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"À Paris, place au peuple !"

Déception mais détermination !

Déception mais détermination !

Quelle déception. Reconnaissons-le, les résultats des élections européennes sont dur à avaler à plus d’un titre au vu de nos efforts et de nos espérances. D’abord parce qu’on n’a pas démérité. Nous sommes très certainement la liste qui a eu le plus de militants mobilisés sur le terrain, de réunions publiques, d’initiatives créatives et le tout adossé à un programme présenté bien en amont et une campagne conduite admirablement par notre tête de liste, Manon Aubry. Que toutes les militan-e-s et militants soient fier du travail accompli. Nous passons de 2 à 6 député-e-s qui sauront mener la bataille au parlement Européen comme le font nos 17 député-e-s à l’Assemblée Nationale.

 

Comprendre. Telle est notre première tâche. Pour cela, il est essentiel de commencer par se décentrer. C’est tout notre camp qui globalement en Europe est affaibli au soir des résultats, là où il n’a pas carrément disparu depuis déjà quelques années. Dans nombre de pays, l’oligarchie a choisi d’y installer l’extrême droite. Ailleurs, comme en France, le jeu mortifère de pompier-pyromane nous a été imposé, faisant appel au “vote utile” pour le candidat du système face à l’extrême-droite. Le pseudo duel que nous avons eu bien raison de renommer en “duo de complaisance” a d’abord permis à Macron de siphonner une bonne partie de LR et de se maintenir à un niveau encore bien haut, se recentrant sur sa classe sociale. Le camp de Macron reste néanmoins très minoritaire au regard de sa proportion parmi les inscrits et de son poids exorbitants au sein de nos institutions. Mais il a surtout eu dans le même temps l’effet contraire à celui qui était annoncé, installant pour une partie de l’électorat populaire le vote RN comme le vote utile pour contrer Macron ! C’est ce qu’indique notamment les analyse sur une partie du vote des classes populaires de la “diagonale du vide”, celles et ceux qui bien souvent s’étaient dans les zones rurales et péri-urbaines tant mobilisés dans le mouvement des gilets-jaunes.

 

Mais l’effet le plus marquant, c’est d’abord et avant tout l’abstention. Massive. Certes, elle a un peu diminué comparée aux précédentes européennes. Mais c’est près d’un électeur sur deux qui n’est pas allé voté, auquel s’ajoute tous les non et mal inscrits. Cette abstention est par ailleurs très massive parmi l’électorat populaire. Quelle crise démocratique profonde. Quelle révélation une fois de plus, de l’abîme entre les institutions européennes et les aspirations du peuple. Et là est bien notre plus gros problème dans cette élection, qui structurellement ne nous a jamais été favorable.

 

Rappelons aux uns comme autres, tandis que les médias se délectent des premières analyses et interprétations souvent à l’emporte pièce, et qu’ils s’empressent d’exploiter, que nous n’avons jamais fait de bons score aux européennes, du temps du Front de Gauche comme de la France Insoumise, sans parallèle avec les scores d’avant ou d’après à la présidentielle. Nous sommes les héritiers et les porte voix de celles et ceux qui ont voté Non au TCE de 2005. Celles et ceux qui ont été trahis et dont le suffrage a été nié, piétiné par l’imposition du TSCG  sous Sarkozy, jamais renégocié malgré les promesses sous Hollande. Nous n’avons pas réussi à convaincre de se déplacer aux urnes une bonne partie de celles et ceux convaincus, qui partagent notre critique radicale du carcan des traités et du caractère antidémocratique des institutions européennes. Et pour cause. Si la stratégie révolution citoyenne justifie de candidater à toutes les élections pour faire de chaque institution où nous pouvons avoir des élu-e-s des lieux de porte voix de notre fonction tribunitienne pour éveiller les consciences au service de la conquête du pouvoir, on ne peut agir que faiblement et à la marge dans le Parlement européen. J’entends ici ou là certains se dire qu’on aurait pas assez défendu le Plan A/B ou pas assez marteler la sortie des traités. Pour d’autres au contraire, l’orientation populiste de gauche de l’opposition peuple/oligarchie serait responsable du faible score.

