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"À Paris, place au peuple !"

Contre la délibération relative aux contre visites médicales

Mes chers collègues, le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche votera contre cette délibération.

Il ne s’agit pas de nier le problème de l’absentéisme, ce problème doit être pris au sérieux, mais à sa racine. Recourir de nouveau à des entreprises privées pour procéder à des contre-visites médicales des agents, c’est penser que le contrôle social est la solution, et c’est également considérer les agents de la Ville comme des personnes suspectes d’abuser des arrêts de travail.

Le groupe est déjà intervenu sur ce dossier, notamment par le biais de mon collègue Alain LHOSTIS ici présent.

La situation à l’heure actuelle est quand même assez délicate. Reconnaissons que nous avons créé de nouveaux équipements publics supplémentaires ces dernières années, que nous avons sur nombre de secteurs amplifié les horaires. Et, cependant, nous avons surtout eu recours à des redéploiements de postes et à bien trop peu de recrutements. La précarité – je n’interviendrai pas de nouveau sur cette question – reste très importante à la Ville. Il faut reconnaître que, dans de nombreuses directions – et à tous les échelons, ouvriers, techniciens, administratifs comme cadres – de la souffrance au travail existe.

A ma connaissance, deux syndicats, notamment la CGT et Force Ouvrière, n’ont pas dernièrement signé l’accord santé et sécurité au travail de la Ville de Paris. Pourquoi ? N’est-ce pas là le signal fort, non seulement d’un problème dans le dialogue social, mais d’une insatisfaction importante ?

Reconnaissons enfin que la souffrance au travail n’existe pas que dans le secteur privé, mais qu’elle est aussi très présente dans le secteur public et dans les collectivités.

Reconnaissons également que dans certains emplois de la Ville, nous sommes face à une pénibilité et à une exposition aux maladies très fortes. Je pense notamment aux égoutiers dont l’espérance de vie est bien plus réduite et aussi aux éboueurs, et d’autres agents sont ainsi surexposés.

Ce matin, comme moi, vous les avez vus, les inspecteurs de sécurité de l’Hôtel de Ville étaient en grève et nous interpellaient sur le problème de l’augmentation des charges de travail, sur l’amplification de leurs horaires, la réduction de leurs effectifs. Voilà typiquement des cas de situations potentiellement porteuses de souffrance au travail.

Alors nous devons accorder beaucoup plus de places et de moyens à la prévention primaire, au service de la médecine préventive et au bureau de prévention des risques professionnels.
Et j’aurais plusieurs questions.

Concernant le comité de prévention et d’action contre le harcèlement et la discrimination, le C.P.A.H.D., nous souhaiterions avoir plus d’éléments. Les syndicats notamment déplorent à ma connaissance et pointent une inefficacité de cette commission. En effet, l’employeur, créateur de risques de santé doit-il en même temps se retrouver aussi être le juge ?

Il en va de même de la mission d’inspection hygiène et sécurité. Il s’agit de la mission qui est censée jouer finalement le rôle de l’Inspection du travail dans le secteur privé. Je me pose la question : comment peut-elle jouer réellement ce rôle en étant dépourvue de réels pouvoirs, notamment coercitifs, d’indépendance, et comment peut-elle par ailleurs mener à bien son rôle de contrôle, de conseil et d’information avec pour effectif quatre inspecteurs et inspectrices I.H.S pour les 63.000 agents de la Ville de Paris et du Département.

Vous voyez qu’il y a quand même beaucoup de choses à faire avant d’en arriver au recours à ces entreprises pour faire les contre-visites.

Par ailleurs, soyons conscients de tous les effets pervers de cette multitude d’entreprises privées qui font leur marché et leur beurre dans le secteur de la contre-visite médicale. Je peux vous recommander un certain nombre d’articles à ce sujet qui sont édifiants et qui démontrent notamment concrètement comment ces entreprises, pour rentrer dans leurs critères de recherche d’argent, peuvent traiter les personnes lors de ces visites. Je pense notamment aux personnes atteintes de dépression, bien souvent leur maladie est totalement niée.

Quasi inexistant il y a cinq ans, le contrôle des arrêts de travail est une manne juteuse qui progresse de 600 % par an. 600 % par an ! Créer de toute pièce, ce marché s’engraisse sur le dos de la sécurité sociale car, sachez-le, si ces organismes se réveillent aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’il y a un nouveau gisement d’argent.

C’est la suspension des indemnités journalières des prétendus fraudeurs traqués et on a, comme cela, des Axmedica, des Medica Europe, des Securex, des Médivérif, Synéance, et j’en passe, qui font beaucoup de publicités pour offrir leurs services. Et dans leurs argumentaires, il y a des choses intéressantes : ces sociétés reconnaissent elles-mêmes que le stress au travail est un facteur d’absentéisme.

Mais alors, mes chers collègues, la priorité des priorités n’est pas de faire la chasse aux soi-disant mauvais agents et d’encourager, par ailleurs dans les collectifs de travail, une mise en concurrence entre ceux qui seraient bons et mauvais travailleurs, mais bien de se préoccuper à la racine des problèmes provoqués souvent par des difficultés dans le management ou bien des pénibilités suffisamment mal reconnues dans les collectifs de travail ou dans les process de travail, et qui renforcent les souffrances au travail.

Alors non, pour le groupe Communistes et élus du Parti du Gauche, la priorité pour la Ville de Paris face à l’absentéisme, ce n’est pas de relancer un marché pour continuer à enrichir des entreprises comme Axmedica…

… à qui la Ville verse près de 90.000 euros sur deux ans, mais bien d’améliorer les conditions de travail et les rémunérations.

Voilà pourquoi nous voterons contre cette délibération.

Je vous remercie.