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"À Paris, place au peuple !"

“Des ronds, pas des points !” Des retraites au budget

“Des ronds, pas des points !” Des retraites au budget

Depuis le 5 décembre, c’est un mouvement profond contre la contre réforme des retraites qui s’organise, populaire et déterminé. Nous étions presque le double de manifestants que lors de la 1ère journée de mobilisation de novembre-décembre 1995 le 5 décembre, avec  1 million 5 dans la rue ! Et malgré toutes les tentatives des médias dominants, le soutien à la grève et mouvement dans son ensemble est massif dans l’opinion.

 

Sur le terrain, j’ai pu pu soutenir des grévistes de la RATP sur le site de Pleyel puis sur le site Lagny des dépôts de bus et assister à leurs assemblées générales, malgré le froid, autour du brasero ou sous la pluie dans les faces à faces avec la police. A la RATP la grève a été soutenue par plus de 80% des agents. A la SNCF et dans l’Éducation nationale sur Paris, on est très proche également de ces taux de grévistes. A Pleyel, les enseignants des établissements d’à côté et des étudiants de Paris 8 y participaient également. Les profs étaient venus avec une banderole : “On commence ensemble, on finit ensemble !”. La revendication est claire, le retrait de la contre réforme des retraites. Aucun travailleur et travailleuse n’a intérêt à la réforme par point (je ne remets pas tous les arguments que j’ai synthétisé ici). Chacune et chacun est bien conscient que le gouvernement va tenter de diviser et de forcer à des négociations avec telle ou telle branche, secteur et de diviser ou affaiblir l’opinion par les tentatives d’enfumage sur l’âge pivot ou encore la division générationnelle entre celles ceux né-e-s avant ou après 1975. Peine perdue ! Un des étudiants a déclaré qu’il n’avait pas connu le mouvement de 1995 et pour cause, il est né cette année là. Personnellement, en 1995, j’étais justement étudiante à P8 et je participais activement à la grève. Je venais à la fac en auto-stop du fait de la grève des transports pour participer aux actions de mobilisation de la grève dans la fac. Les voitures s’arrêtaient facilement. Et ça discutait d’emblée des retraites. Le 5, c’est en stop qu’on est retourné sur Paris. Très facilement; une voiture s’est arrétés et de quoi avons-nous parlé ? Des retraites ! Depuis, les gens marchent faute de métro ou peuvent bien s’entasser dans les quelques bus qui roulent encore, le refus de la réforme des retraites ne fait que se renforcer. Dans nombre d’arrondissements, des assemblées interprofessionnelles se tiennent et les dernières déclarations du 1er Ministre ne font que renforcer la détermination d’un mouvement prêt à durer pour gagner. Partout en France, même dans les petites villes, des échos similaires de fortes mobilisations interprofessionnelles remontent.

 

Pendant ce temps, alors que la macronie panique, que Paris connaît une mobilisation historique qui l’honore, la seule réaction de la maire Anne Hidalgo fut de se féliciter par tweet du nombre de vélo utilisés le 5 décembre, puis de partager une vidéo vantant l’ouverture des crèches municipales malgré la grève et le peu d’absentéisme… (sic!) Lors de la séance du Conseil de Paris, la majorité a été in-fichue d’atterrir sur un voeu de l’exécutif sur la mobilisation contre la réforme des retraites, la maire se refusant de prendre position contre la réforme à point. EELV étant également ambiguë sur le sujet, car pendant longtemps en faveur de la retraite par point, il ne restait plus que le PCF et Générations pour tenter de pousser en ce sens en coulisse. Mais essuyant un échec, ils ont préféré en séance s’abstenir sur mon voeu plutôt que d’assumer le désaccord avec la Maire et le groupe PS ! Le premier effet de leurs accords électoraux pour les municipales ? La bataille pour défendre notre retraite par répartition est pourtant la mère des batailles, celle de la préservation du modèle de notre sécurité sociale héritée du Conseil National de la Résistance !

 

 

Ce lundi, c’était donc le dernier Conseil de Paris de l’année, l’avant dernier de la mandature. Lors de cette séance, a été débattu et voté le budget, sujet hautement politique. je n’avais hélas que 3 minutes pour m’exprimer dessus. Je souhaite profiter de cette note pour vous en exposer mon analyse et ses enjeux.

