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"À Paris, place au peuple !"

Maison des réfugiés : créons des hébergements stables, personne ne doit être à la rue

 

Mme Danielle SIMONNET.- Mes chers collègues, oui, c’est un beau projet, cette Maison des réfugiés, mais il y a quand même des questions qu’on doit se poser.

D’abord, on est sur un projet qui va permettre d’être un lieu ressource pour les associations, les travailleurs sociaux, les citoyens et, je l’espère aussi, pour les exilés eux-mêmes dans l’échange des pratiques. Mais, pour l’instant, je ne vois pas toujours… Je vois la place de celles et ceux qui sont impliqués, mais je ne vois pas la place des exilés dans le projet. Quelle est la participation des exilés à ce projet ? Dans le cadre de la charte, dans le cadre du mode de fonctionnement, est-ce qu’ils sont vraiment partie prenante démocratique de l’ensemble de la vie de cette future Maison des réfugiés ? Cela me semble en tout cas quelque chose de déterminant et qui mériterait d’être beaucoup plus explicité dans la rédaction et dans le projet à venir du centre.

Surtout, même si, dans un premier temps, il va être sur un site temporaire, que va-t-il se passer au lycée Jean-Quarré ? Au lycée Jean-Quarré, aujourd’hui, dans le cadre de la gestion intercalaire par Emmaüs, vous avez des hommes qui dorment ; c’est un centre d’hébergement, Jean-Quarré. C’était de toute façon prévu dès le début comme un centre intercalaire. Il y a des engagements qui sont pris sur le fait qu’il n’y ait pas d’expulsions et qu’il y aura bien des propositions d’hébergement à la fin lors de la fermeture planifiée du centre pour que commencent les travaux. Fort heureusement, malgré le changement de statut de certains résidents Emmaüs, il a tenu à ne pas appliquer les fins de prise en charge et les résidents sont toujours là, même ceux qui avaient reçu des courriers, il y a déjà plusieurs mois, comme quoi leur hébergement dans ce centre devait s’arrêter net. Il y a tout de même une inquiétude parmi les résidents de Jean-Quarré, une inquiétude très forte et j’aimerais avoir des réponses très claires. En effet, il n’est pas envisageable d’expulser des résidents, des exilés, des immigrés, quel que soit leur statut administratif, de Jean-Quarré parce qu’on fait une Maison des réfugiés. Vous comprenez ? Le symbole, c’est juste impossible.

La réponse n’est pas si évidente. A Paris, il y a environ 1.300 places d’hébergement qui sont sur un foncier intercalaire et qui arrivent à leur terme. Tant qu’on est en train de dire… Je comprends à juste titre dans le rapport de force avec l’Etat qui est de dire que c’est à l’Etat de financer l’hébergement… En tout cas pour ce qui concerne des adultes. Si, déjà, on s’occupait, nous, Ville de Paris, Département, de l’hébergement et de la mise à l’abri dans un hébergement bien encadré pour l’ensemble des jeunes mineurs isolés, des jeunes majeurs et des familles, ce serait bien, mais vous savez aussi que ce n’est pas le cas. Ainsi, que va-t-il se passer pour ces 1.300 places ? Si l’Etat continue à planter, on fait quoi ? Les gens de Jean-Quarré, on les met à la rue ? J’espère que non et j’espère que tous les élus seront là pour dire que ce sera hors de question, la Maison des réfugiés sera reportée tant que tous les résidents ne seront pas hébergés.

Je suis donc très inquiète parce que Paris, aujourd’hui, n’est pas une ville refuge, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas une ville refuge quand on y dort et qu’on y meurt à la rue. Ce n’est pas une ville refuge quand vous vous baladez porte de la Chapelle, ce n’est pas vrai ; vous voyez la situation. Quand je dis cela, je ne dis pas que ce n’est que la faute de la Ville de Paris, car c’est d’abord et avant tout la responsabilité de l’Etat. Mais, à un moment donné, quand il y a une urgence humanitaire et qu’on a un Etat qui déshonore la République par cette absence de prise de responsabilités sur cette urgence humanitaire… Et MACRON n’a aucune leçon à donner à qui que ce soit là-dessus quand on voit la situation en France ! Nous, Ville de Paris, quand il y a une urgence humanitaire, faisons en sorte que les gens ne restent pas à la rue. Allons au-delà de nos responsabilités, et pas simplement avec une Maison des réfugiés qui sera en journée sans hébergement, avec un accueil humanitaire qui ne sera que de jour et pas de nuit.

Pour Notre-Dame, j’ai entendu la Maire de Paris dire : “Ce n’est pas la compétence de la Ville, mais on va au-delà et on va mettre 40 millions sur la table.” 50 millions, pardon. Eh bien, je suis désolée, la priorité, ce sont les êtres humains, ce sont les vies humaines. Je ne dis pas que la Ville ne fait pas, mais une seule personne à la rue, ce n’est pas acceptable et j’aimerais qu’on inverse le rapport. Vous comprenez ?

Pour terminer mon intervention…

 

Mme Danielle SIMONNET.- …il y a beaucoup d’associations, de collectifs, de travailleurs sociaux, d’investissements qui montrent qu’on a humainement les capacités d’être une vraie ville refuge. Maintenant, il faut que les politiques suivent.