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"À Paris, place au peuple !"

Sur la privatisation des biens communs

Mme Danielle SIMONNET.- Tout comme M. CONTASSOT, je voterai contre cette délibération. Je pense qu’il faudrait peut-être qu’on arrive à trouver une nouvelle nomination de ces dispositifs ; plutôt que de mettre “Réinventer Paris”, “Réinventer la Métropole”, “Réinventer la Seine”, on pourrait dire “Réinventer la spatialisation du capitalisme”. Ce serait honnête, et ce serait la réalité. “Réinventer l’attractivité néolibérale, touristique, commerciale, de bureaux”, ce serait plus pertinent.

A travers ces délibérations, on voit bien toute la logique en matière urbaine, en matière de conception de la ville. Alors qu’auparavant on pouvait considérer que le rôle des élus était d’être des aménageurs de la ville, les élus sont devenus, avec M. Jean-Louis MISSIKA et cette majorité municipale, des placiers d’intérêts privés, des placiers de spéculateurs et promoteurs qui font main basse sur la ville.

Sur la porte de Saint-Ouen, qu’est-ce qu’on pense qui est utile et qui correspond aux intérêts de la population ? Est-ce de faire 7.000 mètres carrés de bureaux alors que nous sommes une ville excédentaire en bureaux et en emplois ? On sait que le déséquilibre entre emplois et habitations est, pour une grande part, responsable du fait qu’il y a un million de déplacements qui rentrent dans la ville par jour pour aller travailler, avec tout ce que cela induit d’aberrations écologiques.

Donc, 7.000 mètres carrés de bureaux, 3.700 mètres carrés pour un hôtel, 3.000 mètres carrés pour une auberge de jeunesse, dont on ne sait par ailleurs plus en détail le statut, parce que, dans les auberges de jeunesse, il y a celles qui sont en structure économie sociale et solidaire associative, et celles, qui pullulent, qui sont en fait du low cost de logement pour touristes. On se retrouve donc avec une attractivité touristique renforcée, alors que le tourisme de masse est ce qui est en train de tuer notre ville, et qui est aussi une aberration écologique.

Ensuite, 1.000 mètres carrés pour une résidence de co-living. J’adore quand on met des mots anglais parce que, généralement à chaque fois, c’est comme l’innovation, c’est qu’il y a un loup. Ce sont des résidences de colocations de courte durée. On aurait pu envisager autre chose. On est une ville étudiante, on aurait pu se dire qu’il y a un besoin de développer du logement étudiant, donc, on préempte et on transforme en logements étudiants. Il y a besoin de logement social dans notre ville, donc on préempte, on fait du logement social.

On n’arrête pas de me reprocher de faire des vœux pour défendre l’accès des associations à des locaux, mais on sait qu’on manque de locaux associatifs. Eh bien non ! on fait 450 mètres carrés de commerces, quand on pourrait faire des locaux associatifs. Il y a néanmoins un fablab, des minibus pour le fablab, et un pôle de mobilité. Je ne sais pas exactement ce que cela recouvre. Cela pourrait être des projets forts intéressants, mais en aucun cas, ils ne sont tributaires de tous ces autres aspects du projet qui, à mon avis, ne vont pas dans le bon sens.

On choisit un projet porté par B.N.P. Paribas Immobilier, allez-y, faites-vous plaisir sur la ville. Evidemment, le lieu était à repenser, c’était une station-service Total, des parkings, et la station pouvait nécessiter d’être refaite. Mais franchement, au lieu de penser nous-mêmes la Ville, on permet aux intérêts privés de faire main basse sur une concession de la Ville qui, selon moi, ne répond pas du tout à l’intérêt général.

Vous pouvez saluer, de manifestation en manifestation et de marche pour le climat, les slogans qui disent “changeons le système, pas le climat”. Mais, vous, à chaque fois, qu’est-ce que vous faites ? Vous accompagnez le système et, résultat, vous portez une responsabilité sur les conséquences de ce système. Je voterai contre cette délibération.