 

En vérité, la difficulté tient surtout au fait que ce n’est pas dans l’élection européenne, dans le Parlement européen que la question du Plan A/ Plan B de la rupture aux traités peut se traduire : Pour le mettre en oeuvre, il faut gagner la présidentielle afin d’engager la France dans ce rapport de force. Alors pour beaucoup, mieux valait la grève des urnes bien que nous souhaitions y envoyer le plus de députés possible pour y défendre la désobéissance aux traités, contrer les lobbys, dénoncer les paradis fiscaux et défendre la règle verte plutôt que la règle d’or. Les députés ne pourront imposer ni la sortie des traités ni leur renégociation. Au vu du poids de la commission, l’élection présidentielle reste déterminante pour se faire. N’oublions pas de la même manière, le grand différentiel de voix antre l’élection présidentielle et la législative qui a suivi. Pourtant, nous avions le même programme, la même stratégie et même dans la circonscription de Jean-Luc Mélenchon, on a perdu plus entre 40 à 50 % de nos voix. Parce que pour nombre d’électrices et électeurs, les jeux étaient fait. La législative n’allait pas changer le cours de l’histoire comme la présidentielle. La nature même de l’élection est toujours à prendre en compte. 

 

Changer d’orientation pour revenir à l’ancien monde des débats sur l’unité de la gauche ne parle qu’à un microcosme incapable de contribuer à l’irruption du peuple dans le contexte dégagiste qui n’est pas propre à la France. La taule pris par les vieux partis, LR, PS et PCF n’est-elle pas là pour le démontrer ? L’électorat plus diplômé est en capacité de voter pour l’orientation de rupture que nous incarnons, de transgresser le discours dominant et assumer de se détourner des “convenables”, des “polissés”, qu’à partir du moment ou la mise en mouvement populaire sera de nouveau effective.

 

Le bon score d’Europe écologie les verts est une bonne nouvelle. Non qu’il modifiera quoique ce soit au parlement européen, mais parce qu’il révèle la préoccupation croissante, notamment dans la jeunesse de l’urgence climatique et écologique. Alors que nous avions su incarner le vote de l’écologie à la Présidentielle, nous n’avons pas réussi à renouveler la démonstration à l’européenne. Avons-nous moins parlé ou moins bien parlé de l’écologie ? Non. Nous n’avons cessé de démontrer avec honnêteté intellectuelle que pour sauver le climat il fallait remettre en cause le système, sortir des traités et prendre conscience que la fin du monde et la fin du mois sont liés, comme le social et l’écologie, deux faces d’une même pièce. Nous avons tenté de démontrer la nécessité de défendre une écologie populaire et non l’écologie de marché en plaçant au centre l’enjeu de rompre avec les traités. Comment investir dans la transition énergétique pour 100% d’énergie renouvelables en sortant du nucléaire et des énergies carbonées si on reste dans le carcan de la règle des 3% ? Comment réduire nos empreintes carbone si les accords de libre échange continuent d’imposer le grand déménagement permanent des productions là où la relocalisation devrait s’imposer et avec elle le protectionnisme solidaire ? Comment défendre la biodiversité et donc l’interdiction du glyphosate et de tous les pesticides si la politique agricole commune continue de ne favoriser que l’agriculture intensive productiviste au mépris de la préservation des terres, du vivant, du respect de la condition animale, de la santé des agriculteurs et de ce qu’on nous propose dans nos assiettes ? La liste est longue. Le fait est que ce débat va devoir se poursuivre. C’est le bulletin EELV qui a été pris en masse, souvent après un réveil dans les 24h précédents le scrutin pour exprimer l’enjeu de préserver le climat et l’environnement. Quand bien même il n’y a quasiment eu aucune campagne des écologistes sur le terrain. Quand bien même le candidat Yannick Jadot n’a eu pour stratégie de tenter de siphonner les déçus du macronisme. Le débouché des marche climat et biodiversité, malgré notre présence, s’est imposé comme naturelle sur le bulletin historique de cette formation portant le nom même de l’écologie. Mais là encore, c’est un vote socialement assez marqué : issu des couches sociales plutôt diplômées et de centre urbain. Mais pas de renoncement à avoir : c’est bien par la radicalité, exigée par l’urgence de la crise climatique et de la 6ème extinction des espèces en cours que nous devons poursuivre. En assumant même plus fortement l’enjeu immédiat de tout changer, à commencer par le dogme de la croissance en assumant la décroissance et par les méthodes d’action de désobéissance non violente.  

 

N’occultons pas l’impact de la campagne incessante du système et de son pouvoir médiatique à notre encontre. Ce n’est pas faire les victimaire mais être lucide : On promet de leur imposer une redistribution des richesses, de les empêcher de se gaver sur le dos des peuples et de la planète, de reprendre le pouvoir à l’oligarchie pour que le peuple l’exerce. Comment croire une seule seconde que les premiers de cordées nous laisseraient faire ! Alors, oui, on nous aura tout fait.

