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"À Paris, place au peuple !"

Au sujet de la communication du Maire de Paris sur la politique municipale en matière de Recherche, d’universités et d’innovations.

Mme Danielle SIMONNET. – Monsieur le Maire, mes chers collègues, le désengagement financier de l’Etat a été largement dénoncé par mes collègues, et je partage leurs propos, mais, quand même, M. LAMOUR, quand il s’est permis de critiquer la politique municipale en matière de logement étudiants et chercheurs, franchement, de qui se moque-t-on ? Quand est-ce que le gouvernement va se décider enfin à s’engager dans un grand plan pour le logement étudiants et chercheurs ? Quand est-ce qu’il se décidera enfin à ouvrir le dossier de l’allocation d’études ou du pré-salaire étudiant ?

Mais mon propos, je voudrais le centrer sur autre chose. Puisque l’occasion nous est donnée de débattre sur les choix de la Ville et qu’ils sont liés aux choix de la politique gouvernementale, eh bien, globalement, réfléchissons : quelle est notre orientation sur “l’économie de la connaissance” ? Que pensons-nous de la soi-disante impérieuse nécessité de placer Paris dans la compétition internationale par l’hyperspécialisation et la concentration ?

Commençons par partir des P.R.E.S. créés par le gouvernement.

Sur le papier, ces pôles de recherche et d’enseignement supérieur ont vocation à être des outils de coopération, mais, depuis le vote de la L.R.U. et l’ouverture de la séquence “grand emprunt”, ils sont devenus des outils de concentration de structures, de choix de spécialisation et d’accélération de la concurrence. Dans la course à l’excellence, les LabEx, EquipEx, IdEx issus du grand emprunt surgi du rapport JUPPE-ROCARD tombent et pleuvent, concentrés sur un nombre très limité de sites universitaires. Et je vous invite à aller voir sur le site du ministère, c’est vraiment édifiant !

Quand on valorise quelques structures seulement, on exclut le plus grand nombre d’universités et de laboratoires. Alors, on se retrouve dans une France universitaire coupée en deux et, en plus, au détriment de certains domaines universitaires et de recherche, notamment dans la recherche fondamentale, en courant après le rapprochement entre les mondes économique et académique.

On fait émerger des grandes marques universitaires sur le marché de la connaissance, souhaité par la stratégie de Lisbonne. S’impose à l’université et à la recherche française une mue néolibérale utilitariste et productiviste.

C’est donc la course aux parts de marché pour obtenir des financements en trompe-l’œil.

Oui, en trompe-l’œil, car les sommes annoncées viennent en réalité, pour partie, d’une baisse des financements récurrents : moins 12 % en moyenne. On ne prête donc vraiment qu’aux riches en prenant aux petits. Les milliards promis sont néanmoins virtuels, car seuls les intérêts générés seront versés et un faible pourcentage seulement sera consomptible.

Enfin, les IdEx ne seront labellisés qu’après une période probatoire de quatre ans, soit en 2015, mes chers collègues. Les financements sont donc, pour partie, de la poudre de perlimpinpin, distillés par un joueur de bonneteau. Du SARKOZY pur jus ! Les méthodes utilisées, dénoncées par les organisations syndicales, révèlent par ailleurs, de plus, un recul démocratique sans précédent mais parfaitement inscrit dans la loi L.R.U.

Revenons maintenant au Plan Campus Condorcet doté de 450 millions d’euros placés. C’est un bon cas pratique, finalement, de cette politique libérale. Seuls les intérêts produits par ce capital pourront être utilisés pour financer des partenariats public/privé, mais avec un P.P.P., seuls les gros groupes de BTP. peuvent y prétendre et on devra leur verser des loyers sur 20 ans minimum. L’Etat, en se désengageant ainsi de ses responsabilités d’investisseur, est en train d’organiser la fuite de fonds publics vers le privé.

Ce pôle a pour but d’avoir une visibilité mondiale. Il doit drainer des étudiants et des équipes de chercheurs et d’enseignants-chercheurs de Paris intra muros à l’extérieur du périphérique.

Mais, mes chers collègues, que vont devenir les universités ainsi dépouillées ? Et le reste du personnel, BIATOSS inclus, lorsqu’il verra une grande partie des étudiants partir à la Plaine Commune ?

Une fois ce Pôle Condorcet créé, comme une sorte de réserve, que va-t-il rester des autres établissements de langues, sciences humaines et sociales des autres campus ? Vont-ils disparaître, car jugés de taille trop modeste et non rentables par le gouvernement ?

La question de fond, absente, je trouve, de cette communication, est celle-ci : la Ville de Paris doit-elle concentrer ses aides, conséquentes, là où l’Etat a déjà prévu d’investir, dans les P.R.E.S. ? Ne devrions-nous pas, au contraire, concentrer nos moyens dans les projets sous-financés ? Ne devrions-nous pas organiser un chantage au soutien financier en exigeant d’attribuer nos moyens là où il y aurait une véritable coopération, un projet démocratiquement validé par les conseils d’administration des établissements supérieurs ? Quels sont les rapports de force que nous instaurons ?

Par ailleurs, quelles sont les conséquences sociales de cette politique de mise en concurrence ? Ne nous voilons pas la face ! L’étape d’après, c’est le retour de la sélection à l’entrée de ces P.R.E.S., vieux projet de la droite. Oui, la sélection sera sans doute bientôt exigée, car le grand nombre de bacheliers sera relégué dans les filières des établissements les moins bien dotées et pour un nombre d’années d’études plus limité. Fin du projet de démocratisation de l’enseignement supérieur !

C’est aussi grave que cela, ce qui attend l’enseignement supérieur !

Je n’ai, hélas, pas le temps de développer les inquiétudes des établissements du Quartier Latin face à la grande braderie qui s’annonce du patrimoine immobilier universitaire au cœur de Paris par l’Etat. La Ville de Paris poursuit, elle, à entretenir le sien et c’est heureux !

L’affaire, mes chers collègues, est à suivre de très, très près !

Vous savez, mes chers collègues, les savoirs nouveaux sont des biens communs. Cessons de vouloir seulement peser plus que le voisin dans cette course internationale libérale d’hypercompétitivité par l’hyperspécialisation, sans véritable vision scientifique, démocratique et d’aménagement républicain du territoire et sans véritable débat et contrôle démocratique.

Cette conception, je la trouve, hélas, aussi présente concernant l’autre partie de la communication sur les innovations. Nous saluons, bien sûr, l’ouverture aux innovations, avec notamment le maintien à domicile des personnes âgées, mais on a le sentiment que, globalement, on reste encore dans des domaines restreints, avec l’idée finalement de spécialiser Paris dans le design, dans le numérique. Je pense qu’il faut faire attention à cette dérive de l’hyperspécialisation.

Je me suis déjà exprimée par ailleurs, sur les réserves du groupe relatives à la partie finance et innovation dans des séances précédentes. Dans ce pôle où l’on compte, parmi les membres fondateurs, entre autres, la Fédération bancaire française, ou Nyse Euronext qui gère la Bourse de Paris, je doute qu’on soit exclusivement dans le soutien de démarches de type microcrédit, crédit coopératif, monnaie sociale. J’ai plutôt le sentiment que, comme dans le capitalisme vert, derrière un jargon autorisé sur “la finance durable et responsable”, on soit finalement sur des logiques classiques du capitalisme financier.

Franchement, je le rappelle, l’innovation politique urgente en la matière serait vraiment de défendre la nationalisation des banques, la création de pôles publics bancaires et, en attendant, de privilégier les banques qui n’ont pas recours aux produits toxiques, comme la Caisse des Dépôts ou le Crédit Coopératif.

Mme Danielle SIMONNET. – Je terminerai… Nous approuvons pleinement le soutien des jeunes créations d’entreprises créatrices d’emploi, mais nous nous interrogeons sur ce qu’il en est de la pérennité de cet emploi. Est-elle évaluée ?

Et nous souhaiterions qu’on ait l’audace d’étendre nos exigences d’innovation sociale à l’organisation même des entreprises, en cessant de faire de l’Economie Sociale et Solidaire le simple à-côté de nos politiques, alors que, au contraire, nous devrions exiger des nouvelles entreprises que nous finançons de s’inscrire pleinement dans ces approches coopératives démocratiques, de faible écart de salaires et de redistribution interne. Ainsi, nous pourrions, à l’échelle de la Capitale, innover et démontrer que des formes sociales…

Mme Danielle SIMONNET. – … de production de biens et de services, alternatives au capitalisme, peuvent être source de richesses, socialement utiles et écologiquement responsables.

Je vous remercie.