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"À Paris, place au peuple !"

Délibération relative à la prolongation du dispositif de solidarité avec les migrants jusqu’à fin août

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, nous voterons pour cette délibération qui permet de reconduire jusqu’à fin août le dispositif d’aide aux migrants tunisiens, en finançant différentes associations qui assurent notamment l’hébergement d’urgence et l’aide alimentaire.

Nous approuvons également l’aide à l’insertion dans le cadre d’un retour en Tunisie dans la dignité prévue pour les migrants tunisiens qui le souhaitent et nous saluons à nouveau cet engagement de la Ville. Nous en sommes à la troisième séance du Conseil de Paris sur le sujet, mais force est de constater que le Gouvernement joue le pourrissement de la situation.

Les 16 et 17 mai derniers, M. GUÉANT est allé à Tunis pour demander l’attribution de laissez-passer, permettant au Gouvernement français d’expulser plus facilement les migrants tunisiens venus de Lampedusa. Mais voilà, non seulement M. ESSEBSI, Premier ministre du Gouvernement intérimaire, avait refusé, mais, en plus, il avait sollicité l’attribution de titres de séjour pour tous les détenteurs de titres européens, afin de leur accorder le droit de circuler librement dans l’espace Schengen.

Depuis, le Gouvernement refuse toujours de dépenser un seul centime d’euro pour contribuer à l’hébergement d’urgence des migrants tunisiens. D’ailleurs, il ne cesse de réduire de façon drastique les aides aux structures assurant l’hébergement d’urgence, quand la chute des crédits n’équivaut pas carrément à la fermeture de structures.

Il refuse de régulariser la situation administrative des migrants. Par contre, il poursuit sa chasse, les arrête dans les squares, les contrôle, les interpelle. Alors on remplit les centres de rétention, on fait du chiffre, et puis après ? Après, on les expulse de nouveau vers l’Italie dans un ping-pong cynique.

Certains, de suite, sont libérés après les interpellations, mais qu’importe, les interpellations rentrent dans les chiffres des préfectures et leur permettent de tenir leurs objectifs quantitatifs, mais à quel prix ?

A quel prix, Monsieur LAMOUR, et ce serait intéressant que vous posiez bien la question à vos collègues du Gouvernement ? Combien tout cela coûte ? Combien tout cela coûte au contribuable, cette politique administrative, judiciaire et policière.

L’efficacité de tout cela ? Zéro ! On humilie, on affamedes jeunes qui mettaient tant d’espoir dans notre République. Ett pourtant, comme cela a été dit précédemment, du temps de BEN ALI, la France était liée à la Tunisie au travers d’un accord nommé “accord migratoire de développement solidaire” et prévoyait l’accueil de 9.000 Tunisiens, mais la solidarité, qui était de mise du temps du dictateurs, ne l’est plus quand la révolution citoyenne est en cours. Bravo !

Nombre d’entre eux veulent, finalement, rentrer chez eux, mais, là encore, le Gouvernement s’y oppose, il a exigé de l’O.F.I.I. de restreindre à 300 euros l’aide au retour normalement de 2.000 euros aux migrants tunisiens, opérant ainsi une mesure discriminatoire totalement scandaleuse.

Le cynisme de la droite sur ce dossier est vraiment sans limite.

Alors, on entend, évidemment, des membres du Gouvernement et l’opposition de cet hémicycle, comme M. DUBUS dernièrement, nous rabâcher que la Tunisie est dorénavant libre, que nous n’avons donc pas à accorder l’asile, mais, mes chers collègues, nous sommes loin d’être dans une situation stabilisée.

Les élections de l’Assemblée constituante sont reportées au 23 octobre, mais, surtout, la situation économique est des plus critiques. L’essentiel de l’économie de la Tunisie, comme vous le savez, est lié au tourisme, qui s’est lui-même écroulé. Les agences de notation ont d’ailleurs rabaissé la note de la Tunisie depuis la révolution.

Et quelle aide la France a-t-elle accordé à la Tunisie depuis ? Rien !

Et l’Europe qui protège ? Rien !

Que des promesses de prêts bancaires là où la situation exigera un don, une annulation de la dette.

Résultat : le Gouvernement tunisien paye des échéances des prêts qui avaient été contractés pour permettre à la famille TRABELSI de s’enrichir sur le dos de son peuple. Dommage, d’ailleurs, qu’il n’ait pas suivi les exemples des révolutions d’Amérique latine, qui, elles, avaient décidé de ne plus rien rembourser.

Si nous voulons nous-mêmes noter la solidarité de notre Gouvernement avec le peuple tunisien, en interne comme en externe, c’est un beau zéro pointé, et comme le disait le Maire de Paris tout à l’heure, c’est une politique totalement indigne.

Maintenant, que pouvons-nous faire, nous, la gauche, que devons-nous faire ? Eh bien, le maximum.

Le faisons-nous ? Non. Oui, nous faisons beaucoup, mais quand on arrive à héberger 300 Tunisiens pendant plusieurs mois, on devrait pouvoir trouver des solutions pour protéger les 150 restants qui errent dans les squares parisiens.

Je propose que nous saisissions Paris Métropole, que nous puissions monter d’urgence une réunion avec le Conseil régional d’Ile-de-France, l’ensemble des collectivités concernées et, pourquoi pas, aussi, le Conseil régional de PACA, pour penser, avec toutes ces collectivités, l’aide à débloquer, pour prendre sous notre protection tous les migrants tunisiens et organiser réellement le bras de fer contre le Gouvernement. C’est ainsi l’esprit du vœu rattaché que nous déposons.

Ne soyons pas naïfs, la droite a choisi le pourrissement de la situation pour des raisons idéologiques ; il s’agit toujours d’attiser les peurs, le chiffon de la pression migratoire et si la bataille est idéologique, alors nous nous devons de ne leur laisser aucune faille.

Mais quand nous en appelons aux forces de police pour fermer l’accès à un gymnase dans lequel les migrants se réfugiaient, ce qui, ne jouons pas sur les mots, revient à une expulsion, nous ouvrons cette faille, nous donnons à penser que l’on ne peut faire plus, qu’ils sont donc très nombreux, qu’il y a donc un problème.

Que l’on ne nous dise pas une fois de plus que le bâtiment était insalubre, car, dans ce cas, il fallait leur en trouver un autre. Si c’est pour respecter le droit des jeunes de Belleville à utiliser cet équipement sportif, alors on pouvait toujours changer de quartier ou d’équipement.

Le problème va nous être reposé fin août si, d’ici là, nombre d’entre eux décident de ne pas retourner au pays, ce qui est prévisible. Qu’allons-nous faire ? Leur fermer les portes des centres d’hébergement ?

C’est une question de principe extrêmement grave qui nous sera posée à toutes et à tous en conscience, sachons apprécier la situation et reconsidérer positivement la poursuite de nos aides.

Le sujet est donc loin d’être clos et nous en reparlerons en septembre.

Je vous remercie.