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"À Paris, place au peuple !"

Le plan Climat de la Ville de Paris

Alors que nous débattons du plan climat, le sommet climat de Doha se solde par un nouvel échec. Notre système capitaliste et productiviste a bien l’intention de poursuivre sa course folle vers toujours plus d’exploitation des matières premières et des hommes au mépris des catastrophes écologiques qu’il engendre. L’urgence est bien d’engager une réelle bifurcation. La survie même de notre humanité dans l’écosystème est en jeu. Nos ressources naturelles sont limitées, nous devons repenser nos modes de développement dans leur globalité et engager une planification écologique.

C’est bien dans ce contexte globale que nous devons redoubler d’ambition concernant notre plan climat afin de contribuer au niveau de la capitale et de son intervention plus large dans la région Ile de France à répondre à l’urgence écologique.

Mais je voudrais avant de commencer ouvrir une parenthèse qui n’engage qu’Alexis Corbière et moi-même: il y a de l’incohérence à développer nombre écologiques et dans le même soutenir des grands projets anti-écologique. Il en va ainsi nationalement du projet de l’aéroport Notre Dame des landes. Il en va aussi à Paris du projet de la Tour triangle. Je tiens ici, comme je l’ai fait samedi lors du rassemblement à la Porte de Versailles et comme je l’avais exprimé en mars 2011, à rappeler que ce projet de Tour dédié à des bureaux est une aberration écologique, une aberration économique et sociale. Il doit être abandonné en faveur d’un projet moins pharaonique en taille, respectueux de nos engagements sur le plan climat et répondant aux besoins des parisien-ne-s d’autant plus important dans cet arrondissement : du logement social !

Nous voyons de fait la limite de nos travaux. Ce plan climat n’a pas de valeur opposable, c’est-à-dire contraignant pour les promoteurs privés amenés à intervenir sur le territoire parisien. Aussi, avant d’aborder les mesures concrètes de ce plan climat qui sont à valoriser, je tiens à souligner qu’un plan Climat se doit de repenser l’aménagement du territoire, et sur le territoire adéquat. L’échelle pertinente à prendre en compte doit être celle de la région Ile de France. Comme nous le disions dans le débat organisé de cet automne sur la pollution, la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre nécessite de contribuer à réduire nos distances domicile travail.

Force est de constater qu’avec le Grand Paris, derrière l’amélioration de certains transports franciliens, se mettent en place plus discrètement des délocalisations d’emploi sur des pôles de concentration éloignés de l’habitat, ainsi qu’une consommation de terres agricoles précieuses à conserver. Cessons de concentrer l’emploi dans la zone ouest de Paris avec la Défense quand nombre de travailleurs sont contraints de résider dans le 93 ou le 77 du fait des prix des loyers à Paris. Ces délocalisations d’emploi feront perdre tout le bénéfice de certaines améliorations des transports. Tout cela, pour le profit de quelques uns et au détriment  du plus grand nombre, aggravera encore le déséquilibre à l’intérieur de l’Ile de France et entre l’Ile de France et les autres régions au détriment de l’emploi local.

Au contraire, à l’image des éco quartier, nous sommes très fiers de celui de Fréquel Fontarabie dans le 20e, où non seulement le bâti répond à des règles environnementales exigeantes, à des recherches de productions énergétiques renouvelables par le photovoltaïque ou mieux la géothermie, mais où la mixité entre emploi, logements, commerces, équipements publics et espaces verts est aussi recherchée, nous devons peser sur les projets franciliens en faveur de cette même mixité d’activités. Cela nécessite de rompre avec la recherche de concentration et de spécificité de zone, de rompre avec la recherche d’attractivité du territoire qui vise à leur mise en concurrence. Relocalisons au contraire de l’emploi dans le 93 et le 77. Et battons-nous pour mettre du logement social dans les ghettos de riches comme à Neuilly mais aussi dans les arrondissements de l’ouest et du centre de la capitale.

Les questions écologique et sociale sont toutes les deux étroitement liées. Nous savons que les dépenses énergétiques pèsent d’autant plus fortement sur les foyers aux revenus les plus bas. Les conséquences de la hausse du gaz vont être terrible cet hiver pour nombre de travailleurs, qui résident également dans des bâtiments fort peu isolés. La précarité énergétique est une dure réalité. Notre groupe salue l’objectif du Plan climat d’appliquer la règle pour les projets neufs à savoir, que les 6000 logements sociaux créés par an ne consomment pas plus de 50kwh/m2/an. Dans le parc social existant, le plan climat se fixe l’objectif de réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020 et de rénover 4500 logements par an sur la période 2008-2020. Nous devons aller plus loin.

Et de fait, nous voyons bien comment notre débat d’hier contre l’austérité ne peut que se réinviter dans ce débat. Avoir plus d’ambition dans la réhabilitation des logements sociaux pour réduire les factures énergétiques des ménages et réduire globalement nos consommations nécessite d’y mettre les moyens appropriés. Et donc d’assumer d’avoir recours à l’emprunt, exiger des dotations de l’Etat à la hauteur !