 

Pour rappel, il est important de se souvenir que sous le mandat du président Sarkozy, Delanoë demandait le remboursement de la dette de l’Etat due à la Ville du fait du transfert de charge non compensée de moyens. Elle s’était élevée à 1,3 milliards, la dernière année du mandat présidentiel. Dès l’élection de Hollande, la majorité a cessé de réclamer cette dette. Hollande a amplifié très fortement la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités et à Paris. Alors que Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) était de 1,29 milliards en 2011, elle est maintenant de 47 millions. Elle a quasiment été divisée par 30 !

 

Dans le même temps, les dépenses de péréquation sont passées de 170 millions en 2011 à 613 millions en 2020 : elles ont été multipliées par 3,5 ! Il ne s’agit pas de refuser la solidarité entre les territoires, bien au contraire. mais au lieu de donner plus de dotations aux territoires qui en ont le plus besoin, la logique de cette péréquation vise à siphonner certains territoires, c’est une péréquation austéritaire.

 

Dès le début de son mandat, Macron a affirmé qu’il allait mettre fin ou réduire ces baisses de dotation, mais qu’en échange il allait mettre en place la contractualisation. L’objectif est d’amener les communes à s’engager d’elles mêmes à restreindre leurs dépenses de fonctionnement et à limiter leur recours à l’emprunt. Dans les faits, c’est de fait une mise sous tutelle de Bercy des collectivités, remettant en cause le principe même de la libre administration, de l’autonomie budgétaire communale.

 

Au lieu de s’opposer au principe même de la contractualisation et alors que Paris avait la ressource budgétaire pour s’y opposer, Paris a été avec Bordeaux une des premières villes à la signer. La capitale a capitulé, condamnant les autres collectivités à ne plus pouvoir réellement résister. Paris s’est même engagée avec zèle dans la contractualisation, tout en émettant des critiques pour la com’.  Elle s’est même vantée de faire “plus” que ce qui était exigé dans le contrat, contenant la hausse de ses dépenses de fonctionnement bien en deçà des 1,2% exigés et idem pour le remboursement des emprunts (bien en deçà des 12 ans attendus). Comprenez que la traduction de tout cela se solde en des coups de rabots dans les dépenses, des problématiques de sous effectifs, de recours au privé, de baisses de moyens dans nombre de domaines. A l’arrivée, des femmes et des enfants à la rue, de la souffrance au travail à la Ville de Paris, des braderies du patrimoine pour faire entrer de nouvelles recettes…

 

Et l’Etat ? Cette année il ne remplit pas sa part du contrat malgré tout cela ! La DGF continue de baisser (- 35% cette année, passant de 73 millions à 47 millions) et la péréquation continue d’augmenter (+ 1%, passant de 607 à 613 millions). Au point que si on cumule, depuis 2012, la dette de l’Etat s’élève maintenant à 9 milliards d’euros ! Une année budgétaire pleine !

 

La ville devrait donc en toute légitimité rompre ce contrat, non seulement parce qu’il étouffe notre ville, alors qu’il y a tant d’urgences auxquelles nous devrions répondre mais aussi parce que l’Etat ne remplit pas sa part du contrat. Paris se mettrait ainsi au service des résistances de toutes ces collectivités qui n’en peuvent plus pour qu’une toute autre politique soit engagée !

 

Maintenant, sur le contenu même de ce budget, il est d’abord marqué par une forte baisse des investissements et du recours à l’emprunt :

Les dépenses d’investissement devaient diminuer de 230,8 millions d’euros (passant de 1,7 milliards à 1,47 milliards). Finalement, pour préserver un accord ultérieur, l’exécutif à consenti une négociation avec le groupe écolo mais de seulement 15 millions d’investissement, qui sans aucun doute pourront sans problème être dépassé lors du budget supplémentaire de juin prochain, quelque soit la majorité. L’emprunt est de 508 millions, en baisse de 38%. 258 millions d’euros en recettes d’investissement proviennent de recettes foncières, liées à des cessions : à Paris on brade le patrimoine communale, on vend du foncier à tout va pour le bonheur de promoteurs privés.