On constitue des listes d’une façon démocratique unique, sur la base d’un comité dont plus de la moitié était tirés au sort ? Les médias se sont jetés sur les quelques déçus de ne pas y figurer en bonne place et Jean Luc Mélenchon lui-même, bien que ne siégeant pas dans cette instance s’est trouvé accusé ! On subit une opération de police politique inouïe en pays démocratique, piloté par le pouvoir ? Les médias repassent en boucle l’énervement si compréhensible de Jean Luc Mélenchon, dans un silence assourdissant des défenseurs de la démocratie qui bien que concurrents aurait du nous soutenir. On soutient l’insurrection citoyenne historique des gilets jaunes tout en insistant sans relâche sur le fait que la mobilisation pacifique est toujours plus efficace que la violence radicale qui subit toujours in fine la violence d’Etat plus forte ? On nous rend complice de la violence tout en occultant la violence de la répression policière et la violence sociale première de ce gouvernement. Le pire fut l’épisode où nous avons même été accusé d’ambiguïté sur l’antisémitisme ! Même cela, ils l’ont osé.

 

Nous avons été la cible, (et nous serons toujours la cible) des tenants du système. Il ne s’agit pas de nier que nous avons pu commettre des erreurs, et nous en commettrons. Mais l’impact d’une autre campagne en ceci, ou en cela, aurait sans doute été marginal. Néanmoins, ayons la lucidité dans nos analyses de tenir compte de la spécificité de l’élection européenne. Ayons l’honnêteté aussi de  reconnaître que notre présence dans la sphère médiatique exige dans le même temps une présence plus ancrée sur le terrain. La stratégie du populisme de gauche doit aussi se traduire dans une révolution de nos pratiques militantes, certes en cours mais encore embryonnaire. Si nous avons été de toutes les manifs des gilets jaunes, nous n’avons pas pu être présent au quotidien, là où la socialisation des ronds points s’organisaient. Quel fut le ressenti de l’échec à faire plier Macron malgré la durée inouïe de l’insurrection ? Notre base sociale militante dans nombre de territoires reste à construire. Il est à noté des remontées d’analyses électorales de bureaux de vote intéressantes qui montrent la différence entre là où nous étions impliqués dans les ronds points et là où nous en étions absents. Une insurrection citoyenne aussi historique fut-elle, portant nos aspirations et propositions que nous avions formulées dès le programme l’Avenir en commun (tel que le RIC et la restauration de l’ISF) ne se traduit pas immédiatement politiquement. Regardons aussi  lucidement que malgré le travail remarquable du réseau jeunes, il reste à amplifier. Notre électorat est également insuffisamment ancré chez les femmes. La révolution citoyenne sera féministe ou ne sera pas. L’émergence de nouvelle figure féminine du mouvement est un atout en cours mais encore récent et fragile. Si nous sommes de toutes les luttes féministes, là aussi nous avons de fortes marges de progression à faire. Reconnaissons enfin que si notre présence dans les luttes sociales est permanente, nous ne réussissons que insuffisamment à impliquer celles et ceux avec qui nous luttons dans la bataille politique, même si nous pouvons être fier d’être la seule formation à réussir à lui donner une représentation, à l’instar de notre nouvelle députée européenne, Anne Sophie Pelletier, aide soignante et ancienne gréviste en Ehpad. De tous ces constats, tirons-en également la conclusion que d’un point de vue organisationnel, notre mouvement France Insoumise a plus que jamais besoin d’une instance régulière d’échange et de coordination inter espaces, l’espace politique, l’espace des livrets thématiques, l’espace des luttes, le pôle militer sans tract, l’équipe opérationnelle, notre représentation à l’Assemblée Nationale et la nouvelle au Parlement européen. 

 

A cette étape, les coups du système ont porté. Mais continueront-ils toujours à porter ? Comment les contrer ? Par la conscience, républicaine et de classe, qui englobe la double urgence, sociale et écologique et qui se règle dans la démocratie, dans la restauration du pouvoir au peuple via la constituante pour une 6e République. Cette urgence impose un grand virage de toutes les politiques menées pour y répondre tant qu’il est encore temps.  Comment se crée t-elle cette conscience ? Par l’action, par l’implication citoyenne, c’est à dire par de l’éducation populaire, de l’auto-organisation, des initiatives concrètes de solidarité et des actions de désobéissance non violentes. Cette implication citoyenne, notre tâche est de la susciter là où elle est trop faible et de la fédérer, pour fédérer le peuple. La campagne municipale doit en être l’occasion. Et je suis bien déterminée à m’y consacrer. 

