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"À Paris, place au peuple !"

Au sujet de l’aide de la Ville de Paris aux migrants tunisiens

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, le groupe communiste et des élus du parti de gauche se félicitent de cette délibération. La Ville s’engage concrètement dans l’aide et l’accueil des migrants tunisiens et multiplie par trois l’aide prévue initialement : c’est extrêmement conséquent.

Ces aides nécessiteront par ailleurs certainement d’être évaluées à la hausse avec un suivi permanent de la situation, et nous saluons également que l’amendement que nous avons cosigné avec le groupe E.E.L.V.A. ait été pris en compte.

Notre objectif municipal doit être de mobiliser tous les moyens dont nous pouvons disposer, y compris en mobilisant les collectivités voisines et régionales, afin de garantir que pas un jeune tunisien ne puisse être laissé à la rue. Oui, nous devons les prendre sous notre protection.

Mais cette délibération doit être l’occasion également de poursuivre le débat que nous avons eu tout à l’heure dans notre assemblée à l’occasion des questions d’actualité.

Pour commencer, l’attitude du Gouvernement SARKOZY et de son Ministre, Claude GUÉANT, est inacceptable. Depuis plus d’un mois, ces dirigeants déshonorent la République par l’organisation de véritables rafles, qui continuent aujourd’hui encore à Paris, en Seine-Saint-Denis ou encore à Marseille. Quelle honte ! On salue la révolution tunisienne, d’un côté, et voilà l’accueil que réserve la France, terre d’accueil et d’asile, de liberté et de fraternité.

La Tunisie, elle, est capable d’accueillir des centaines de milliers de réfugiés libyens et nous ne serions pas capables, en Europe, entre les 27 Etats-membres, d’accueillir 20.000 migrants et, à Paris, quelques centaines !

Mais soyons conscients que ces opérations n’ont qu’un but : attiser les haines, le racisme, la peur de l’autre, pour détourner l’attention des classes populaires de la politique d’austérité que notre oligarchie inflige au peuple en lui faisant payer la crise pour préserver les privilèges des nantis.

Oui, tout ceci n’est qu’une nauséabonde bataille culturelle idéologique, pour déconstruire dans les consciences les principes structurants républicains. Mais à quel prix ? Combien d’hommes et de femmes allons-nous laisser mourir dans la mer Méditerranée avant de rompre avec les politiques d’Europe forteresse, de contrôle migratoire et de dérive liberticide sécuritaire et raciste.

Combien de vies brisées par nos labyrinthes administratifs et juridiques et nos enfermements liberticides ?

Mais rappelons le cadre légal actuel qui, par ailleurs, est loin de nous satisfaire.

La directive du Conseil européen de 2001, relative aux normes minimales pour l’octroi d’une protection temporaire, doit s’appliquer. Elle a été créée suite aux vagues d’immigration des populations d’Europe de l’Est en 1996. Elle vise à éviter le dysfonctionnement grave en cas d’afflux massifs de population – ce qui, par ailleurs, n’est pas le cas -, tout en assurant une protection immédiate aux personnes concernées. Cette directive permet aux immigrés qui ne peuvent pas prétendre au statut de réfugié défini par la Convention de Genève, d’obtenir un permis de séjour de un an. C’est aujourd’hui la première revendication des migrants tunisiens de Lampedusa. Nous devons les soutenir.

Aussi, depuis le 28 avril, il est illégal, mes chers collègues, illégal d’enfermer une personne au nom du fait qu’elle serait entrée illégalement sur le territoire. La Cour de justice européenne, saisie par un tribunal italien, a, en effet, jugé illégal l’emprisonnement d’un sans-papiers au seul motif d’un séjour irrégulier. Mais voilà, les mêmes qui veulent constitutionnaliser, dans le pacte “Euro Plus”, les politiques d’austérité infligées aux peuples, méprisant totalement ainsi la souveraineté populaire et la souveraineté des parlements nationaux dans la libre définition de leur politique budgétaire, se refusent à appliquer des décisions européennes sur la question des migrations. Ils veulent remettre en cause la liberté de circulation à l’intérieur de l’Europe et casser les accords de Schengen.

Alors, eux aussi, les accords de Schengen, ils sont loin de nous satisfaire parce que n’oublions pas qu’ils sont liés aux dispositions de l’Agence Frontex, véritable armée des mers contre l’immigration. Mais, au moins, ils sont déjà un cadre de liberté de circulation à l’intérieur de l’Europe.

D’autre part, je tiens ici, au nom du groupe Communiste et des élu-e-s du Parti de Gauche, à dénoncer fermement ce refus de la Préfecture de Paris de rouvrir les centres d’hébergement d’urgence qu’elle a elle-même fermés. Quel scandale !

Quel scandale ! Il est urgent de rouvrir les centres d’hébergement et de fermer, au contraire, les centres de rétention. L’urgence politique et humanitaire nous l’ordonne.

Pour autant, si nous saluons l’engagement concret, en cours, réalisé par la Ville, nous nous devons également d’exprimer notre profonde tristesse et désaccord quant à la demande d’évacuation par la Ville du 51, avenue Simon Bolivar, comme celle du square de la Villette.

Alors, oui, il y a des raisons qui ont été évoquées, notamment les questions de sécurité : un bâtiment n’était pas aux normes d’incendie et un feu avait été réalisé dans un square. Mais, mes chers collègues, pourquoi la Ville n’a-t-elle pas, à ces étapes-là, pris la responsabilité de réquisitionner un gymnase pour les mettre sous notre protection ? Pouvions-nous ignorer que l’évacuation se ferait dans la violence et déboucherait sur les arrestations et des placements en centres de rétention ? Moi, j’étais présente dans la chaîne humaine lors de l’évacuation. Il n’y a eu aucune sommation et l’objectif était clairement revendiqué par la Préfecture : arrêter tous les occupants.

Donc, oui, mes chers collègues, notre Ville, involontairement – je dis bien “involontairement” – s’en est fait la complice.

Et l’Exécutif doit prendre l’engagement clair de ne plus procéder à ces évacuations.

Maintenant, la Ville est en train de déployer des moyens sans précédents et l’association Aurore se retrouve à faire preuve d’une grande réactivité, que nous devons saluer. Les centres d’hébergement accueillent dorénavant quasi toute la journée les réfugiés migrants et c’est important. De nouvelles personnes ont été embauchées pour répondre à cette amplitude horaire. De nouvelles places d’hébergement doivent encore être trouvées, ainsi qu’un lieu de réunion.

Donc, le groupe Communiste et des élus du Parti de gauche salue ces engagements concrets de la Ville, extrêmement conséquents face au zéro centime d’euros engagé par l’Etat et nous resterons attentifs à l’évolution de la situation.

Nous tenons à réaffirmer tout notre soutien aux migrants tunisiens et nous nous félicitons de la solidarité citoyenne concrète à Paris qui s’organise.

Je vous remercie.