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"À Paris, place au peuple !"

Scandale du chlordécone : les lobbys responsables du scandale n’ont pas à être nos “partenaires” !

 

 

Mme Danielle SIMONNET.- Mes chers collègues, comme vous le savez, chaque année depuis 17 ans, la Ville de Paris organise le “Carnaval tropical de Paris”, avec plus de 3.000 danseuses et danseurs, musiciens venus de Paris, d’Ile-de-France, de métropole, d’outre-mer, de divers pays du monde. On y célèbre la richesse du patrimoine culturel des territoires d’outre-mer. Vous vous en doutez, j’y suis bien sûr favorable.

Il ne s’agit pas du tout de s’opposer au carnaval, mais de faire attention à ce qui se cache derrière cette magnifique fête. En l’occurrence, ce qui m’interroge, c’est le “greenwashing” carnavalesque du lobby productiviste des plantations de bananiers en Martinique et en Guadeloupe. Et là, il n’y a pas de quoi faire la fête. Ce lobby est responsable de l’un des plus gros scandales de la santé environnementale, le chlordécone. Aujourd’hui, l’Union des producteurs de Martinique et de Guadeloupe, l’U.G.P.B.A.N., axe sa communication sur la propreté de la banane antillaise. Ses dirigeants affirment avoir réduit de 75 % l’emploi d’insecticides et d’herbicides en une décennie. Mais le lobby est moins loquace lorsqu’il s’agit d’évoquer les conditions de travail des ouvriers agricoles. Et pour cause, les plantations antillaises sont un véritable nid de maladies professionnelles non reconnues, d’accidents du travail, d’arrêts maladie non payés et d’interminables conflits sociaux.

Malgré son interdiction définitive il y a 25 ans, ce puissant perturbateur endocrinien utilisé dans les bananeraies ne disparaîtra pas dans les sols de Guadeloupe et de Martinique avant plusieurs siècles. La quasi-totalité des Guadeloupéens et des Martiniquais sont contaminés, avec un taux de cancer de la prostate anormalement élevé. Record du monde en Martinique. Longtemps resté discret sur le sujet, Victorin LUREL, sénateur de la Guadeloupe, ancien directeur de la Chambre d’agriculture du département et ancien ministre des Outre-mer, dénonce un scandale d’Etat. “Les lobbys des planteurs entraient sans passeport à l’Elysée”, se souvient-il.

Aujourd’hui, l’empoisonnement est là. Nous sommes tous coupables d’une négligence dans cette affaire. La Ville de Paris devrait donc bien mieux choisir ses partenaires. Nos fêtes et nos carnavals ne doivent pas servir à déguiser les crimes des lobbys. C’est pour cette raison que je ne pourrai pas voter cette délibération.

Je vous remercie.