Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Un samedi à l’Elysée…

Un samedi à l’Elysée…

Ce samedi, j’étais avec Jean Luc Mélenchon et Eric Coquerel à l’Elysée. Nous étions reçus après Jean Christophe Cambadelis pour le PS et Nicolas Sarkozy pour LR.

En résumé, Hollande veut rester dans les traités actuels quand nous voulons rompre avec eux. Il ne semble en rien se réveiller et attend sa prochaine rencontre avec Merkel. Il y a fort à parier qu’une fois de plus la France ne portera aucun bras de fer et restera un gentil allié attendant les mesures de Berlin.

 

Je ne reviens pas ici sur l’analyse du vote britannique pour le Brexit, je vous invite à lire ma note sur mon blog Mediapart de vendredi dernier mais vous livre mes appréciations de l’entretien.

 

C’est la 4ème fois que  je participe à ces rencontres. Les précédentes furent au lendemain des terribles attentas du 13 novembre, au lendemain des assassinats à Charlie hebdo et le jour de ceux de l’hyper Casher et à l’occasion de la réforme territoriale en mai 2014 avec Gabriel Amard. Eric Coquerel avait participé également à celle au moment de la crise Grecque. 

 

A chaque fois, le même sentiment à la sortie. Mais à quoi cela a t-il servi ? A part donner à voir un Président à l’écoute des partis ? A l’écoute, mais qui n’entend rien, qui n’a pas l’intention de toute façon de prendre quoi que ce soit en compte et qui ne dit à peu près rien… Hollande ne nous avait dit mot en novembre dernier sur sa volonté de proposer deux jours après de constitutionnaliser l’état d’urgence et la déchéance de la nationalité lors de la dernière entrevue. Il avait assuré en juin soutenir la Grèce alors que dans les faits, il a bien participé avec Merkel, tout en feignant un rôle de “good-cop”, au coup d’état financier. Et pour la réforme territoriale, il a engagé un processus déconstituant au mépris de toutes nos critiques.

 

Ces entrevues ne sont que du registre de la communication. Le déroulé est bien ficelé. Les délégations de parti ne doivent pas se croiser. On attend dans une salle à part. Puis, on nous fait monter pendant que la délégation d’avant rend compte à la presse sur le perron. Pendant que Sarkozy annonce vouloir un nouveau traité aux médias (lui qui nous a imposé l’actuel traité, il ose tout !), nous arrivons donc dans le bureau de Hollande. Cette fois-ci, François Hollande est accompagné de Manuel Valls, de Jean-Marc Ayrault et d’Harlem Désir.

 

Finalement peu de chose à retenir de l’entretien. François Hollande présente les deux questions dictées selon lui par le Brexit : D’abord ce qu’on fait avec les britanniques puis “ce qu’on doit mettre sur la table sur ce que doit faire l’Union Européenne dans les prochaines années”.

 

Sur le premier point, le Président assure que selon lui il faut aller vite, respecter le vote des britanniques pour que cette fois-ci, il n’y ait pas de doute sur le respect de l’UE des décisions des peuples. Il en sait quelque chose, non sans cynisme, lui qui de fait a contribué au non respect du vote NON du peuple Français au Traité Constitutionnel Européen de 2005 après son prédécesseur Nicolas Sarkozy… N’avait-il pas promis de renégocier le traité “Merkozy” avant de s’aplatir devant Merkel et nous l’imposer sans changer la moindre virgule ?

 

Jean Luc Mélenchon a réaffirmé l’enjeu qu’il n’y ait pas de représailles à l’encontre des britanniques. Nous avons tous en tête que Rajoy a déjà déclaré vouloir revendiquer le rattachement de Gibraltar…Hollande s’est voulu rassurant sur ce point, mais comment croire une seule seconde que le rythme ne sera pas une fois de plus imposé par l’Allemagne ?

 

Concernant l’avenir de l’Union Européenne, Jean Luc Mélenchon l’a notamment interpellé sur l’état d’avancement du texte du futur traité, élaboré par les 5 présidents (de la Commission européenne, du sommet de la zone euro, de l’Eurogroupe, de la Banque centrale européenne et du Parlement européen), devant aboutir autour de 2017, alors même que cette année sera marquée par deux élections déterminantes en France et en Allemagne. François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont certifié qu’il n’y aurait aucune discussion à l’oeuvre entre les États sur ce projet de texte, qui se réduirait à un rapport sur le renforcement de la zone Euro… Hollande a exprimé que selon lui ce ne serait pas la bonne méthode de ratifier un nouveau traité avant ces échéances électorales majeures. S’il devait y avoir un nouveau texte, il faudrait qu’il puisse faire l’objet du débat des élections de 2017.

 

La position de Hollande n’est pas d’aboutir à un nouveau traité mais de travailler les contenus des politiques européennes sur différents points (sans en préciser les orientations…) comme les frontières, la protection et la sécurité de l’Europe, les politiques industrielles communes, les politiques en direction de la jeunesse. Reconnaissant qu’à 28 Etats les discussions sont trop difficiles, il plaide à nouveau pour des coopérations resserrées entre un noyau plus réduit. Bref, il nous sert a vieille rengaine du gouvernement resserré de la zone euro, rabâchée par les socio-démocrates depuis des lustres.

