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"À Paris, place au peuple !"

“Halles civiques” à la Maison de l’air : une provocation

 

Mme Danielle SIMONNET.- Cause toujours, tu m’intéresses ! Cette délibération est franchement une véritable provocation. On dirait même un “fake” tellement c’est énorme. Vous lisez cela, vous ne savez pas où cela a lieu. Vous dites : “Super, la Ville de Paris soutient les projets associatifs qui proposent de co-construire de nouveaux projets municipaux avec les habitants”. C’est excellent. Je suis à fond pour. La halle civique est un lieu dynamique qui encourage la participation des citoyens aux décisions publiques et le développement de nouvelles formes d’organisation collaborative. Qui peut voter contre cela ? On est tous pour que les citoyens co-élaborent les politiques publiques avec les élus et les administrations. Je ne comprends pas mes collègues qui se sont énervés précédemment. Parce qu’il y a une histoire. Quelle est-elle ?

Avant, il y avait la “Maison de l’air”, un équipement public dans le quartier au sein duquel il se passait des choses. Il y avait des activités d’éducation populaire, avec une teneur écologique, une ouverture sur les problématiques de loisir, scientifiques. C’était ouvert à toutes et tous. C’était un lieu public qui appartenait aux habitantes et aux habitants du quartier, situé en haut du jardin de Belleville. Le lieu a fermé. On s’est posé des questions : que va-t-il se passer dans ce lieu ? Puis, on a découvert que la Ville projetait de transformer cet équipement public, et pourquoi pas, d’envisager un restaurant ou un café à la place, finalement, d’en faire un lieu de recettes financières pour la Ville, comme d’autres équipements dans certains de nos bois et grands parcs sont transformés en restaurant, avec des droits de concession. En l’occurrence, forcément, les habitants n’étaient pas d’accord, et donc, se sont mobilisés. Ils ont dit : “Cet équipement public est un service public. Or, le service public est la propriété de celles et ceux qui n’en ont pas. Donc, c’est à nous et on veut co-définir ce que cela va devenir”. Ainsi, un collectif s’est créé. Il y a eu une résistance, une mobilisation, avec des réunions publiques, avec les gens qui venaient et donnaient leurs idées, avec des rassemblements réguliers devant la “Maison de l’air”. Plein d’idées ont été proposées.

En conseil d’arrondissement, on a même eu un début d’explication de la part de la maire du 20e arrondissement qui disait : “Finalement, ce serait pas mal d’avoir un restaurant”. L’explication qui nous a été donnée était que l’évolution de la fréquentation sociale du quartier pouvait contribuer à lutter contre les problèmes d’incivilité et d’insécurité. En clair, c’était : vous gentrifiez en privatisant un équipement public, et par sa gentrification, vous allez résoudre les problèmes de sécurité. Vous imaginez bien à quel point je suis en total désaccord avec cet argument. Cela a d’autant plus motivé la détermination des habitants à se mobiliser et à s’y opposer. On a réussi à gagner une première étape. Ce ne serait pas un restaurant. Et puis, on a eu un appel à projets pendant l’été, qui nous est tombé plaqué par l’Hôtel de Ville : “Les Halles civiques”. Ils ne sont pas arrivés par un processus de co-élaboration d’éducation populaire avec les habitants. Ils ont été plaqués contre la volonté citoyenne du quartier. Ensuite, ils n’ont mené aucune activité d’ouverture sur le quartier. Au contraire, comme cela nous a été dit, alors qu’ils ont accès gratuitement à l’exploitation des locaux, ils font payer et sous-louer les salles. Quand il y a des rassemblements une fois par mois, ils ne sont pas spécialement en train de chercher à co-élaborer. “Lieu dynamique qui encourage la participation des citoyens aux décisions publiques” : non, pas du tout.

Les citoyennes et les citoyens souhaitent, dans le respect du principe du droit à la Ville à ses usages, définir ce que doit devenir ce lieu. Oui, ils parlent d’une maison du peuple, et pas d’une maison des “start-up”. Oui, ils parlent d’un lieu de gratuité, d’entraide, d’éducation populaire, d’éveil des consciences aux enjeux écologiques, surtout d’un lieu où les citoyens peuvent décider de ce qui s’y fait. Y fait-on une cuisine, un lieu de rencontre, d’exposition, de débat ? En tous les cas, que l’on puisse décider. Décidons nous-mêmes que les citoyens et les citoyennes puissent décider du devenir de ce lieu.

Avec cette délibération, vous proposez de donner 30.000 euros. Pour vous, cela ne semble peut-être pas énorme, mais c’est une somme. Le collectif et les associations qui se bougent n’ont pas 30.000 euros. Pourtant, ils font bien plus d’activités et d’initiatives dans le quartier que cette halle civique plaquée.

Evidemment, je voterai contre cette délibération. Si votre souhait, à travers cette subvention, est de pérenniser les “Halles civiques” dans la “Maison de l’air”, la mobilisation continuera. Je sais très bien qu’à la fin, ce sont les citoyens qui gagneront.