 

Quelle situation déplorable. Tout cela par aveuglement libéral et obsession de la réduction de la dette. Mais il faut le redire sans cesse, il peut y avoir de bonnes dettes si elles contribuent à l’augmentation du patrimoine commun des parisiennes et des parisiens. Aujourd’hui l’exécutif appauvrit notre ville en réduisant le recours à l’emprunt tout en réduisant le patrimoine par de nombreuses cessions. Aussi, le non recours à la dette publique, pour de l’investissement dans bien plus de logements sociaux par exemple, provoque une aggravation des dettes privées, comme c’est le cas des dettes locatives ou des dettes contractés pour accéder à la propriété privée dans le contexte hyper spéculatif du marché immobilier.

 

Face à l’urgence écologique, l’urgence humanitaire (700 enfants dorment à la rue et combien de sans abris), l’urgence sociale (12.000 personnes quittent Paris chaque année faute d’avoir les moyens d’y vivre), rien côté investissement n’y répond réellement. L’argument invoqué est la fin du mandat, la réalisation du PIM (Programme d’investissement de mandature). Résultat, la majorité renonce une fois de plus à répondre à ces urgences.

 

Côté budget de fonctionnement, celui de l’Aide Sociale à l’enfance, baisse de 4 millions alors que 700 enfants sont à la rue, que 25% des SDF sont issus de l’ASE. Il y a un besoin énorme de financement sur ce secteur, à “Décidons.paris” nous travaillons notamment en lien avec Lyes Louffok qui est membre du Conseil national de la protection de l’enfance au travers du groupe thématique Protection de l’enfance. J’ai défendu des amendements  pour que les moyens globaux alloués à l’Aide sociale à l’enfance soient augmentés de 20 millions d’euros pour prendre en charge les besoins immenses, comme la systématisation des contrats majeurs pour que tous les jeunes soient pris en charge jusqu’à leurs 21 ans voire jusqu’à leurs 25 ans. En vain.

 

Contre les violences faites aux femmes, j’ai proposé de suivre l’exemple de la ville de Nantes, qui a ouvert le 25 novembre dernier, en assument de le financer (1,8 millions d’euros en investissement et autant en fonctionnement), un centre global d’accompagnement des femmes victimes de violence, ouvert 24h/24 et 7j/7 et j’ai déposé un amendement pour demander la mise en place d’un centre similaire. En vain.

 

J’ai soutenu un amendement pour demander que la ville passe à 100 agents de contrôle de la location des meublés touristiques : tous les candidats rivalisent de mesures dans les médias contre Airbnb (qui ne dépendent pas de la ville et pour lesquelles ils se gardent bien de dire que leurs parlementaires s’y opposent…) mais la base, côté compétence de la ville n’est pas là : il est urgent d’avoir des agents de contrôle en nombre suffisant pour que la législation soit appliquée ! En vain. 

 

J’ai déposé également un amendement pour augmenter les moyens de l’enseignement public, qui est sous-doté par rapport à l’enseignement privé alors même que tout le monde s’accorde à dire qu’il faut lutter contre les stratégies d’évitement scolaire. En vain.

 

Enfin, j’ai soutenu un amendement pour financer la capture, l’identification, la stérilisation, les soins, la mise à l’adoption ou remise sur sites des chats des rues, le suivi des chats libres et l’entretien des abris chats, et pour l’aménagement d’un local de type refuge et la création d’abris chats. La question de la cause animale en ville doit cesser de se limiter à une com’ et doit trouver des mises en oeuvres concrètes. En vain.

 

De la même manière que Bruxelles dicte la casse de notre système de retraites par répartition, elle impose les politiques d’austérité budgétaire aux Etats nations. Et de la même manière qu’un programme nationale prenant en compte la double urgence, climatique et sociale se doit d’ambitionner de rompre ce verrou austéritaire dicté par Bruxelles, un programme ambitieux parisien se doit d’assumer de rompre avec la contractualisation de Macron qui impose l’austérité ! 

One Comment

  1. Bonjour Danielle,

    Toutes tes propositions ou amendements étaient-ils chiffrés et compensés ?

    S’agissant du soutien accru à l’enseignement public, quel est-il ? Travaux plus rapides et plus réactifs en budget d’investissement ? Soutien accru en réussite éducative ?

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