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"À Paris, place au peuple !"

Contre la délibération traitant du dispositif «Autolib’»

Les élu-e-s du Parti de Gauche ont voté contre.

 

Mes chers collègues, je n’interviendrai ici qu’au nom des élu-e-s du Parti de Gauche, et nous voterons contre cette délibération, conformément aux votes que nous avons déjà effectués sur le sujet d’Autolib’, parce que nous ne croyons pas que ce projet permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et pourtant, c’est l’objectif qu’on doit se fixer.

 

On n’est pas dans n’importe quel contexte. En fin de semaine dernière, se tenait à Durban un nouveau sommet sur le climat. Une nouvelle fois, derrière les grandes opérations de communication, celui-ci n’a débouché sur aucune décision à la hauteur de la gravité de la catastrophe écologique. Il a réaffirmé le marché carbone dont on sait la puissance à alimenter la bulle spéculative et l’impuissance à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

 

Il a confirmé la mise en place d’un fonds destiné aux pays les plus menacés, déjà acté à Copenhague, mais cet accord signé par 190 pays vise certes pour 2015 l’établissement d’un prolongement du protocole de Kyoto, seul accord contraignant, mais sans aucune contrainte juridique et sans nouveaux engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

 

Et nous à Paris, quand on met en place le Plan climat, qui est un premier pas vers une planification écologique, on se fixe des objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et quand on étudie un projet de la Ville qui affiche vouloir contribuer à la réduction des gaz à effet de serre, l’ensemble des élus que nous sommes doivent se positionner pour savoir si ce projet y contribue ou pas.

 

Et non, nous pensons que ce projet n’y contribue pas. Pour quelle raison ? Nous avons déjà expliqué. L’usage le plus conséquent de la voiture dans Paris est celui lié aux déplacements domicile-travail.

 

Avec Autolib’, l’automobiliste ne sera pas sûr d’avoir chaque matin une voiture disponible du fait du maillage existant limité. Il y a donc peu de chances que les Parisiens motorisés adoptent ce mode de transport à la place des voitures individuelles.

 

Bien sûr, Autolib’ peut rendre service aux Parisiens de façon ponctuelle, ceux qui n’ont pas de voiture, mais cela veut dire que ceux qui n’ont pas de voiture vont ponctuellement utiliser une voiture, alors qu’ils ne le faisaient pas ou ne l’auraient pas forcément fait sans ce dispositif et vraisemblablement le projet Autolib’ va accroître l’usage de la voiture à Paris et non pas le réduire.

 

Ce que nous devons faire au contraire, c’est encourager le développement des services publics, le développement de l’usage des transports publics et des transports alternatifs type le vélo, et à travers ce projet on ne va pas dans ce sens.

 

De plus, on l’a déjà expliqué, l’utilisation de la voiture va s’effectuer seulement pour des allers simples “one way”. Or, on est toujours face à un problème important, celui du nombre de stations. Certes on souhaite développer des solutions alternatives, mais pour autant au regard du nombre de stations d’Autolib’, on n’y arrivera pas.

 

Le système Autolib’ promet plus de 200.000 utilisateurs avec 80 communes adhérentes, alors que Velib’, avec 20.000 vélos et plus d’une dizaine d’utilisations de chaque Velib’ par jour atteint 160.000 utilisateurs. On ne voit pas en plus, mes cher-e-s collègues, comment on pourrait atteindre 100.000 utilisateurs pour 3.500 à 4.000 véhicules à terme.

 

Pour nous, ce projet ne permettra nullement de réduire la circulation automobile à Paris, mais risque au contraire de la favoriser. Bien sûr les voitures sont électriques, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles ne sont pas polluantes. L’électricité est produite en France par des centrales nucléaires avec des déchets…

 

Un brouhaha dans l’assemblée m’interrompt… des élu-e-s socialistes tentent de me couper la parole et sont énervé-e-s qu’on leur parle du nucléaire…

 

On doit parler de l’effet de serre, mais aussi se préoccuper de l’ensemble des risques écologiques.

 

Quand on réfléchit aux transitions énergétiques, on se doit aussi de prendre en charge une réflexion sur le problème d’un point de vue plus global. On connaît vos positions sur le nucléaire, mais permettez-nous à nouveau de dire que nous ne les partageons pas.

 

Je termine en indiquant que ce projet n’a rien d’un service public. La convention est signée avec la société “Bolloré”, dont on connaît la faible attirance pour l’intérêt général et la tendance à mépriser les conditions de travail des salariés.

 

Tout comme les salariés de Decaux, ceux de Bolloré seront-ils contraints à assurer la maintenance des stations pour 980 euros nets par mois comme on a pu le voir précédemment ?

 

Tout comme Decaux l’a fait pour les Velib’, Bolloré adressera-t-il la facture des dégradations des véhicules à la Ville de Paris ?

 

Encore une fois, à travers ce projet, on a le sentiment qu’il s’agit de socialiser les pertes, et de privatiser les profits. À Bolloré les bénéfices, et au contribuable la facture. Et cela ne correspond pas à notre vision du service public. Au vu du coût de l’opération, ne pourrions-nous pas mieux utiliser cet argent public ?

 

On aurait préféré que l’on développe les transports en commun, qu’on encourage la mise en place de dispositifs de voitures en auto partage en privilégiant à chaque fois l’économie sociale et solidaire.

 

Il nous apparaît par ailleurs surtout important de repenser de manière globale nos déplacements, dans une logique de réaménagement et de réduction des distances domicile-travail, parce que c’est cela le vrai enjeu de la planification écologique liée aux questions de transport quotidien.

 

Voilà pourquoi nous voterons, Alexis CORBIÈRE et moi-même contre cette délibération. Je vous remercie.