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"À Paris, place au peuple !"

Projet Autolib’ au nom des élu-e-s du Parti de Gauche

Mes chers collègues, je n’interviendrai ici qu’au nom des élu-e-s du Parti de Gauche.

Nous avons certes voté les précédentes délibérations sur ce sujet, mais sans conviction et avec beaucoup de doutes.

Le sujet, à première vue, peut sembler séduisant, si tous les automobilistes abandonnaient leur voiture avec la garantie, en cas seulement de grande nécessité, de pouvoir accéder à un véhicule sans émission de gaz à effet de serre et, en même temps, pas cher.

Pour autant, si l’on analyse sérieusement le dossier, Autolib’ est certainement l’exemple même de la fausse bonne idée, c’est même sans doute un bon cas d’école de capitalisme vert.

D’abord, ce n’est pas parce qu’on réalise des voitures 100 % électriques qu’elles sont non polluantes. Tant que l’essentiel de notre énergie électrique sera produit par nos centrales nucléaires, ayons conscience du caractère très polluant et dangereux de l’énergie que nous consommons.

Mais la question sans doute la plus importante à se poser est la suivante : ceux qui possèdent actuellement une voiture vont-ils cesser de l’utiliser pour Autolib’ ? Rien n’est sûr.

L’usage le plus conséquent de la voiture dans Paris est celui lié aux déplacements domicile-travail. L’automobiliste ne pourra absolument pas être sûr d’avoir accès chaque matin à une voiture disponible, du fait du maillage existant limité. Il y a peu de chances que les Parisiens motorisés adoptent plutôt ce mode de transport.

Bien sûr, pour ceux qui n’ont pas de voiture, Autolib’ peut rendre des services et ce sont peut-être de grandes opportunités pour des personnes qui n’ont pas de voiture.

C’est peut-être là justement un problème, parce que ceux qui, aujourd’hui, n’ont pas de voiture, vont-ils privilégier demain l’utilisation de voitures électriques plutôt que les transports en commun ou les Vélib’ ?

C’est fort probable, car le service représente une solution de confort et un coût raisonnable.

Résultat, on ne va pas contribuer à réduire la place de la voiture dans la Ville et, culturellement, on va même faire le contraire.

Aujourd’hui, 50 % des Parisiens n’ont pas de voiture et vivent très bien sans. On va les inciter à prendre Autolib’, alors que l’on veut dans le même temps promouvoir les transports en commun ou le vélo. Ce n’est pas très cohérent, sans parler de l’augmentation du trafic routier dans une ville qui connaît déjà de sérieux problèmes d’embouteillage.

Autre bémol, l’utilisation de la voiture va s’effectuer seulement pour des allers simples, le “one way”. Or, on est en face d’un problème important, qui est celui du nombre de stations : 700 stations seulement sont prévues, alors que nous comptons par exemple 1.400 stations de Vélib’.

Le système Autolib’ promet 200.000 utilisateurs avec 80 communes adhérentes. Or, quand on constate que Vélib’, avec 20.000 vélos et plus d’une dizaine d’utilisations de chaque Vélib’ par jour atteint 160.000 utilisateurs, de quelle façon, mes chers collègues, pourrions-nous atteindre 200.000 utilisateurs pour 3.500 à 4.000 véhicules, à terme ?

Je vous demande de refaire le calcul à tête reposée parce que, ainsi, dit oralement, cela paraît un peu compliqué, mais, honnêtement, cela ne me semble absolument pas raisonnable.

Autolib’ va être confronté à un autre problème, celui des stationnements et de gestion d’approvisionnement des stations, des difficultés dans le rapatriement des Autolib’ qui vont provoquer des déplacements supplémentaires inutiles.

Pour que cela fonctionne, il faudra démultiplier les stationnements et assurer une logistique très lourde pour le réapprovisionnement des stations en véhicules.

Combien tout cela va-t-il coûter ?

Maintenant, Autolib’, est-ce un réel service public, puisque géré par le privé ? C’est un sujet qui, pour le coup, ne relève pas simplement de celui d’Autolib’, mais il est important, à chaque fois, de l’avoir.

La convention est signée avec la société Bolloré, certes à l’issue d’un marché, mais faut-il rappeler à l’ensemble des collègues de la majorité qui est BOLLORÉ ?

Il n’a rien d’un philanthrope, c’est l’une des 15 premières fortunes françaises, de la bande du Fouquet’s, ami des BETTENCOURT, il fait partie de l’oligarchie.

On fait croire à la population que l’on crée un service public, mais comme il est géré par une grosse entreprise privée, c’est bien une logique capitaliste que l’on soutient et que l’on finance.

Franchement, de ce point de vue, difficile de s’enthousiasmer.

Je ne sais pas s’il y aura des “Yachtlib’” prévus sur la Seine, je ne pense pas, mais, sérieusement, nous savons bien par ailleurs qu’il risque d’y avoir autant, si ce n’est plus, de dégradations sur les Autolib’ et les stations de rechargement que pour les Vélib’, sachant que pour les Vélib’, je vous le rappelle, Decaux s’était engagé au départ à prendre en charge toute la maintenance et il a fini par adresser la facture à la Ville, alors on est en droit de s’inquiéter de la même chose pour Autolib’.

Au final, mes chers collègues, on va se retrouver dans les mêmes logiques de faux service public, avec une socialisation des pertes et une privatisation des profits. A Bolloré les bénéfices et aux contribuables la facture !

Au vu du coût de l’opération, ne pourrions-nous pas mieux utiliser cet argent public ? On pourrait inciter au développement des transports en commun, des dispositifs de voitures en autopartage en privilégiant à chaque fois l’économie sociale et solidaire, mais surtout, nous devons repenser de manière plus globale nos déplacements dans une logique de réaménagement du territoire, car l’objectif, pour nous, doit être de réduire les distances domicile – travail ; c’est là le vrai enjeu de la planification écologique liée aux questions de transports quotidiens.

Alors, avec cette fausse bonne idée d’Autolib’, on tombe dans un effet de mode et, en fait, on atterrit à un bel exemple de capitalisme vert.

C’est pourquoi, vous l’aurez compris, Alexis CORBIÈRE et moi-même, nous voterons contre cette délibération.

Je vous en remercie.

Alexis Corbière et Danielle Simonnet, Conseillers de Paris du Parti de Gauche, ont voté contre la délibération avec les élu-e-s du groupe E.E.L.V.