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"À Paris, place au peuple !"

Priorité au logement et à l’hébergement, et non à des “abris” temporaires

 

Mme Danielle SIMONNET.- Je suis très mal à l’aise avec cette délibération et je vais vous expliquer pourquoi. Cela vient du budget participatif, de demandes d’habitants ; je pense que l’intention est tout à fait louable mais je ne crois pas partager le résultat, qui me met vraiment mal à l’aise. L’intention, ce sont des abris pour les personnes sans abri, accessibles sur orientation avec un accompagnement social déployé par des associations.

En fait, on se retrouve avec un projet qui me semble contraire à la logique du logement d’abord, car on va encore investir dans des logements temporaires ; on est censé passer à autre chose. La notion d’abri va à l’encontre de la logique d’hébergement qui devrait s’imposer dans le secteur. On met encore des gens dans du bâti temporaire, qui plus est amovible, etc., pour ne pas le faire alors qu’on a je ne sais combien de bâtiments vides dans la Capitale. On a d’ailleurs voté plusieurs fois des vœux pour demander que la Ville recense les bâtiments vides, que ces bâtiments publics relèvent de la Ville, relèvent de l’Etat, relèvent de bailleurs ou de propriétaires privés. On a eu plusieurs fois le débat ici sur l’application de la loi de réquisition et, j’ajouterai, sur l’application de notre droit d’expropriation, que celui-ci permet, à travers la loi de réquisition, au moins de faire de l’hébergement temporaire, car la loi de réquisition, c’est néanmoins du temporaire, sur plusieurs années tout de même. Là, on n’est pas sur du bâti mais vraiment sur de l’amovible.

En plus, cela ne précise pas véritablement la notion de continuité dans l’hébergement. Les personnes vont accéder à un cocon, mais pour combien de temps ? Combien de temps elles vont rester dans ce cocon ? Quelle va être la réorientation à l’issue de l’expérimentation ? Je le sais, tout cela concerne peu de personnes, mais dans quoi on s’engage ? Je pense que ce n’est pas conforme à l’exigence sociale de dignité qui doit être la nôtre dans les politiques que nous menons dans l’accompagnement.

Je pense que vous partagez certainement avec moi cette gêne vis-à-vis de cette délibération et je pense que, là, on touche quelque part à une certaine contradiction dans la façon dont on doit gérer la démarche du budget participatif, parce que je suis persuadée, encore une fois, que les intentions des citoyens qui ont proposé ce projet sont très bonnes, très louables, mais il me semble que cela ne peut pas correspondre à nos exigences en termes de dignité dans l’hébergement, d’accompagnement social. Et ce n’est pas aux sans-abri, du coup, de payer les errances qui sont les nôtres dans notre incapacité. Quand je dis “nous”, c’est l’Etat en premier, dans le fait de garantir ce qui est quand même la loi et l’obligation, l’obligation du droit à l’hébergement inconditionnel pour toutes et tous. L’Etat est hors la loi et notre Département, de fait, aussi. Je suis donc très gênée avec ce projet qui, finalement, ne me semble pas du tout innovant.

Au final, attention à ce que ce genre de démarche ne nous amène pas à inventer une espèce de “free floating” d’hébergement d’urgence amovible. Voilà, je suis très gênée.

Je vous remercie.