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"À Paris, place au peuple !"

Intervention relative à la création d’un centre d’hébergement d’urgence situé à Ivry-sur-Seine destiné à accueillir les publics les plus vulnérables

Mon intervention :

Mes chers collègues, je pense qu’on est tous d’accord qu’il était temps d’agir autrement. Evidemment, la problématique d’émigration est de plus en plus une problématique d’émigration contrainte.

Contrainte par les politiques de libre-échange, contrainte par les catastrophes écologiques provoquées d’ailleurs par nos politiques productivistes, contrainte par les politiques géostratégiques qui contribuent à déstabiliser des zones entières, à détruire les Etats, et par la carence de notre politique en faveur de la paix.

Evidemment, la première tâche pour nos Etats-Nations, serait d’agir sur les causes, de rompre avec ces politiques de libre-échange notamment conduites par l’Union européenne. Mais, en attendant, on doit assumer les conséquences. Est-ce que la République française assume toutes ces conséquences ? Non, hélas.

La Ville de Paris essaie donc de prendre en charge les siennes, et c’est heureux parce que nous avons constaté depuis plus d’un an et demi – et nous les avons dénoncées – des responsabilités de l’Etat qui préférait multiplier les opérations d’évacuation par les forces de l’ordre, y compris par la violence, à l’encontre d’ailleurs d’élus présents ici qui comme moi se retrouvaient avec celles et ceux, citoyens, qui étaient solidaires avec les exilés. Nous interpellions la Ville sur le fait que, même si cela n’était pas sa mission première puisque l’accueil et l’hébergement d’urgence notamment pour les exilés est une mission qui relève d’abord de l’Etat, Paris, ville riche, devait néanmoins assumer de prendre des responsabilités.

Evidemment, j’accueille globalement favorablement cette délibération. Néanmoins, je pense que nous avons le droit et même le devoir d’exprimer un certain nombre de critiques.

Premièrement, dans la délibération vous dites que depuis juin 2015 plus de 15.000 nouveaux arrivants installés dans les campements ont été mis à l’abri grâce à l’action coordonnée des services de l’Etat et de la Ville.

15.000 nouveaux arrivants ont été hébergés. Vous savez que les échos que nous avons du terrain, c’est que bon nombre des exilés ont fait l’objet de multiples mises à l’abri qui ont été bien souvent non pérennes et qu’il y a un énorme flou quant à la comptabilisation de ces mises à l’abri. S’agit-il de 15.000 mises à l’abri qui concernent peut-être 7.000 personnes ou s’agit-il réellement de 15.000 personnes qui ont été mises à l’abri?

Il nous manque des études indépendantes sur ce qu’il en a été vraiment dans les faits et il y a eu aussi énormément d’échos négatifs sur les structures d’hébergement où les personnes ont pu atterrir. J’ai pu d’ores et déjà exprimer cela dans des précédents vœux lors de précédents débats au Conseil de Paris.

Concernant maintenant cette délibération, ce que je regrette, c’est un positionnement de notre collectivité, comme l’ensemble des pouvoirs publics, qui vise systématiquement à opérer un tri. Un tri entre les primo-arrivants et les autres, un tri entre les demandeurs d’asile et les autres. Or il y a une obligation de l’Etat qui est de mettre à l’abri, c’est-à-dire de garantir un toit, un hébergement à toutes et à tous, quelle que soit la situation administrative.

Lorsqu’on opère ce tri, qu’on demande à des structures d’opérer ce tri et qu’on cautionne l’opération du tri, forcément, que deviennent ceux qui ne correspondent pas la classification établie ? Combien y a-t-il et combien y aura-t-il et comment s’organiseront celles et ceux qui seront désignés par les pouvoirs publics comme ne relevant pas du bon tri et devant faire l’objet par exemple de reconduite à la frontière ? Cautionnons-nous cela ? Quand nous organisons ce tri, de fait; nous le cautionnons et moi, personnellement, je ne souhaite pas le cautionner.

Il y a donc tout un problème dans la mise à l’abri par rapport à cela, qui méconnaît ou refuse de reconnaître à toutes et à tous ce droit fondamental à l’hébergement d’urgence.

Autre préoccupation, celle de se dire que ce centre d’hébergement d’urgence de 400 places sera situé à Ivry-sur-Seine. Bien sûr, je remercie moi aussi la municipalité d’Ivry-sur-Seine mais je trouve dommage que ce soit à la Chapelle ou à Ivry-sur-Seine. On avait d’autres solutions possibles et on a toujours d’autres solutions possibles en plein cœur de Paris. En effet, on a, je vous le rappelle, 20.000 mètres carrés de projets pour une soi-disante valorisation à l’Hôtel-Dieu qui pourrait accueillir des personnes exilées qui ont à la fois besoin d’hébergement d’urgence et de soins.

Je voterai donc cette délibération avec néanmoins l’ensemble de ces critiques qui feront l’objet d’échanges ultérieurs, je n’en doute pas.

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