Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

La communication sur la rentrée scolaire

Mes chers collègues, si certains d’entre nous étaient tentés de croire que le clivage droite/gauche était dépassé, eh bien, un bon débat sur l’école, visiblement, cela remet les pendules à l’heure !

Tout à l’heure, dans son intervention, Emmanuelle BECKER rappelait la casse méthodique de l’Education nationale orchestrée par le Gouvernement et je souhaiterais, à Paris, présenter et donner à voir comment l’offensive libérale, les atteintes à la laïcité, la remise en cause des missions émancipatrices de l’école républicaine ont des traductions hélas bien concrètes.

Que la droite, une fois n’est pas coutume, soit ravie ! Nous n’avons pas peur d’aborder le débat sur la carte scolaire et je commencerai par là.

La carte scolaire, c’est l’un des exemples les plus évidents de cette guerre de harcèlement menée contre le service public de l’Education nationale par le Gouvernement. La suppression de la carte scolaire, l’acceptation par le rectorat de toutes les dérogations aggravent les inégalités sociales et scolaires entre les établissements.

Pour certains d’entre eux, les conséquences sont catastrophiques et vont jusqu’à la ghettoïsation. Cela n’a pas l’air de déranger le rectorat. Au contraire, il en profite, à la vue des baisses des effectifs, pour diminuer la dotation horaire globale, voire supprimer des classes. L’image même de ces collèges à qui l’on diminue les moyens se détériore d’autant et l’exode scolaire en est encouragée. C’est un cercle particulièrement vicieux !

En poussant cette logique, c’est la fermeture de certains collèges qui est probable. Probable ou programmée, sachez que l’on se le demande !

A cet endroit, je tiens à saluer la belle mobilisation victorieuse des enseignants, des parents d’élèves et des élus du 20e arrondissement, contre la suppression d’une classe de 6e dans le collège Robert Doisneau. Le rapport de force, c’est bien souvent le langage le plus efficace pour se faire entendre.

Mais, pendant ce temps, les établissements qui, entre guillemets, “profitent” d’une augmentation des dérogations souffrent des sureffectifs.

Cette politique est en vérité aussi absurde que dangereuse, démagogique vis-à- vis des familles et contraire à l’intérêt général. Elle privilégie les intérêts particuliers de ceux qui ont les moyens de leur stratégie d’évitement scolaire. Elle va à l’encontre de la mixité sociale. Elle encourage la mise en concurrence des établissements et le Gouvernement s’en sert pour justifier de nouvelles suppressions de poste dans le cadre du plus terrible des plans sociaux de ces dernières années.

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? La droite prépare déjà l’étape suivante et, en l’espèce, la loi Carle qui sera bientôt votée à l’Assemblée nationale est inacceptable. Cette loi instaurera, si elle est adoptée, une obligation pour les communes de financer les écoles privées qui accueillent des enfants qui résident sur leur territoire, par le biais d’un chèque éducation. C’est donc le droit pour les familles d’imposer un financement public de leur choix de scolarisation dans le privé. Le chèque éducation, utilisable hors commune de résidence, privilégie les intérêts particuliers contre l’intérêt général. Cette loi constitue une grave atteinte à la laïcité et le risque de fermeture d’écoles publiques en zone rurale est réel. Elle nous ramène, mes chers collègues, à 1910, quand Jaurès, dans un célèbre discours, avait dû batailler contre le parti clérical qui voulait instituer la répartition proportionnelle scolaire, c’est-à-dire le financement public des scolarisations dans le privé.

Alors, quant nationalement 13.500 postes – cela a été rappelé – ont été supprimés en 2009, 40.000 sur les trois dernières années, 15.000 à 17.000 prévus en 2010, à Paris, on en voit les conséquences.

Sur Paris, nous sommes face à une suppression de 72 postes R.A.S.E.D. et 26 postes de brigade de remplacement ont été supprimés dans le premier degré. Le Gouvernement instaure un plan d’urgence contre la grippe A d’un côté, mais va se retrouver dans l’incapacité de remplacer les enseignants malades. Tout cela marche sur la tête !

Plusieurs conseillers de Paris sont par ailleurs intervenus hier sur les suppressions des postes d’A.V.S. Nous sommes de plus en plus interpellés dans nos permanences par des familles qui, faute d’A.V.S., ne peuvent plus scolariser leurs enfants en situation de handicap. Cette rupture de l’égalité républicaine est intolérable !

Autre exemple des conséquences des suppressions de poste : le lycée Colbert. En juin, on ferme une 2nde ; en septembre, on la rouvre mais sans les postes. Elle sera donc assurée en totalité par des titulaires zone de remplacement, le plus souvent affectés sur plusieurs établissements !

Ces suppressions de poste s’accompagnent par ailleurs d’une baisse du choix des options, mais le Gouvernement privilégie une vision minimaliste et utilitariste des savoirs, comme il nous l’a démontré, à travers le projet de réforme des lycées.

Attention, celui-ci n’a pas été abandonné mais seulement retardé. Il sera donc à nouveau présenté cette année, avec son cortège de mesures libérales, dans l’esprit de la loi L.R.U. pour l’université : autonomie et mise en concurrence des établissements, savoir au rabais.

Pour nous, rappelons-le, les savoirs construisent et émancipent les individus. Quoi qu’il en soit, visiblement, il coûte cher de le revendiquer un peu trop fort.

Tristan SADEGHI, par exemple, jeune lycéen du 20e arrondissement, a vu son proviseur dans le lycée Ravel refuser sa réinscription en Terminale parce qu’il ne voulait pas s’engager par écrit à ne plus participer à des actions de blocage. Il aura fallu une forte mobilisation, malgré la période estivale, pour obtenir sa réinscription sans conditions.

Rappelez-vous, la mission de l’école, c’est aussi la formation du citoyen, mais cela, visiblement, cela fait partie encore d’un désaccord de plus !

L’enseignement professionnel est également aujourd’hui très malmené. Le Gouvernement s’obstine à valoriser l’apprentissage, sans se soucier une seule seconde du nombre croissant de jeunes, souvent issus des milieux les plus populaires, qui ne trouvent pas d’employeur. Dans le même temps, de nombreux jeunes en cette rentrée n’ont pas obtenu l’affectation dans la spécialité du Bac Pro de leur choix. Le nouveau cursus du Bac Pro en trois ans pose par ailleurs de nombreux problèmes, dont le non-accès au diplôme du BEP n’est pas le moindre.

En vérité, c’est l’entrée dans le monde du travail de toute une génération qu’on fragilise.

Point d’orgue de cette casse méthodique de l’Education nationale: l’orientation scolaire. Il s’agit pour le Gouvernement de l’externaliser, de la sortir de l’Education Nationale. Derrière a fusion des missions locales, des points Information Jeunesse, des C.I.O., des C.I.D.J., des O.N.I.S.E.P., en vérité, il s’agit de privilégier uniquement l’insertion en abandonnant toute ambition de contribuer à la réussite de tous et de lutter contre les échecs scolaires.

Le développement de l’adolescent, ses centres d’intérêt…

Je termine.

… son rapport au savoir, son estime de soi, souvent brisée en cas d’échec, tout cela n’est plus vraiment le problème. La seule chose qui compte, c’est son employabilité future.

Juste pour finir, face aux marchandisations qui se développent sur l’orientation, face à toute cette casse du service public de l’Education nationale, comprenons qu’il ne s’agit ni plus ni moins d’une attaque contre le droit à l’émancipation des jeunes Parisiennes et des jeunes Parisiens.

Je vous en remercie.