Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Dans le cadre du débat budgétaire de la Ville de Paris

Merci, Monsieur le Maire.

 

En septembre, mes chers collègues, j’avais présenté la question d’actualité de notre groupe, en estimant que ce n’était pas aux collectivités de payer la crise.

 

Et bien, mes chers collègues, nous y voilà. Le Gouvernement, au nom de l’austérité et par le biais de transferts sans fond, a considérablement baissé ses dotations de fonctionnement aux collectivités et les a gelées sur trois ans.

 

Dans le contexte sans précédent de crise de notre système capitaliste, gangrené par la finance, on voudrait nous faire croire que l’austérité serait la solution, alors qu’elle est le problème.

 

Oui, l’austérité est le problème car, en faisant payer la crise au peuple, le Gouvernement français va aggraver la spirale de la récession.

 

Dans ce contexte, que devons-nous faire ? La Droite, en cohérence avec la politique gouvernementale, voudrait que nous réduisions considérablement nos investissements, en privatisant à tout va les services publics et en ne renouvelant pas un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

 

Nous pensons au contraire que, pour sortir de la crise, il nous faut impulser un programme contribuant à la relance de l’activité, socialement utile et écologiquement responsable.

 

Soyons conscients que si nous en sommes là, c’est que le Gouvernement, tout d’abord, a appauvri les caisses de l’Etat avec ses cadeaux aux plus riches. Si les Etats nations pouvaient emprunter directement à la B.C.E. (ce que le Traité de Lisbonne interdit), on ne serait pas à ce point soumis aux marchés financiers et à leurs bras armés, les agences de notation.

 

Enfin, si nous disposions d’un pôle public bancaire, en capacité de prêter directement aux collectivités locales, nous n’aurions pas à payer ces intérêts illégitimes auprès des banques privées qui se gavent sur notre dos.

 

Toutes ces mesures sont défendues par le Front de Gauche qui est la seule force politique à se battre réellement contre l’austérité.

 

Mais cela signifie-t-il qu’en l’absence de ces choix politiques européens et nationaux, nous soyons condamnés à nous résigner à l’austérité au niveau de nos politiques parisiennes ?

 

Nos débats budgétaires devraient-ils être suspendus aux oracles des agences privées de notation, telle l’agence de notation “Standard & Poor’s” ? Fort heureusement, non.

 

Je remarque, Monsieur le Maire, que vous n’avez pas baissé notre masse salariale, elle augmente d’ailleurs de 2 %. Vous n’avez pas stoppé vos investissements non plus.

 

Mais, entre l’austérité de Droite et la relance par l’activité, vous avez privilégié un entre-deux. C’est sans doute votre application du “donner du sens à la rigueur” et, là, nous ne sommes pas d’accord.

 

La Ville de Paris a des marges de manœuvre pour agir. Nous sommes l’une des villes les moins endettées. Faut-il s’en vanter ? Non.

 

Résultat : nous diminuons notre budget pour le compte foncier de 20 millions. Quelle erreur, à un moment où nous savons que les immeubles au Centre et à l’Ouest de Paris vont être mis en vente. Qui va les racheter ? Des promoteurs immobiliers qui vont poursuivre leur spéculation, alors que nous pourrions ambitionner de faire enfin du logement social dans ces beaux quartiers.

 

Concernant le fonds d’investissement pour les services publics, idem : que préparons-nous pour la prochaine mandature dans les quartiers populaires, mis à part les gros projets ?

 

Les dettes, mes chers collègues, qui préparent l’avenir, sont de bonnes dettes. Je ne détaillerai pas plus sur ces deux questions, tout comme sur les priorités sociales vis-à-vis des familles monoparentales (Ian BROSSAT l’a très bien fait avant moi).

 

Pareil sur les budgets de fonctionnement, notamment aux associations, aux politiques de la Ville et à la santé. Alain LHOSTIS et Emmanuelle BECKER en parleront tout à l’heure.

 

Mais j’espère que nos amendements vont faire évoluer ce budget. Je souhaiterais par ailleurs approfondir plus particulièrement les questions liées à nos politiques vis-à-vis des personnels de la Ville et au fonctionnement de l’ensemble de nos services.

 

Je tiens à exprimer ici que j’ai pu constater, dans nombre de manifestations, un fort mécontentement relatif au dialogue social à la Ville. Il est temps, mes chers collègues, d’y remédier.

 

Notre premier objectif doit être celui de l’éradication de la précarité. Nationalement, le Front de Gauche défend la titularisation des 800.000 précaires de la Fonction publique. A Paris, l’ambition doit être correspondante sur notre Capitale.

 

Il ne s’agit pas de nier ce que la Ville a accompli au niveau de la déprécarisation des personnels, mais beaucoup reste à faire. On dénombrerait ainsi près de 4 millions d’heures de vacation présentes dans toutes les Directions de la Ville, ce qui correspondrait à environ 3.500 emplois équivalents temps plein, 2.651 postes en C.D.D. et C.D.I. non titulaires, auxquels s’ajoutent les 2.000 agents essentiellement féminins des caisses des écoles, sans parler des assistantes maternelles.

