Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Solidarité avec les Migrants tunisiens

Mes chers collègues, une fois de plus, je voudrais saluer l’effort de notre municipalité et l’implication des associations dans la solidarité avec les migrants tunisiens.

Bien sûr, nous approuvons la prolongation pour un mois et demi supplémentaire du dispositif que nous avons adopté lors de notre séance du mois de mai dernier et la dotation globale de 500.000 €. Cet engagement de la Ville va permettre de continuer à héberger près de 310 jeunes migrants tunisiens grâce à l’implication d’association, comme “France Terre d’asile” et “Aurore” pour un mois et demi supplémentaire.

Nous allons pouvoir continuer à soutenir des maraudes humanitaires de nuit réalisées par l’association Emmäus. Nous allons pouvoir renforcer l’aide alimentaire délivrée par les associations “La Chorba” et “Une chorba pour tous”. Mais hélas, ces aides extrêmement conséquentes de la Ville ne suffisent cependant pas à assurer la protection de l’ensemble des migrants tunisiens en ce moment à Paris, et il est encore très difficile d’estimer le nombre de ceux qui continuent à errer.

Pourtant, si le Gouvernement engageait l’Etat à assumer ses responsabilités, il serait aisé et tout à fait assumable pour nos collectivités de venir en aide, tant pour l’hébergement que pour l’aide alimentaire à ces quelques centaines de migrants et de garantir un accueil digne.

Alors, on se souvient du spectacle d’indignation auquel s’était livrée l’opposition municipale à la précédente séance, mais je vois que leurs rangs sont clairement parsemés en cet après-midi.

Mais soyons clairs et assumons : si vous considérez comme illégal de venir en aide à des jeunes migrant de moins de 30 ans, dont certains sont mineurs, qui ont fui la misère, qui se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans nourriture et sans toit, à errer dans les rues et les parcs parisiens et bien nous, au niveau de la majorité municipale, nous l’assumons. Oui, nous voulons bien être accusés du délit de solidarité.

Mais entendez que l’attitude du Gouvernement relève, elle, d’une irresponsabilité qui met la collectivité dans une situation de non-assistance à personne en danger. Alors que tous les partis politiques de la majorité municipale, que de nombreux parlementaires, élus locaux, associations, collectifs, citoyens exigent la réouverture des centres d’hébergement fermés à la fin de l’hiver, zéro centime a été débloqué par l’Etat! Rien! Aucune proposition humanitaire, aucune proposition d’hébergement. Mais dans le même temps, combien coûte cette chasse aux migrants tunisiens organisée par les forces de police et les C.R.S. dans les rues de Paris et ailleurs ?

Il y a par ailleurs des limites à l’intolérable dans les violences policières. Sachez, mes chers collègues, que la semaine dernière, des mineurs tunisiens sans solution d’hébergement et qui dormaient dans un parc, ont été gazés dans leur sommeil au point qu’ils ont dû être transportés à l’hôpital. Toute la lumière devra être faite sur ces actes.

On mesure bien la sincérité des déclarations de soutien des membres du Gouvernement au mouvement démocratique contre des dictatures qu’ils soutenaient si bien quelques mois auparavant. Dès la première épreuve des faits, tout vole en éclat !

Alors, redisons-le : l’Europe peut sans difficulté accueillir ces quelques 25.000 Tunisiens originaires des régions sud-est de la Tunisie. Pour l’Europe, c’est dérisoire, mais pour le pays de provenance, cela constitue un déplacement massif de population. Les régions dont ces migrants proviennent sont sujettes à une forte instabilité. Elles sont sinistrées économiquement, en raison notamment de l’arrêt des principales activités rémunératrices et fragilisées par l’arrivée d’un nombre important de réfugiés de Libyens.

Le retour forcé dans le contexte actuel serait une menace sérieuse à la stabilité et la sûreté de régions entières, et un surcroît important de difficultés pour le processus fragile de démocratisation tunisien.

Oui, l’arrivée de ces milliers de Tunisiens en quelques semaines en Europe correspond aux conditions de la directive européenne 2001-55 du Conseil du 20 juillet 2001, relative à des normes minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées.

Comme le demande la pétition initiée par l’A.F.T.C.R. que je vous invite largement à signer, nous devons demander au Conseil européen d’activer sa directive pour permettre à ces migrants de vivre dignement en Europe, en attendant que la situation s’améliore en Tunisie.

Rappelons sans relâche que l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 28 mai s’applique à toutes les polices de l’Union européenne et leur fait interdiction de pouvoir arrêter des sans papiers au seul motif qu’ils sont sans papiers.

Je souhaiterais pour finir exprimer une profonde incompréhension partagée par nombre de militants et de militantes vis-à-vis de l’attitude du Gouvernement provisoire de Tunis. Alors que des jeunes migrants avaient trouvé refuge au rez-de-chaussée du foyer du 36 rue Botzaris, c’est sur réquisition de l’ambassade, car ce bâtiment dépend d’elle, que les C.R.S. ont procédé à l’évacuation par deux fois en huit jours et ensuite embarqué les jeunes migrants.

Il y a de quoi être étonné du motif invoqué par Tunis : récupérer ce bâtiment pour en faire une annexe de l’ambassade. Alors que l’ex-R.C.D., parti de BEN ALI aujourd’hui dissout, disposait d’un large patrimoine immobilier à Paris et ailleurs en France, l’ambassade de Tunisie aurait-elle donc un besoin urgent de récupérer ce bâtiment et de laisser ses ressortissants à la merci d’une expulsion hors du territoire français ?

Nous savons que ce bâtiment cachait des archives relatives aux agissements du R.C.D. en France, de sa police politique qui visait à surveiller les ressortissants tunisiens par le biais d’une myriade d’associations. Y avait-il aussi des documents compromettants d’autres autorités ? On peut se poser un certain nombre de questions. Toute cette histoire aura des suites.

Pour l’heure, mes chers collègues, nous avons de quoi être fiers de l’engagement financier de notre Ville qui s’est engagée fortement dans la solidarité avec les Tunisiens. Nous avons de quoi être bien plus fiers de cette collectivité que du Gouvernement qui poursuit cette chasse aux migrants.

Je vous invite donc à voter pour cette délibération.

Je vous remercie.