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"À Paris, place au peuple !"

Sortons du dogme archaïque de la croissance pour la croissance : partons des besoins

 

Mme Danielle SIMONNET.- Déjà, je remercie les interventions précédentes, parce que j’adhère à 100 % à ce qui a pu être dit. Depuis 2008, dans cette Assemblée, en fait depuis que je suis au Conseil de Paris, j’interviens contre ces financements à des entreprises privées sans aucun critère, sans aucune condition.

Pourtant, je trouve que certains collègues ont beaucoup évolué. Votre majorité a décidé de s’engager dans les “Territoires zéro chômeur”, et, dans la logique des “Territoires zéro chômeur”, on part d’une démarche où on part des besoins. Ce qui est étonnant, c’est que quand il s’agit de développer les entreprises, de contribuer à la création d’emplois, vous ne voulez pas partir de la même logique. Pourtant, cela devrait être la même : partir des besoins, des besoins sociaux qu’il y a dans notre Capitale ou dans nos territoires, des besoins et des urgences écologiques, et, en fonction de cela, conditionner les aides à des entreprises, à des nouvelles créations, dans ce qu’elles veulent présenter comme contribuant, concourant à la satisfaction de ces besoins. Voilà ce qui serait pertinent.

On doit quand même sortir de ce vieux dogme complètement archaïque, de ce dogme de la croissance pour la croissance. Quand on voit le rapport du G.I.E.C., le rapport sur la biodiversité, on sait bien qu’on doit sortir de cela. La logique, ce n’est pas la croissance pour la croissance. On doit donc réfléchir à créer de l’emploi, de l’activité économique pour répondre à des besoins. Bien.

Là, non. Comme il n’y a aucun critère, à la limite, cela pourrait être aider les start-up qui veulent faire du “fric”. Alors tant mieux si, dans le lot, il y en a qui font des choses intéressantes et pertinentes pour l’intérêt général – et, heureusement, il y en a. Mais on peut se retrouver avec des délibérations où la réussite des programmes proposés par Scientipôle Croissance Wilco peut se mesurer à l’aune des exemples de réussite d’entreprises qui ont été accompagnées, et 4 d’entre elles dans les 10 plus grosses levées de fonds réalisées en 2018. Excusez-moi, il y a des entreprises, des plateformes de l’ubérisation qui lèvent énormément de fonds et elles ne répondent absolument pas à l’intérêt général.

Alors je ne dis pas que c’est le cas des entreprises que vous financez. Je ne doute pas, Monsieur MISSIKA, que dans votre réponse aux trois interventions précédentes vous allez vous attacher à vanter et valoriser des projets forts pertinents. Mais alors, pourquoi ne pas conditionner à des critères ces entreprises – elles auraient eu accès à ces financements -, plutôt que de nous demander de voter aveuglément la distribution de l’argent public pour des entreprises qui peut-être contribueront à l’intérêt général, quand beaucoup d’autres n’y contribueront pas ? Et pour un coût final, à l’arrivée, bien plus élevé que si nous conditionnons. Je souhaite qu’on conditionne, et la vraie innovation sociale serait de conditionner également aux entreprises qui s’engagent à avoir un mode d’organisation relevant de l’économie sociale et solidaire, relevant de la coopérative. Voilà ce qui serait pertinent, voilà ce qui serait innovant.

Une fois de plus, aucune évaluation ne nous a jamais été présentée, jamais nous n’avons eu une réelle évaluation par un organisme extérieur, indépendant de la Ville de Paris et de ceux qui décident de l’utilisation de ces finances, pour savoir concrètement combien d’argent a été distribué, à combien d’entreprises, pour combien de créations d’emplois, avec quel impact, pour qu’on puisse évaluer à combien cela revient, en termes d’emploi, par le biais de ce dispositif. On est finalement dans le même débat que celui au niveau national, entre d’un côté la suppression des contrats aidés, qui maintenaient, hélas, dans la précarité là où il aurait fallu une aide pour pérenniser des emplois dans le mouvement associatif, et de l’autre le C.I.C.E. qui coûte un “pognon de dingue” pour très peu de créations d’emplois à l’arrivée.

Une évaluation, Monsieur Jean-Louis MISSIKA, et une évaluation par un organisme indépendant. Voilà ce qui est demandé de Conseil en Conseil depuis déjà tant d’années.