 

Mais, mes chers collègues, derrière ces chiffres, il faut prendre conscience des situations dramatiques qui sont subies : des temps partiels imposés, notamment à des femmes, essentiellement, avec moins de 500 euros par mois pour vivre, qui ne peuvent postuler à un logement, qui sont dans l’incertitude permanente.

 

Oui, derrière, on retrouve des travailleuses et des travailleurs pauvres. Alors, il est temps que nous ayons accès à un recensement précis avec la liste des non titulaires en place dans chaque Direction.

 

Nous devons nous engager dans une réflexion sur la notion de besoin permanent, auquel doivent correspondre des titulaires. La vacation, comme tout autre statut précaire, doit être réservée pour les seuls besoins temporaires.

 

Aussi, dans l’attente de l’application d’un protocole local de déprécarisation, nous demandons que l’ensemble des agents non titulaires soient maintenus à leur poste.

 

Enfin, il nous semble important de ne pas appliquer la loi relative à la résorption de l’emploi précaire dans la Fonction publique à la manière au rabais par l’embauche en C.D.I., mais bien au contraire par la titularisation des personnes concernées et par l’amélioration des droits de celles et ceux qui ne seront pas titularisés, comme les étrangers non communautaires.

 

Concernant l’emploi, nous tenons à saluer les efforts faits notamment dans le domaine de la petite enfance pour accompagner les créations de nouvelles structures, mais ces créations de postes correspondent à une stratégie essentiellement liée à des redéploiements globaux sur l’ensemble des Directions de la Ville. Toutes les organisations syndicales confondues représentant le personnel ont exprimé leur désaccord avec cette politique de redéploiement. La colère monte, mes chers collègues, et, pour nous, elle est légitime.

 

Franchement, est-ce que vous trouvez que l’accueil soit si optimal dans les services en mairie d’arrondissement pour qu’on en réduise le nombre d’agents, alors même qu’on leur demande une amplitude horaire sans cesse plus grande ?

 

Tous les secteurs opérationnels des emplois de maintenance et d’entretien sont particulièrement touchés, comme c’est le cas pour les collèges, alors que les manques en la matière sont criants ; idem à la DEVE ou à la DPA.

 

Quand on redéploie, on alourdit la tâche et on détériore les conditions de travail de ceux qui restent en poste.

 

Et qu’est-ce qui est prévu ? De privatiser les services publics dans lesquels on a tant investi, comme les labos de la Ville – notre groupe présentera un vœu à ce sujet demain -, d’externaliser les activités de maintenance, d’entretien, de sécurité, alors que l’on sait que c’est bien plus coûteux au final pour les Parisiennes et les Parisiens et que les salariés sont beaucoup moins bien traités ?

 

Que la Ville réaffirme, pour nous, au contraire, son attachement à ce que ces activités relèvent toujours et avant tout de régies directes, effectuées par des fonctionnaires.

 

Nous demandons que soient envisagées les créations de postes nécessaires au bon fonctionnement de l’ensemble des services publics et missions des agents de la Ville répondant aux besoins permanents.

 

Enfin, nous demandons également qu’on agisse pour l’augmentation des rémunérations des fonctionnaires de la Ville.

 

Savez-vous, mes chers collègues, qu’un agent de la Ville de catégorie C doit attendre en moyenne l’âge de 45 ans pour toucher 1.760 euros de salaire mensuel primes comprises et que pour la majorité des adjoints techniques, par exemple, la pension de retraite ne dépasse pas 1.100 euros, alors que nous savons tous que dans le même temps, comme le disait Ian BROSSAT précédemment, les loyers explosent et le coût de la vie à Paris s’emballe ?

 

Bien sûr, la hausse générale des salaires des fonctionnaires relève du ressort de l’Etat, mais la Ville de Paris peut agir avec différents leviers.

 

Que celles et ceux qui seraient tentés de dire : “mais on ne peut pas, on n’a pas les moyens” commencent par expliquer comment les salariés doivent faire, eux, avec des salaires de misère, à peine au-dessus du seuil de pauvreté ?

 

Oui, nous pouvons et nous devons nous engager dès maintenant dans l’instauration d’un déroulement de carrière avec un ratio de promotion à 100 %, accorder un 13e mois, utiliser tous les dispositifs en notre compétence pour envisager dès les catégories C un salaire d’entrée à la Ville de Paris qui tendrait à 1.700 euros bruts par mois.

 

Les droits de mutation nous en donnent les moyens et s’ils ne se renouvellent pas au même niveau les années prochaines, nous ne serions pas choqués par une hausse légère des taxes foncières. La redistribution des richesses passe aussi par là.

 

Alors, demain, mes chers collègues, se tiendra une manifestation contre les plans d’austérité et, pour notre part, nous y viendrons et nous y participerons pour accompagner les personnels de la Ville.

 

Je vous remercie.