d’ailleurs socialistes. Mais ne vous mettez pas à Paris, à commettre cela.

J’avais déjà affirmé mon désaccord avec le mode de gestion, lors de l’étude des rapports de la C.R.C., sur nos services funéraires. Je m’étais opposée en arrondissement comme ici à cette nouvelle délégation de service public englobant le futur crématorium et celui du Père-Lachaise. J’estimais qu’il fallait évoluer vers une régie publique.

Que m’avait-on dit ? D’ailleurs, plus dans les couloirs que dans cette assemblée, parce que quand il y a délégation de service public, donc des appels d’offres, donc des mises en concurrence, tout ne peut pas se dire. On m’avait dit quoi ? T’inquiète, le plan c’est que la société d’économie mixte l’emporte. La société d’économie mixte qui a bien travaillé, dans laquelle la Ville est majoritaire. C’est ce que l’on veut. Comme c’est dans une démarche de mise en concurrence, il n’y avait aucun risque. Il y a toujours un risque.

Dans ma conférence gesticulée sur Paris vendue, j’ai même un peu osé faire de l’humour un peu sombre en disant : tiens, puisqu’on s’apprête à faire une nouvelle incinération des déchets à Ivry avec l’usine de Suez, est-ce qu’on va avoir une entreprise comme Suez qui prétend être compétente dans l’incinération, et se dirait qu’elle a des compétences transversales dans la crémation. Evidemment, tout le monde trouvait que c’était un peu “too much”. Beaucoup de personnes m’ont dit, Danielle, tu exagères, la Ville ne va pas privatiser les crématoriums ! Eh bien, nous y sommes ! Voilà le résultat.

C’est Funécap qui a emporté dans la commission. C’est nous ici, les élus, qui allons décider. Ce n’est pas la commission. Funécap qui l’emporte, c’est quoi ? Une entreprise, une holding lucrative du secteur, liée à des fonds de pension, qui n’hésite pas à casser les prix pour remporter le marché. La privatisation va générer une inflation des coûts de crémation, au seul but de rémunérer des actionnaires, c’est la logique d’une entreprise privée.

Funécap est gestionnaire et serait décideur des prix de prestations, alors que Funécap est aussi diffuseur des contrats d’obsèques. Vous voyez le mélange des genres ? On ne peut pas accepter cela.

Monsieur DAGNAUD, maire du 19e, quand vous osez dire que la délégation de service public, c’était le meilleur choix, car qu’aurait-on dit si on avait mis en concurrence les deux crématoriums, mais on se moque du monde ! C’est quoi cette hypocrisie ?

Je tiens par ailleurs ici à dire que je désapprouve également l’implantation envisagée du futur crématorium à la porte de la Villette, à l’entrée de Pantin. Pantin est selon le classement de l’O.M.S. la ville la plus polluée de France. Ça suffit ! C’est à l’ouest qu’il fallait l’implanter. Les 700 mètres carrés d’un tel parc funéraire avec crématorium pouvaient être mobilisés afin d’ouvrir une autre voie de circulation douce, qui fait aujourd’hui tant défaut entre Paris et les Quatre-Chemins, comme entre les quartiers les Quatre-Chemins et les Courtillières, qui séparent le cimetière parisien de cette ville. C’est une demande forte. C’est cela la conception de la Métropole ? C’est cela la conception du trait d’union entre Paris et les communes limitrophes ? Un crématorium là où c’est le plus pollué ?

Par ailleurs, je ne pense pas que ce soit conforme au Code de l’urbanisme de concevoir ainsi le lien.

Et puis, je rappelle l’histoire particulière du crématorium du Père-Lachaise, c’est une histoire particulière dans la Révolution française. Et après, sur la question laïque, le fait de pouvoir faire en sorte qu’il y ait un lieu pour avoir des obsèques de toutes et tous. Un moment, des rites qui accompagnent la disparition d’un individu, d’un être cher. Il était important pour notre ville de garantir des funérailles dignes, qui respectent la volonté, les orientations spirituelles des croyances de chacune et chacun.

Il est essentiel que les conditions de recueillement permettent aux proches d’accomplir au mieux leur long et douloureux travail de deuil, qu’ils puissent avoir le choix de le faire dans un cadre laïque. Un cadre laïque, c’est aussi un cadre non marchand, non lucratif.

Alors vraiment, je terminerai cette intervention : il faut à tout prix rejeter cette délibération, puisque vous vous refusez de la retirer de l’ordre du jour. Et il est possible que la délégation de service public portant sur la construction et la conception d’un parc funéraire et l’exploitation des crématoriums parisiens et leurs équipements complémentaires soit annulée par votre volonté ici, et qu’enfin soit établie une exploitation en régie publique des crématoriums.

Nous l’avons fait sur l’eau, Eau de Paris, nous en sommes fiers. On n’a pas fait une D.S.P., on n’a pas fait un marché. On a fait un EPIC, ce qui est mieux qu’une S.P.L. J’invite les collègues à réfléchir et à travailler sur la différence entre un EPIC et une S.P.L. Voilà le sens du vœu que je présente.

Je peux vous dire que c’est un sujet sensible, les Parisiennes et Parisiens vont regarder vos votes aujourd’hui, et vont être attachés à voir ce que vous allez faire. Serez-vous les conseillères et les conseillers de Paris qui privatisent les crématoriums de la capitale, et donc, qui font de la mort un marché ? Ou serez-vous les défenseurs du service public sur un sujet aussi sensible que celui-là ? Choisissez bien, votez bien.

 

Mon vœu : 

Téléchargez (PDF, 60KB)