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"À Paris, place au peuple !"

Privatisation et naming du stade Jean Bouin : stoppons les commissaires priseurs

 

 

Mme Danielle SIMONNET.- Mes chers collègues, nous sommes toujours dans la salle des enchères. Dans cette grande salle des enchères, la braderie des communs continue. Nous avons un stade Jean-Bouin, Messieurs, Dames. Qui dit mieux ? Oui, nous avons fait des travaux sur le stade Jean-Bouin, peut-être un peu exagérés. Nous avons mis beaucoup d’argent pour augmenter ses capacités. On s’est planté, le public n’est pas au rendez-vous. Et donc, c’est le gouffre financier, mais ce n’est pas grave. Dans notre salle des enchères, nous vous proposons une étape n° 2. C’était, certes, déjà géré en régie. Mais on ne va pas se raconter de sornettes, c’était géré en régie, mais il y avait déjà des marchés publics qui permettaient de seconder l’action des personnels municipaux, avec beaucoup de prestations de maintenance multi-techniques, de coordination, de nettoyage, de sécurité incendie. C’est-à-dire qu’il y avait déjà tout de même pas mal d’externalisations. Ce n’était pas 100 % de la régie publique.

Puisque, dans cette salle des enchères, les petites grenouilles que vous êtes, vous avez été habitués au fait que la température monte avec ces petites externalisations, vous n’allez pas avoir beaucoup à redire que l’on vous propose une C.O.D.P. Une C.O.D.P., ce n’est pas une privatisation. Arrêtez avec ces grands mots violents. Bien sûr que non, nous ne privatisons pas, on fait simplement une convention d’occupation du domaine public. Ce n’est pas le grand capital, une grande multinationale qui va le prendre, donc vous allez accepter ce niveau de température qui monte, puisqu’en toute cohérence, par rapport à l’objet du lieu, c’est donc le Stade français qui va reprendre cette C.O.D.P. S.F.P. Gestion, la société anonyme sportive S.F.P. Gestion. Vous allez donc forcément accepter cela sans broncher.

Certes, au passage, la Ville va faire les travaux et n’aura pas forcément la main pour diversifier les publics, avoir une projection sur les usages et sur l’évolution en termes d’activités sportives et d’événements sur ce lieu qu’elle a financé. Mais ce n’est pas grave, on continue. Attention, on vous propose une étape ultime : le “naming”. Oui, bon, OK, Jean-Bouin. D’accord, c’est un héros du sport, de la nation, comme l’ont dit d’autres collègues, qui sont vraiment dans l’archaïsme. Oh, lala, il faudrait se souvenir de tous ces grands noms. Mais, non, écoutez, franchement. Stade Jean-Bouin : je trouve que l’idée qui a été proposée d’avoir un “naming” Total, Lafarge… Il y a beaucoup d’idées. Uber, ce n’est pas mal. Est-ce qu’il n’y a pas, dans le “free floating” des trottinettes, quelque chose qui serait intéressant ? J’avoue que ma préférence va pour Lafarge. Tant qu’à faire, Lafarge coche toutes les cases. C’est un gros pollueur, un gros exploiteur qui méprise le droit du travail. En plus, il a contribué à financer Daesh. Donc je pense que Lafarge serait retenu.

Ce “naming”, comme précisé, va en plus nous permettre de jouer sur deux phrases magnifiques, puisqu’il faut absolument que le nom de Jean Bouin soit lisible, mais en même temps, à la ligne d’après, il est écrit que l’occupant pourra utiliser une dénomination simplifiée à l’intérieur et à l’extérieur du stade. Et hop, une opération de magie et les termes “Jean-Bouin” disparaîtront.

Dans cette grande braderie, je souhaite bon courage à l’ensemble des commissaires-priseurs qui assumeront cette étape supplémentaire de la privatisation complète de nos équipements publics. Vous l’aurez compris, pour ma part, je voterai contre.