5 Comments

  1. “N’oublions pas de la même manière, le grand différentiel de voix antre l’élection présidentielle et la législative qui a suivi. Pourtant, nous avions le même programme, la même stratégie et même dans la circonscription de Jean-Luc Mélenchon, on a perdu plus entre 40 à 50 % de nos voix. Parce que pour nombre d’électrices et électeurs, les jeux étaient fait. La législative n’allait pas changer le cours de l’histoire comme la présidentielle. La nature même de l’élection est toujours à prendre en compte.”

    Je pense qu’il ne faut pas non plus oublier qu’à la présidentielle, il n’y avait pas de candidat du PCF, pas de candidat EELV, et pas de candidat de Génération.s (Hamon était le candidat du PS (et, en théorie, des Verts)). Les électeurs PS étant dispersés entre plusieurs options (le vote Macron, pour les plus droitiers ou les plus naïfs d’entre eux, le vote Hamon, pour l’aile gauche ou les quelques disciplinés respectant le résultat de la primaire), Hamon, à la fois handicapé par l’image dégradée du PS et par cette dispersion, s’est retrouvé avec des prévisions de vote médiocres, et Mélenchon a alors clairement bénéficié d’une logique de vote utile parmi un électorat de gauche qui n’est pas forcément acquis au programme spécifique de la France Insoumise.

    Arrivent les législatives, la plus grande diversité des candidatures à gauche ne pouvait que faire baisser les vote FI par rapport à la présidentielle.

    “Alors que nous avions su incarner le vote de l’écologie à la Présidentielle, nous n’avons pas réussi à renouveler la démonstration à l’européenne.”

    Là encore, il faut se rappeler qu’il n’y avait pas de candidat EELV à la présidentielle, alors qu’il y avait une liste EELV aux élections européennes. Ça n’explique peut-être pas tout, mais ça a nécessairement un effet important en matière de redistribution des voix au sein de la gauche.

  2. Dès le 17 novembre j’ai soutenu les gilets jaunes en le mettant sur le tableau de bord. Par contre en discutant sur le rond point de Villefranche de Lauragais, j’ai constaté un discours raciste, antisémite d’une débilité profonde débité par heureusement quelques personnes. Résultat je manifeste tous les samedis à Toulouse au côté des gilets jaunes mais sans le porter.
    Au vu du résultat des élections et des analyses des votes, que remarque t’on:
    1) plus de 51% des forces de “l’ordre” votent fn
    2) un pourcentage de gilets jaunes votent fn
    3) A Toulouse les samedis des gilets jaunes crient en voyant les flics “les p…es à macron”
    conclusion : des gilets jaunes votent le dimanche comme les flics qu’ils conspuent le samedi
    Moralité: le changement de paradigme, ne pourra malheureusement arriver que lorsque la solution extrême droite sera épuisée.
    certains gilets jaunes ne se rendent pas compte qu’ils reprennent à leur compte le leitmotiv des patrons et des rentiers: “plutôt hitler que le front populaire”
    a mettre aussi en parallèle avec les egos démesurés des responsables de partis de gauche

  3. Une analyse qui pointe juste. Où l’on peut voir l’importance des adhérents Fi à la base, à quel point ils doivent pouvoir mieux s’organiser (sans s’épuiser), communiquer entre eux, un vrai réseau de résistant.e.s qui se forment à l’éducation populaire (et à l’écoute que cela implique).
    Toute cette vigueur, cette générosité, cette intelligence mises au service d’une seule mission : fédérer le peuple. Ça ne peut que donner de bons résultats si les efforts et la patience sont constants.
    Je vous suis de mon Québec natal et je me forme et m’informe ce faisant.
    Bonne continuation aux Insoumis.e.s

    Insoumise dans l’âme 🙂

  4. La présence des insoumis sur les ronds-points n’entraine pas forcément un vote FI. À Tournefeuille (31) présence forte des insoumis sur le rond-point, résultat : 5%.

  5. Magnifique analyse qui montre tout le chemin parcouru et celui tout aussi ardu qui nous reste à faire. Merci Danielle.

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