 

Quand nous lui rétorquons que l’urgence serait une harmonisation sociale et fiscale par le haut, l’interdiction des paradis fiscaux, le respect de la démocratie, mais que ces axes sont de fait interdits par le traité actuel de Lisbonne et relèvent de la lettre au père Noël, la réponse de Jean-Marc Ayrault fut saisissante : Tout en reconnaissant que si aujourd’hui devait s’écrire un nouveau traité “social” il serait pire que les précédents (sic!), le voilà qui nous vante que sur les travailleurs détachés le progrès social serait en marche en améliorant leur statut. Quelle mauvaise blague quand on sait qu’ils resteront liés à la sécurité sociale de leur pays d’origine, ce qui précisément permet une baisse énorme du “coût du travail” pour reprendre la terminologie libérale, et de poursuivre la mise en concurrence entre les travailleurs…

 

Puisque c’était l’exercice, sans aucune illusion, Jean-Luc Mélenchon a donc exprimé notre position : La France, 2ème puissance, peut et doit engager un rapport de force face aux institutions européennes pour exiger de ne plus appliquer les traités. Notre programme n’est pas applicable dans les traités actuels ! La leçon de la stratégie de Cameron, même si nous ne partageons pas les contenus, c’est qu’il est possible pour les pays qui pèsent économiquement et historiquement, de faire plier Bruxelles et Berlin. C’est le plan A. Pour qu’il fonctionne, il faut revendiquer un plan B : celui de la sortie unilatérale des traités, qui devra faire l’objet d’un référendum.

 

Bien sûr, ce n’est pas la voie choisie par Hollande, qui va attendre sa prochaine entrevue avec Madame Merkel pour savoir quoi faire et se rallier à son calendrier et ses injonctions, non sans quelques “agitations et bricolages” en blabla. Il a toujours agi ainsi. Cet homme n’a décidément aucune audace, aucune vision pour la France, à part de suivre l’ordolibéralisme allemand.

 

La question européenne sera bien une des questions centrales de 2017 : Faut-il continuer de se soumettre à cette Europe qui, alors qu’elle était censée protéger, inflige tant de souffrances ? Les incantations à “changer l’Europe de l’intérieur” sans jamais engager de bras de fer et encore moins envisager de quitter ces institutions pour reconstruire d’autres coopérations au service de la justice sociale, des impératifs écologiques et en s’appuyant sur la volonté des peuples est au mieux une illusion, au pire un mensonge qui doit cesser et auxquels les peuples ne croient plus.

 

Le sentiment à la sortie de l’Elysée est bien que ces dirigeants sont totalement à côté de la plaque. Aucun mot de compréhension de la colère des peuples qui, à chaque fois qu’on leur donne l’occasion de s’exprimer sur cette union européenne du dumping social, du libre échange et de la concurrence libre et non faussée, la rejettent. Comme ce fut le cas pour la France, les Pays Bas et l’Irlande avant la Grande Bretagne jeudi dernier.

 

Quoi d’étonnant ? Cette Europe se construit sans les peuples et contre les peuples, pille les états par des politiques d’austérité, impose des lois El Khomri de casse du travail, sème la misère pour satisfaire les intérêts de la finance, des lobbies antiécologiques et de l’Allemagne de Merkel et de sa classe dominante. Et l’étape déjà prévue est d’accélerer l’adhésion de cette Europe au Grand Marché Transtalantique pour le bonheur des multinationale américaines.

 

Ça  suffit. Comme le résume Jean-Luc Mélenchon, “l’Europe, on la change ou on la quitte”.

 

Plus que jamais, pour 2017, construisons la France insoumise !

Et on a bien repéré les lieux ! 🙂

#Repérages2017

4 Comments

  1. Pourquoi ne pas rencontrer directement Merkel plutôt que son porte serviette , puisque c’est elle qui dirige ?
    Sinon rien de nouveau, comme d’habitude Hollande fait preuve d’une duplicité sans limite en voulant soit disant respecter le vote britannique, ce qu’il n’a pas fait pour son propre peuple.
    #Tout le monde déteste le PS-LR-FN

  2. Merci mile fois pour ce rendu effectivement très clair. Je ne me faisais aucune illusion sur Hollande et sa bande de branquignols (et encore, je suis gentille) mais là, c’est très explicite.
    Vous avez bien fait de repérer les lieux !
    A propos, sarko n’a pas encore râlé contre le slogan “L’Europe on l’aime ou – ” :))

  3. Très bien sur le fond. Je rappelle la règle d’orthographe pour les majuscules.
    Les Britanniques (c’est un nom) mais la politique britannique (c’est un adjectif).

  4. Très bien parler moi qui n’y comprenais rien. Maintenant ça devient plus claire. Merci.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *