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"À Paris, place au peuple !"

Sur les violences faites aux femmes

Mme Danielle SIMONNET.- Je tiens d’abord à saluer l’initiative qui a été menée par la Maire de Paris. Cette cérémonie était extrêmement forte. Pouvoir voir et lire le nom de toutes les femmes assassinées : c’est important de le dire. On n’ose plus donner le chiffre parce que, chaque jour, une de plus peut arriver. On devrait d’ailleurs se dire que si nous en sommes à 113 assassinats de femmes, 113 féminicides, cela veut bien dire qu’il y a aussi 113 assassins et que la caractérisation d’assassin sur les responsables fait également partie de la bataille des consciences. De la même manière qu’il est important que notre assemblée, conformément à des vœux qui, à ce sujet, sont présentés par d’autres groupes, salue les militantes qui ont collé et continuent à coller sur les murs de notre ville ces alertes, pour que cesse cette banalisation, comme s’il s’agissait de faits divers. Cette bataille contre la domination patriarcale qui fait qu’une femme, un homme peut décider de sa vie ou de sa mort, est une bataille essentielle pour nos émancipations, à nous les femmes, mais essentielle aux émancipations de l’ensemble de notre humanité.

Alors maintenant, oui, pour pouvoir agir, les permanences téléphoniques, les actions les plus concrètes immédiates sont essentielles pour savoir qui contacter, comment être écouté, entendu, quelle première démarche faire. On ne cesse de le dire : il manque aussi des places d’hébergement. Car, bien sûr, on doit poursuivre cette bataille menée par les associations féministes, qui est de dire : “C’est à l’homme d’être écarté du foyer conjugal quand il est responsable de violence”. Néanmoins, dans la réalité intermédiaire actuelle, il faut absolument permettre aux femmes de pouvoir s’échapper. Quelle tragédie quand on entend tous les témoignages de ces femmes qui étaient allées alerter au commissariat, étaient allées jusqu’à déposer plainte, alors que le nombre de femmes qui assument d’aller jusqu’au dépôt de plainte est déjà, hélas, proportionnellement si faible ! Finalement, rien n’avait été fait. Donc, tout doit changer.

Le grenelle sur la question des violences faites aux femmes est une insulte à l’enjeu de la bataille, parce qu’accorder un million quand un milliard serait nécessaire, avoir mis autant de temps pour cette cérémonie de communication et ces réunions alors que toutes les propositions sont sur la table depuis si longtemps. S’il y a une responsabilité extrêmement importante de la part de la politique du Gouvernement, de l’Etat, dans cette lutte, la collectivité, néanmoins, a aussi toute sa part à prendre. Mais je défendrai dans un vœu – le vœu n° 89 ultérieurement – les mesures que la Ville se doit de prendre. Mais, bien évidemment, je voterai pour cette délibération. Je reviendrai, dans la présentation du vœu, sur l’enjeu. Il y a un an, on a voté un vœu sur la proposition que j’avais pu faire, d’un lieu complet de prise en charge globale des femmes victimes de violences, avec tous les aspects prévus. C’est voté, mais quand est-ce que donne la Ville va se donner les moyens de le faire ? Parce que s’il y a une responsabilité de l’Etat, la Ville et le département doivent être modèles. Vous avez d’autres villes en France qui le font. La ville de Nantes a montré l’exemple. Donc, nous devons aussi assumer de pouvoir le faire. Si d’autres villes en sont capables, pourquoi une capitale comme Paris, avec un budget de 8 milliards d’euros, ne serait-elle pas capable de le faire ?

J’attire votre attention sur des lieux historiques, comme le Palais de la Femme. Il accueille des femmes victimes de violences et en grande précarité. Sauf que le Palais de la Femme est un lieu où l’on est censé simplement passer, de manière transitoire. Voilà. Pas plus de deux ans pour être accompagnée vers le logement, le logement social d’abord. Le Palais de la Femme, historiquement, était un lieu qui devait être non mixte. Parce que l’on est bien consciente, ici, que lorsque l’on est victime de violences, on se doit de se retrouver dans un lieu de non-mixité, entre femmes. Alors, je réitère, mes chers collègues, la nécessité que l’on écoute les femmes du Palais de la Femme et que l’on fasse redevenir ce lieu en un lieu de non-mixité. Aujourd’hui, l’une des femmes du Palais de la Femme va sans doute être écartée du Palais de la Femme, parce qu’elle l’ouvre, et parce que quand vous l’ouvrez et subissez cela, oui, parfois, vous l’ouvrez avec les mots qu’il ne faut pas.

J’aimerais que toute l’attention soit apportée au Palais de la Femme et à celles qui luttent depuis trois ans, pour qu’aucune soit brisée davantage qu’elle ne l’a été par la vie jusqu’à présent, alors qu’elles sont de magnifiques combattantes.

Je vous remercie.