Concernant la création de nouveaux équipements, nous tenons à saluer tous les projets innovants qui visent à la réalisation d’équipements passifs, c’est-à-dire des bâtiment qui produisent au moins autant d’énergie qu’ils en consomment. Comme l’école rue Binet du 18ème ou la crèche de la rue de la Croix Nivert du 15ème. Puisque ces objectifs sont réalisables, ayons l’audace de les généraliser au maximum !

Concernant la réhabilitation des équipements d’ores et déjà existants, nous sommes plus critiques. Notamment concernant la rénovation des écoles. Les écoles élémentaires et maternelles parisiennes représentent 20% du parc des équipements publics à Paris. Nous affichons un objectif de réhabilitation de 600 écoles pour 2017. Comme vous vous en souvenez, notre groupe s’était opposé en novembre 2011 à la  signature d’un partenariat public/privé pour une durée de 20 ans entre la société Nov Ecoles Paris et la Mairie de Paris pour la maîtrise de l’énergie et des émissions de CO2, dans 100 premières écoles parisiennes.

Par ce projet défendu et porté à l’époque par M. Baupin, notre collectivité avait donc été dessaisie au profit d’une grande entreprise privée, du pilotage d’une opération de première importance pour une ville engagée dans la réduction de nos émissions de gaz à effets de serre. Nous jugions alors comme inacceptable que la Ville garantisse à l’opérateur privé un rendement de 12% l’an au travers d’un contrat où la ville prend en charge la quasi-totalité du risque financier et l’obligation d’inscrire les montants du marché sur 20 ans dans la dette de la Ville. Ces arguments d’hier sont toujours aussi valables aujourd’hui !

Depuis l’exécutif s’est engagé oralement à étudier d’autres voies pour assurer la réhabilitation des 500 autres écoles de la ville (200 autres écoles devant être rénovées avant 2014 et 300 dans la prochaine mandature). Mais c’est toujours un élu vert, M. Dutrey, qui continue à envisager, dans des formulations certes floues, que l’on puisse procéder au recours au PPP. Mais surprise, un autre élu du groupe EELV, M. Contassot, dépose un vœu contre les PPP. Nous espérons que les débats d’aujourd’hui vont enfin permettre d’introduire de la clarté et que la ville va prendre l’engagement d’abandonner tout recours aux PPP. La Ville doit au contraire soutenir et contribuer au développement des entreprises de l’économie sociale et solidaire et des PME franciliennes. Le Plan climat ne doit pas être une belle occasion pour le pseudo capitalisme vert, de s’enrichir sur le dos du climat et des contribuables ! Nous déposons un vœu en ce sens, nous espérons qu’il sera soutenu.

Dans le temps qui m’est imparti, je ne peux développer toutes les autres facettes riches de ce plan. J’ai occulté volontairement la partie liée aux transports car nous avons pu largement l’évoquer lors du débat sur la pollution. J’aurais souhaité également aborder le travail important réalisé par Anne le Strat sur l’eau, mais nous aurons l’occasion d’y revenir dans une prochaine séance notamment au sujet du débat que nous avons entre tarification sociale et gratuité des premiers m3. J’aurais aimé intervenir également sur l’axe pour nous essentiel relatif au soutien à l’alimentation non seulement bio mais issue de l’agriculture paysanne, privilégiant les petits producteurs en circuits courts, le soutien aux amap, au commerce équitable…

Je souhaiterais pour finir valoriser les amendements présentés par notre groupe dans le 13ème arrondissement, par le biais de M. Cambrouze. Il s’agit d’approches innovantes, au travers de trois orientations nouvelles. Celles-ci correspondent à des techniques ou pratiques à des stades différents de maturité. Il s’agit d’abord de l’utilisation et la culture d’algues dans des bâtiments pour des biocarburants pouvant rendre un bâtiment autosuffisant en énergie ou pour la production d’hydrogène. Nous proposons également la récupération de chaleur issue des serveurs informatiques, méthodes pouvant être génératrices d’énergies renouvelables. Pour finir, nous défendons le recours aux animaux pour l’entretien des espaces verts, facteur de réduction de nos pollutions atmosphériques et sonores. Je ne détaille pas les éléments qui sont très explicits dans nos vœux.

Pour conclure, nous voterons ce plan climat mais en espérant que ses modalités concrètes d’application seront bien à la hauteur des exigences. Ayons conscience que les politiques d’austérité sont anti-écologiques en ce sens qu’elles imposent la réduction de nos dépenses publiques, de nos investissements. Or, la transition énergétique a besoin de moyens, qu’il s’agisse de la rénovation thermique, de la production d’énergies renouvelables, du développement des transports publics, du réaménagement du territoire, de la relocalisation de l’emploi, de la défense de l’agriculture paysanne. Pour mener à bien ces planifications, nous avons pleinement besoin de la puissance publique, de l’Etat comme de toutes les collectivités pour penser le temps long. Plutôt que la règle d’or, nous aurions grand besoin d’une règle verte, ce que notre groupe et le front de gauche continueront à défendre !

Je vous remercie.